L’UFDG et l’UFR revendiquent tous deux un choix politique rigoureusement libéral. Ils proclament d’ailleurs allègrement leur appartenance à l’internationale libérale et brandissent ce statut comme un trophée et un gage de sécurité pour leur quête de pouvoir.

Cependant, à ce jeu là, c’est l’UFR qui est le véritable gardien de ce libéralisme miraculeux. D’abord parce qu’il est plus ancien que l’UFDG mais surtout parce qu’il a élevé ce choix politique au rang de sacerdoce. Sydia Touré et ses partisans ont fait de cette option un label de qualité et une garantie vers la prospérité.

Tant mieux car quoi de plus légitime pour un parti que d’avoir une conviction politique adossée à une option économique ?

Ce qui dérange dans le cas de l’UFR de Sydia Touré, c’est l’absence de profondeur, de substance et de conviction dans ce choix politique affiché et prétendument assumé. Ce qui frappe en plus de déranger, c’est ce mimétisme obsessionnel envers une référence que l’on devine supérieure, charismatique, à la limite religieuse pour les UFRistes.

Cette volonté de conformité à la référence suprême se décline en cascade depuis la pointe de la pyramide jusqu’à la base.

Tout au-dessus de cette pyramide se trouve le Président ivoirien Alhassane Ouattara, modèle incontournable et référence suprême de Sydia Touré qui a été son Chef de cabinet lorsqu’il était Premier Ministre.

Sydia Touré pense qu’en empruntant le même parcours que Ouattara il arrivera lui aussi à la Présidence. Il s’efforce d’utiliser les mêmes expressions que Ouattara, il a reproduit son programme de gouvernement et il est allé jusqu’à reproduire son affiche et son slogan de campagne avec exactement la même expression (« la solution »).

Au deuxième niveau se trouve Sydia lui-même. Il est entré en politique par hasard et par dépit après avoir été débarqué par Lansana Conté (comme Ouattara après avoir échoué à succéder à Houphouët Boigny). Il s’est vite rendu compte de la difficulté à assumer et défendre une véritable identité politique. D’où son arrimage à la stratégie de Ouattara quand il s’est agi d’être candidat à une présidentielle et de s’inventer un programme de gouvernement. Pourquoi réinventer la roue ?

Au troisième niveau figure l’intelligentsia de l’UFR. Ils imitent leur gourou Sydia, de la même manière que ce dernier imite son mentor Alhassane Ouattara.

Il fallait écouter Mohamed Tall, Chef de cabinet de l’UFR, sur Lynx Fm vendredi 9 mai 2014 pour voir à quel point il illustre parfaitement le mimétisme conformiste des membres de l’UFR vis à vis non seulement de la pensée unique et politiquement correcte de Sydia Touré mais aussi de son comportement hautain et méprisant.

Mohamed Tall adore Sydia Touré. Il le vénère au point de l’imiter, jusqu’à la limite de la caricature, dans sa manière de parler. Le débit, le vocabulaire, l’accent, l’intonation ; tout est calculé pour répéter au détail près le discours de Sydia Touré. Dans la forme et dans le fond.

Voilà comment sont tous les barons de l’UFR. Ceux qui n’arrivaient pas ou plus à rentrer dans le moule sont partis ailleurs.

Les partisans de Sydia Touré sont un mélange d’intellectuel complexé, abreuvé par les cours d’économie du siècle dernier et convaincus qu’il existe encore une lutte entre le capitalisme et le communisme. Exactement comme le pense Sydia Touré.

Ils ont été des enfants bien sages et des étudiants modèles. Ils ont toujours suivi les consignes de papa et maman et ils ont scrupuleusement respecté les directives du professeur. Souvenez-vous: à l’école ce sont eux qui étaient assis au premier rang. L’uniforme impeccable, toujours prêts à répondre aux questions avant les autres et à dénoncer les bavards. Impossible de copier sur eux, c’est eux qui se courbaient pour qu’on ne voit pas leur feuilles d’examen. Inutile de leur demander de partager leur goûter, c’était non. Qu’est-ce qu’ils étaient (et sont toujours) égoïstes, obséquieux et ennuyeux ! Comme Sydia Touré.

Aujourd’hui ils sont des militants dociles, formatés pour reproduire le discours du gourou libéral Sydia Touré.

On leur a enseigné que le communisme c’était le mal absolu. On les a prévenus que quand un politique utilisait les mots « social », « partage » ou « solidarité », c’était un communiste. Celui qui utilise ces mots est donc mauvais, comme Alpha Condé par exemple.

Voici ces intellectuels qui composent la sphère dirigeante de l’UFR. Ils sont faciles à reconnaître. Dans leur désir d’imiter le « Guide » Sydia, ils ont tous adopté cette attitude condescendante de ceux qui sont convaincus qu’ils savent tout et que tous les autres sont des nuls.

Leur dress-code est le costume-cravate-lunettes, ils roulent en 4X4 et mangent dans les grands restaurants. Leurs conversations transpirent d’hypocrisie et de suffisance. Ils ont tellement besoin de se sentir importants et d’assouvir leur désir d’appartenance qu’ils sont tous membres de clubs services comme le Rotary, la JCI ou le Lion’s. Ils sont snobs, artificiels et mettent un point d’honneur à emprunter un accent étranger. Ivoirien de préférence. Ca fait plus proche de Ouattara vous comprenez. Comme Sydia.

Leur raisonnement politique et économique est carré, invariable. Sans aspérités et sans relief. C’est un club d’universitaires incapables de faire preuve d’un minimum d’imagination ne serait-ce que pour concevoir un slogan de campagne ou un programme de gouvernance et des « solutions » véritablement guinéennes. Pour ces gens, il n’y a qu’une seule voie : c’est celle qu’ils ont appris à l’école. Vous les sortez de cette logique, ils se noient.

Ne leur demandez surtout pas de trouver une alternative au FMI et aux programmes d’ajustement structurel. En bon libéral soucieux des équilibres macroéconomiques on ne discute pas une directive du FMI. Ne croyez pas non plus qu’ils vont accepter de subventionner l’agriculture, le carburant ou le riz. Pour eux ce sont des pratiques d’un autre âge, et hautement communistes. Enfin, n’allez surtout pas rêver qu’ils essayeront de faire preuve d’innovation ou d’imagination pour créer de l’emploi par l’intervention de l’Etat, des incitations administratives ou de grands projets d’infrastructures publiques. Ces affidés de la sacro sainte loi du marché vous diront qu’il faut laisser ce dernier réguler lui-même l’économie et donc, le marché de l’emploi.

Prions pour que, dans leur désir d’imiter Ouattara, ils ne finissent pas par créer une rébellion armée en Guinée.

Réécoutez un peu les discours de Ouattara quelque temps avant le déclenchement de la rébellion en Côte d’Ivoire et comparez-les avec ceux de Sydia Touré. Espérons que vous n’y trouverez pas de similitude.

Balakhissa Samoura