Le Front uni pour la démocratie (FUD) risque d’être un mouvement mort-né, avec le rejet de la démarche par la base du président de  l’Union démocratique de Guinée (UDG) Mamadou Sylla.  Dans un communiqué rendu public à cet effet, le Bureau politique de l’UDG désavoue son leader, qui s’est rallié à une cause qu’il n’approuve pas.

Il faut rappeler que  dans son communiqué, le Bureau politique national de l’UDG dit s’être  réuni « en séance extraordinaire ce lundi 29 février 2016 au siège à Dixinn-Bora et après examen approfondi de la question, a pris la décision unanime de ne pas faire prospérer cette idée et de renoncer purement et simplement à cette proposition qui est classée sans suite ce, en accord avec le président du parti. »

Le Bureau politique saisit l’occasion pour rappeler que « le parti UDG est un grand parti présent sur l’ensemble du territoire national, une force politique majeure qui l’a prouvé à l’occasion de toutes les consultations nationales et lors de son dernier congrès national. »
Et que le parti UDG « reste et demeure fidèle à ses idéaux et à sa ligne politique, expressément exprimé lors de son dernier congrès national. »

Ce communiqué signé du 2ème vice-président El hadj Dembo Sylla et le Secrétaire général Coliya Sylla risque de compromettre le projet entrepris récemment par son président Mamadou Sylla,  Papa Koly Kourouma et Alhousseyni Makanéra Kaké à Paris.

Mamadou Sylla n’a pas manqué de souligner d’ailleurs dans un entretien accordé au site africaguinee.com au lendemain de l’annonce de la naissance du FUD, que cela est le fruit de la frustration née de ses rapports avec le chef de l’Etat. Il dénonce clairement le fait que Condé ne respecterait pas ses engagements vis-à-vis de ses alliés.

Sur ce qui est a motivé sa démarche, Sylla ne va pas du dos de la cuillère et lance : « En ce qui me concerne, c’est une question de frustration. Vous savez un homme frustré peut même se donner la mort, ou il trouve la solution ailleurs. Tous les guinéens savent que je suis une personne fidèle dans son amitié. Pour preuve j’étais un ami intime au défunt président Lansana Conté. Avec Alpha Condé, avant même qu’il ne soit président, nous étions les acteurs politiques du pays. Mais pendant les cinq ans de sa présidence, notre partenariat n’a pas été avantageux pour moi. On n’est jamais consulté par le président pour des prises de décisions (…). Bien sûr c’est le chef de l’Etat, mais il y a quand même des amis et des alliés auxquels il peut se référer pour certaines choses. Entre Mamadou Sylla et Alpha Condé il n’y a aucun problème particulier. C’est le respect qui prime. Je l’appelle grand –frère et il m’appelle jeune frère. Parfois il y a des ruptures entre nous, mais à chacune de nos rencontres on se concerte pour parler de l’avenir », a-t-il confié à nos confrères d’africaguinee.com. Rappelant que « toutes les fois qu’il y a eu une sorte de rupture dans notre amitié, je n’ai jamais été fautif. En guise d’exemple, après les élections de 2010, il n’y a avait aucun contact téléphonique au moins pendant six mois, avant qu’il ne se rétracte. Autre chose, je suis tombé malade pendant quatre mois, il ne m’a jamais appelé, et quand c’est moi qui tente de l’appeler, il ne décroche jamais. Un autre cas, c’est quand j’ai donné un bureau au député uninominal de Boké qui est Alpha Boké, je sais ce qu’il a fait. Il est passé par tous les moyens pour retirer ce bureau à ce monsieur qui appartenait au parti de Sidya Touré qui était de l’opposition. A l’époque d’ailleurs le président nous disait que Sidya et Kassory Fofana sont de mauvaises personnes et qu’il ne fallait pas s’en approcher. Mais ironie de l’histoire, tous les deux travaillent avec Alpha Condé. Ce qui est grave, il te dit de mauvaises choses au sujet de quelqu’un et après tu le vois avec cette personne. »

Et au président de l’UDG de dire sans ambages : « je vais vous dire, je suis président de parti et je dois rendre compte à mes cadres. Ils ne peuvent pas comprendre que leur président par exemple nomme à des postes de responsabilité des gens inconnus par nous  et voir même parfois des personnes considérées comme des ennemis à lui et de laisser les cadres des partis qui sont proches et alliés à lui. C’est pourquoi je dis que je suis un homme frustré. »

Dans cet entretien il dit avoir regretté d’avoir soutenu Alpha Condé lors de la présidentielle. « Oui. Vous savez, je ne ressemble pas à un démagogue, ni à quelqu’un qui a sa langue dans sa poche. Si je dis le contraire, j’aurais menti. Notre alliance, notre partenariat, n’ont pas été bons. Vous savez que le respect est très important dans nos sociétés africaines. Pour le moment je suis à paris, où j’ai rencontré deux personnes qui sont aussi frustrées que moi (allusion faite à Papa Koly et Makanéra, ndlr). Pour la petite histoire, le ministre Makanéra a tout fait pour que mon parti fusionne avec le RPG-arc-en-ciel. Je lui ai dit à l’époque qu’il ne connaissait rien dans la politique et qu’il ne fallait pas faire ce pari risqué. Je crois que l’histoire m’a donné raison. A notre rencontre ici à Paris, les deux m’ont approché et m’ont expliqué le bien fondé de leur démarche. Comme nous partageons les mêmes idéaux j’ai accepté leur proposition. »

Sur le rapport des fondateurs du mouvement avec l’opposition, Sylla explique : « Vous savez en politique, il faut toujours aller pas à pas. Pour le moment je dis que je suis un homme frustré et je sais qu’en Guinée, il y a assez de guinéens qui ont perdu leur vie pour la démocratie. Nous n’avons pas encore oublié les massacres du 28 septembre 2009. Je suis pour la légalité et la justice et nous battrons pour que ces morts ne soient pas morts pour rien. »

A noter que dans cet entretien, le président de l’UDG ne s’était prononcé clairement sur sa volonté de quitter la mouvance présidentielle. Comme s’il s’agissait d’un ballon d’essai lancé en vue de revenir dans les bonnes grâces du président de la République.

Mamady Kéita in L’Indépendant, partenaire de guinee7.com