72h après le décès de l’ancien premier ministre malien, Soumeylou Boubeye Maïga en détention, Moctar Ousmane Sy, président du mouvement politique, Génération Engagée, qui a connu le défunt homme politique, répond à 7 questions de guinee7.com.

Guinee7.com : Comment avez-vous appris le décès de Soumeylou Boubeye Maïga?

Moctar Ousmane Sy : J’ai appris avec une profonde tristesse à travers une source de la famille, le décès de Soumeylou Boubeye Maïga, ancien premier ministre, et président du parti Asma. C’est vraiment une circonstance douloureuse pour nous, et pour toute sa famille, nous qui l’avons côtoyé aussi bien sur le plan politique que sur le plan familial. C’est l’occasion pour moi d’adresser toutes mes condoléances à sa famille, à ses amis, ainsi qu’aux membres et militants de son parti.

L’avez-vous connu personnellement, si oui à quand remonte votre dernière rencontre où visite ?

Je l’ai connu personnellement pour avoir été vraiment dans son entourage familial, parce que Soumeylou Boubeye Maïga fait partie de ceux qui ont lutté pour l’avènement de la démocratie au Mali, mes parents en faisaient partie également.

Donc ça été vraiment les premières relations dans le cercle familial.

Ensuite, j’ai eu à collaborer avec lui sur le plan politique aussi, à travers l’appartenance à certains regroupements qui ont vu le jour après le coup d’Etat de 2012. Donc nous avons travaillé ensemble dans d’autres cadres également.

Mais c’est vraiment pour nous une perte incommensurable parce que ce monsieur représentait beaucoup et à beaucoup fait pour l’avènement de la démocratie au Mali.

Le Mali perd en lui, un grand homme d’Etat, un homme d’envergure, un homme de dossiers, mais surtout un homme de relations.

Je l’ai rencontré pour la dernière fois à l’occasion des rencontres que nous avions initiées avec les personnalités dans le cadre de la libération de feu Soumaila Cissé.

Soumeylou Boubeye Maïga faisait partie de ceux qui nous avaient vraiment conseillés dans notre démarche pour obtenir la libération de Soumaila Cissé.

Nous avons longuement discuté, échangé sur la situation du pays, et également sur les voies possibles pour nous faciliter la libération de Soumaila Cissé.

Soumeylou Boubeye Maïga était en détention depuis août 2021, pensez-vous que son décès est la résultante de ses conditions de détention, quand on sait que ces derniers temps, sa santé était fragile, et sa famille ne cessait d’alerter les autorités ?

C’est vrai que Soumeylou Boubeye Maïga était en détention depuis août 2021, sa santé s’était fortement fragilisée lors de cette détention, il y a eu des alertes, les autorités ont été saisies sur la question, et par sa famille, par ses amis, sa famille politique également, et par beaucoup de soutiens.

Mais hélas, il n’a pas été donné suite favorable à cette demande-là ! Et c’est pour ça qu’aujourd’hui il y a un débat autour des circonstances de son décès.

Mais moi je pense qu’aujourd’hui, c’est le lieu du rassemblement, c’est le lieu de l’amertume, c’est le lieu vraiment de présenter ses condoléances à la famille, c’est le lieu de se recueillir, de saluer sa mémoire, et surtout de prier pour qu’il repose en paix, parce qu’en lui le Mali perd un grand homme.

Acteur clé du landernau politique Malien, l’espace politique perd-il un mastodonte qui va laisser un vide difficilement ‘‘comblable’’ ?

Son décès est une énorme perte pour le Mali. Soumeylou Boubeye Maïga représentait un poids politique très important dans notre pays.

Pour avoir été déjà directeur de la sécurité d’Etat pendant plus de 6 ans, ensuite plusieurs fois ministre, premier ministre, et président de parti.

Avec quelques élus à l’assemblée nationale, il a quand-même  joué un rôle important dans les 7 années du régime Ibrahima Boubacar Keita.

Pour vous dire que Soumeylou Boubeye Maïga avait un poids politique, et qui pouvait continuer à influencer la vie politique malienne, et aujourd’hui il va falloir composer sans lui.

Mais je suis sûr qu’il a pu laisser des traces, il a pu laisser un héritage politique qui va parler pour lui, qui va agir pour lui, et je pense que c’est ça le plus important.

Sinon politiquement, le Mali perd un grand, quelqu’un qui s’est battu pendant toute sa jeunesse pour l’avènement de la démocratie, qui a obtenu la démocratie, qui a servi l’État, un grand serviteur de l’État.

