Ce 9 décembre est la journée internationale de lutte contre la corruption. Nous avons rencontré M. Sékou Mohamed Sylla, Secrétaire exécutif adjoint de l’ANLC (l’Agence Nationale de lutte contre la corruption et de la promotion de la bonne gouvernance), pour nous faire le point de la situation en Guinée.

De l’état de la corruption en Guinée

‘‘Sur le plan général, si je peux me permettre de le dire, la corruption a atteint un seuil intolérable en Guinée, aucun secteur n’est épargné. Et sur le plan des dispositions légales et institutionnelles requises, c’est le seul pays de la sous-région qui ne dispose pas pour le moment, d’une loi spécifiquement dédiée à la lutte contre la corruption. La loi anti-corruption est à ce jour au niveau du gouvernement, en Conseil des ministres, depuis le mois de Mai 2016. Nous avons bel espoir que la session de l’Assemblée Nationale en cours avant qu’elle ne soit clôturée, puisse recevoir cet important document de l’administration judiciaire dédié à la lutte contre la corruption en Guinée. Ensuite, le cadre institutionnel de lutte contre la corruption ne répond pas aux normes et standards dédiés aux institutions de lutte contre la corruption. Nous n’avons pas encore notre stratégie nationale de lutte contre la corruption. Bref voilà l’état des lieux en ce qui concerne la lutte contre la corruption en Guinée’’.

Des secteurs les plus corrompus en Guinée 

‘‘Il faut se référer sur des chiffres réels et actuels. Avec l’aide de la fondation OSIWA en 2012, un premier rapport sur la perception de la corruption et  de la gouvernance avait été réalisé, las chiffres avaient fait l’object de promotion, de vulgarisation sur le plan national et international. Ces données sont obsolètes à l’heure actuelle’’

De la volonté politique à lutter contre la corruption    

‘‘La volonté politique comme vous et tout un chacun de nous le sait, est régulièrement exprimée. Lutter contre la corruption le premier magistrat de la République l’a toujours exprimé. Alors que ce que nous vivons actuellement ne reflète pas cette volonté politique, il faut se dire la vérité. ‘Guinée is back’, il faut le reconnaitre, ne corrobore pas les réalités en matière de lutte contre la corruption et la bonne gouvernance. Ce n’est pas possible que la Guinée soit le seul pays de la sous-région à ne pas disposer d’une loi anti-corruption, contrairement aux autres Etats, la Sierra Leone, le Liberia, le Sénégal, la Cote d’ivoire. Nous venons de rentrer d’une réunion, d’un atelier régional sur le MAEP à  Abidjan. Des 15 Etats membres de la CEDEAO, 4 dont la Guinée ne sont pas au MAEP. Et pour quelqu’un qui considère l’audience du président de la République, sur le plan africain et international, en réalité ce n’est pas possible. Puisqu’actuellement il est le coordinateur de l’initiative pour l’électrification de l’Afrique, tout cela vend quelque part sa dimension gouvernance et que localement toutes les conditions ne sont pas réunies pour réellement lutter contre la corruption en Guinée et sans cette lutte contre la corruption, il ne faut pas se leurrer, nous avons toutes las chances de ne pas réussir le programme’’.

De la note à attribuer au gouvernement en matière de lutte contre la corruption  

‘‘Qui devrait faire en sorte que la loi soit adoptée ? Moi personnellement. C’est la volonté de Dieu et celle des autorités, c’est de travailler avec l’équipe de la lutte contre la corruption et si les actes qui vont dans ce sens ne sont pas posés ? C’est le gouvernement qui doit en principe travailler dans ce sens. Accepter que la Guinée ait une loi, donner un cadre approprié à la lutte contre la corruption, dégager les moyens essentiels contre la corruption. Les gens croient qu’à l’ANLC ici, nous avons beaucoup d’argent alors que dans la sous-région c’est l’institution qui a moins de 110 000 dollars. Au même moment au Sénégal le budget en 2016 est de 2 millions 100 mille Euro, la Sierra Leone en 2014, 7 millions 700 mille Dollars, le Liberia 2 millions 100 mille Dollars, la Côte d’Ivoire qui a adopté sa loi anticorruption dispose d’une institution dotée de plus de 2 millions de Dollars.

Et chaque année, nous ne recevons pas l’entièreté de la subvention qu’on nous accorde. Et c’est le moment de saluer l’engagement du personnel. Ils sont là avec conviction, il y a l’information, ils savent comment leurs collègues de la sous-région sont traités par rapport à leurs traitements ici. Mais ils continuent à travailler avec conviction. Le Gouvernement doit faire son maximum pour mettre en avant la lutte contre la corruption, c’est le seul moyen de réussir entièrement son programme, la lutte contre la corruption et l’impunité. Sans cela, je le dis et le répète on n’a aucune chance d’atteindre les objectifs de développement, même les Nations-Unies l’ont reconnu. C’est le seul pays ou la pauvreté progresse, c’est un paradoxe, combien de fois nous avons rédigé des programmes de développement avec l’aide de la communauté internationale mais nous continuons toujours à enregistrer la pauvreté en progression ? Il serait utile de se poser la question’’.

De ce qu’il faut pour mettre fin à la corruption ou du moins, la réduire sensiblement

‘‘Il faut adopter la loi anticorruption et mettre les dispositions  pour son application ; renforcer le cadre institutionnel et les capacités opérationnelles de  l’institution de lutte contre la corruption et tout le corps de contrôle ; adopter une stratégie  nationale de lutte contre la corruption et que toute la population, toutes les composantes de la société guinéenne retiennent que la lutte contre la corruption ce n’est contre personne mais contre un système, même ceux qui sont en train d’être corrompus et corrupteurs ; ils s’en rendront compte, ils vont faire leur mea-culpa pour comprendre que ce n’est pas nécessaire, que ce n’est pas bon pour toute la société guinéenne. Même chez nous les croyants, la première fois que Dieu a manifesté sa colère envers Adam c’était à cause de la corruption, le Satan a corrompu EVE en lui faisant faire ce que Dieu a interdit. Et voilà nous sommes sortis du paradis. La corruption n’est tolérée nulle part et elle ne devrait pas être tolérée. Et je pense aussi qu’une sensibilisation parait indispensable dans un premier temps pour qu’on sache et qu’on admette que la corruption n’est pas bonne et qu’il ne faut pas blaguer avec.

Propos recueillis par Abdou Lory Sylla