Au cours d’un entretien qu’il a accordé à notre rédaction, M. Nourdine Fadiga, directeur général du Service national des Affaires économiques, sociales et culturelles au Secrétariat général des Affaires religieuses et Secrétaire général de la section guinéenne de la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains, s’est exprimé sur la coopération entre la République de Guinée et le Royaume du Maroc dans le domaine religieux, avant de se pencher sur la normalisation des relations entre le Maroc et l’État d’Israël. Interview.

Guinee7.com : Pouvez-vous nous parler de l’historique de la coopération entre la République de Guinée et le Royaume du Maroc dans le domaine religieux?

M. Nourdine Fadiga : La Guinée et le Maroc sont deux pays qui ont une très longue histoire de coopération. Il faut signaler que l’Islam pratiqué par la majorité des Guinéens nous est arrivé du Maroc. Aussi, faut-il savoir que depuis la première République, la Guinée et le Maroc ont tissé de très solides liens de coopération. Ainsi, le Maroc a contribué à la formation de plusieurs cadres et imams de notre pays.

L’Islam soufi et l’Islam tolérant, ouvert et paisible que les Guinéens ont adopté trouve sa source au Royaume du Maroc.

Quel est l’état de cette coopération aujourd’hui?

Elle est parfaite. Un mémorandum d’entente lie la Guinée au Maroc à travers les ministères en charge des questions religieuses des deux pays. La formation des imams, l’échange d’expertise dans les domaines de la gestion des mosquées, l’organisation du pèlerinage, la construction des infrastructures religieuses, la formation des cadres du Secrétariat général des Affaires religieuses, l’octroi des bourses d’étude dans les établissements sous le contrôle du ministère des Habous et des Affaires islamiques sont entre autres les domaines mentionnés dans ce mémorandum d’entente.

Ainsi, le Maroc a formé 500 imams guinéens dans l’institut Mohamed VI pour la formation des imams, en leur apprenant les nouvelles technologies de l’information, l’obligation du respect des institutions de leur pays etc.

Il y a actuellement un grand projet en cours de réalisation. C’est le complexe Mohamed VI qui comprend une grande mosquée, une salle de conférence, une école, le siège de la section guinéenne de la Fondation Mohamed VI des Ouléma africains et un Waqf pour l’entretien du complexe.

Plusieurs centaines d’élèves guinéens sont en formation dans les établissements d’enseignement traditionnels.

Récemment le Maroc a normalisé ses relations avec l’Etat d’Israël, quel est votre point de vue sur cette normalisation?

Les relations entre le Maroc et le peuple juif datent de plusieurs siècles. Il faut rappeler qu’en 1492, un décret dénommé l’ “ALHAMBRA” a contraint tous les Juifs d’Espagne à ce convertir au christianisme, ce qui a poussé des milliers d’entre eux à se réfugier au Maroc, où ils furent protégés et traités humainement.

En 1941, le roi Mohamed V du Maroc a refusé de livrer les Juifs marocains aux nazis et en cette même période, lors de la célébration de la fête du trône, il a installé les invités juifs aux cotés des officiels français, réfutant ainsi les nouvelles lois anti-juifs.

Ces faits historiques restent gravés dans la mémoire des milliers de Juifs marocains installés en Israël et qui considèrent toujours le Maroc comme leurs pays. Donc, à mon sens, les derniers événements entre le Maroc et l’Etat d’Israël constituent une réactivation des liens déjà existants entre les deux États.

Au même moment, les États-Unis ont ouvert un consulat à Dakhla ; y a t-il un lien entre les deux événements?

Non. D’ailleurs la marocanité du Sahara n’a jamais été contestée par les États-Unis, qui ont d’excellentes relations avec le Maroc. Si aujourd’hui les négociations menées entre les deux pays ont abouti à l’ouverture d’un consulat des États Unis à Dakhla, c’est tout à fait normal. La Guinée qui a d’excellentes relations de coopération avec le Maroc dans presque tous les domaines, est l’un des premiers pays à y ouvrir un consulat.

Interview réalisée par Mohamed Soumah pour Guinee7.com