Aujourd’hui, il est allé se reposer nous prions encore pour lui, pour que son âme repose en paix.

Au regard des graves accusations de détournement de fonds publics, de fraude, de trafic d’influence et de favoritisme qu’on lui imputait, pensez-vous que la détention de Soumeylou Boubeye Maïga, était synonyme d’une justice qui se dresse contre les pratiques haïssables au sommet de l’Etat ?

Vous savez nous sommes dans un pays où la polémique est facile.

On colle facilement des étiquettes aux gens, mais nous avons également une justice qui s’est saisie d’un dossier pour faire toute la lumière sur ce dossier-là, parce que ce dossier-là concernait une partie sensible du fonctionnement de notre État qu’est l’armée. Donc c’est pour ça qu’il était nécessaire en fait de mener toutes les enquêtes, de faire toute la lumière sur ce dossier.

En son temps, Souleymane Boubeye Maïga était ministre de la défense, donc je pense qu’il a été interpellé dans ce sens, pour se défendre, donner ses arguments pour que justice soit faite.

Malheureusement la détention s’est prolongée, nous ne savons pas pourquoi, mais ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que ce dossier doit se poursuivre pour que l’objectif de faire la lumière soit atteint, et qu’on puisse expliquer aux Maliens qu’est-ce qui s’est passé avec ces détournements, s’ils sont avérés à d’autres niveaux que ça soit jugé, et ou si ce n’est pas avéré que vraiment l’intégrité et l’honneur des personnes mises en cause soit rétablis.

Donc il est important que justice soit faite, au-delà de tout ce qu’on peut penser, de tout ce qu’on peut dire, il faut que force reste à la loi, et que la justice se prononce sur ce dossier.

Les récentes disparitions en cascade au sein des acteurs importants de la classe politique malienne (Soumaila Cissé, Amadou Toumani Toure, Ibrahima Boubacar Keita, et maintenant Soumeylou Boubeye Maïga), vous poussent-elles à penser que la nouvelle classe politique dont vous faites partie a l’obligation de porter haut le flambeau, et de ne pas décevoir le peuple malien ?

Je pense que nous avons tous été quelque part surpris par les disparitions successives de grandes personnalités politiques de notre pays.

C’est une page qui se tourne, c’est une génération qui s’en va, nous en tant que jeune génération, il nous appartient désormais de tenir le flambeau et de tirer les leçons des échecs, de capitaliser sur les acquis afin que nous puissions assurer la relève de la meilleure des manières, de sorte à assurer de bonnes conditions pour nos jeunes, et futures générations.

En ce qui nous concerne, nous avons le souci de perpétuer les bonnes idées qui ont été portées par nos aînés, mais aussi de nous démarquer par notre capacité à produire, à réfléchir et à agir dans l’intérêt supérieur de nos jeunes et futures générations.

Ça c’est vraiment notre vision politique, nous sommes dans une logique où nous allons nous engager avec nos aînés, et non contre eux, et bien évidemment trouver un cadre d’expression dans lequel ils vont pouvoir nous conseiller à travers leurs idées, à travers leurs expériences, pour ceux qui sont vivants, et pour ceux qui sont partis aujourd’hui, ils ont laissé un héritage, et nous comptons bien évidemment en profiter, tirer le meilleur, et nous en servir pour construire notre projet.

La junte malienne qui avait refusé que l’ancien premier ministre aille se soigner aura-t-elle le courage à votre avis de lui organiser un deuil national ?

Je pense qu’il appartient aux autorités de la transition d’organiser un deuil national pour Soumeylou Boubeye Maïga, en coordination avec sa famille.

Mais je pense qu’aujourd’hui, la priorité c’est que Soumeylou Boubeye Maïga puisse partir en paix, dans des conditions acceptables, et que ses proches, sa famille puissent prier sur son corps.

Et qu’on retienne de lui un homme bon, loyal, un serviteur de l’Etat, quelqu’un qui a consacré toute sa vie pour la cause des autres, et je pense qu’il mérite vraiment des funérailles dignes de ce nom.

Maintenant il appartient aux autorités de le décider.

Dans l’affirmatif de le coordonner avec sa famille, je pense que c’est le peu qu’on puisse lui rendre, et c’est le peu qu’on puisse rendre à ses proches.

Entretien réalisé à Conakry par Alpha Amadou Diari Diallo