L’Irakisation de l’Ukraine, une solution low cost

Par Youssouf Sylla. C’est du moins le sentiment qui ressort lorsqu’on entend les déclarations de son courageux président Volodymyr Zelensky, qui ne cesse d’appeler à l’aide de l’Occident, depuis l’invasion de son pays par la Russie, le 24 février 2022. Il espérait certainement avoir une aide globale occidentale comprenant une éventuelle riposte de l’OTAN, le plus rapidement possible dès les premières attaques de l’armée russe. A part les sanctions économiques et financières qui ne semblent pas, du moins pour l’instant, dissuader Vladmir Poutine dans son engagement militaire, la fourniture à l’Ukraine de quelques armes incapables de renverser la situation sur le terrain et la montée en puissance du sentiment anti russe, l’Ukraine ne peut pas espérer plus. A certains égards, la situation fait penser à la Tchécoslovaquie, abandonnée par la France et l’Angleterre à l’Allemagne nazie en octobre 1938.

En effet, ne faisant pas partie de l’OTAN, l’Ukraine ne peut pas s’attendre à un engagement direct de celle-ci sur le terrain du conflit. Le président américain, Joe Biden, ne cesse de répéter qu’il n’enverrait pas de troupes au sol pour défendre ce pays. Or, sans engagement américain, le véritable contre poids militaire à la Russie, l’Europe ne peut pas prendre le risque de s’engager, ne faisant pas le poids devant la Russie sur le plan militaire.

Aujourd’hui, l’Occident sait qu’après les frappes aériennes contre l’Ukraine, il va falloir à l’armée russe mener le combat au sol pour définitivement vaincre les forces ukrainiennes. C’est là qu’il s’attend à une farouche opposition des ukrainiens dans le cadre d’une sorte de guérilla urbaine susceptible d’infliger d’énormes pertes à la Russie. L’Occident s’attend en vérité à l' »Irakisation » de l’Ukraine. A une longue guerre de proximité difficile à remporter par l’armée la plus puissante face à l’adversaire minuscule, souvent invisible, qui utilise les moyens les plus traditionnels pour infliger des pertes à son ennemi.

D’une manière ou d’une autre, l’Ukraine est appelée à faire, seule, face à la Russie sur le terrain. Elle ne peut ni compter aujourd’hui sur l’intégration directe dans l’Union européenne, car celle-ci ne prévoit pas de procédure spéciale d’intégration sans respect de cahier des charges. Elle ne peut non plus compter sur une riposte militaire de l’OTAN, étant donné qu’elle n’en fait pas partie. Car en ripostant militairement à la Russie, la guerre risque de prendre une autre dimension plus grande et plus inquiétante et infiniment plus dangereuse, avec un risque accru d’usage de l’arme nucléaire. A signaler que pour la Russie, son « étranger proche » dont fait partie l’Ukraine relève de sa « sphère d’intérêt vital » pour la défense de laquelle, elle est prête au sacrifice ultime.

Dans toute cette affaire finalement, c’est bien l’Ukraine qui se retrouve piégée, placée entre le marteau et l’enclume. Elle n’a pas les moyens militaires de se défendre des attaques grandissantes de la Russie, et l’Occident sur lequel elle compte, ne peut pas franchir certaines lignes. A date, l’Union européenne ne peut pas l’intégrer par une procédure rapide et l’OTAN ne peut pas aujourd’hui, compte tenu de la position de la Russie, l’intégrer aussi, sans que cela ne soit perçue par la Russie comme une déclaration de guerre.

La seule issue pour mettre fin à la campagne de bombardements de l’Ukraine par l’armée russe, pour mettre fin à la souffrance et à l’exode des ukrainiens vers les pays limitrophes, semble être un cessez-le-feu immédiat et le retour sur la table des négociations pour discuter des problèmes de fond et trouver des solutions politiques aux problèmes politiques. L’attente de l’Irakisation de l’Ukraine, qui signifie sur le terrain, une prolongation indéterminée de la guerre, ne semble pas être une solution crédible. Car elle met en jeu la vie des ukrainiens.