Moins d’une semaine après l’assassinat de l’ancien ministre de la Jeunesse, Thierno Aliou Diaouné par des individus qui courent toujours, Me Jean Baptiste Jocamey  Haba, avocat du Barreau de Guinée vient à son tour de faire l’objet d’une tentative d’assassinat, dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 février. La victime que notre reporter a rencontrée, retrace le film de cette attaque qui s’est déroulée dans la commune de Ratoma.

Vous avez été victime d’une attaque mercredi,  dans la banlieue de Conakry, et votre voiture a été emportée par les agresseurs. Pouvez-vous revenir sur les faits ?

Me Jean Baptiste Haba : Je vous confirme que j’ai été effectivement attaqué hier nuit (ndlr : mercredi 11 février), entre 21h et 21h 30 par des inconnus, qui étaient lourdement armés, puisqu’ils possédaient bien des armes blanches mais également des armes de guerre. L’attaque a eu lieu en face du domicile de celui qui m’accompagnait Dr Malo, il est le président fondateur de l’université qu’on appelle UDECOM à N’Zérékoré. Il vit au Canada et il est actuellement en Guinée, uniquement pour une tournée dans la sous-région ouest africaine. J’ai été attaqué au moment où je devais stationner. Dr Malo a préféré que je prenne une position de départ. C’est là que j’ai vu qu’un véhicule m’avait bloqué devant et un autre véhicule 4×4 justement rempli de ceux-là, qui m’ont attaqué, est venu à toute allure et m’a également bloqué par derrière. J’ai eu juste le temps de m’arrêter et du coup, ce sont des coups de poing qui pleuvaient sur moi. J’ai entendu un premier coup de feu, je pensais que Dr Malo qu’on avait fait descendre
et dépouillé de tous ses objets, qu’on avait assassiné. Cela m’a donné une force, j’ai commencé  aussi à me battre. Puisque je ne pouvais pas descendre du véhicule. On voulait m’assommer là, j’ai réussi à ôter ma ceinture de sécurité. J’ai réussi à ouvrir la portière, ce qui m’a d’ailleurs aidé, puisque c’est avec la porte que j’ai pu taper très fort les personnes qui m’ont attaqué avec tous les coups. J’ai eu la main gauche enflée, l’annulaire qui est notamment entorsé, le plat du pied qui a plusieurs plaies. Ça s’est passé vite, il y a eu deux ou trois coups de feu; quand tout le monde a fui. Et en ce moment pour moi, Dr Malo était assassiné. Donc, moi-même je cherchais un abri. Je ne sais pas comment je me suis retrouvé dans une cour d’à côté. C’est là que j’ai compris, que j’étais plutôt à côté de chez lui. Bien que je connaissais déjà cette localité. Les gens m’ont raccompagné, j’ai plutôt retrouvé Dr Malo, qui pleurait, pensant que j’étais déjà mort. C’est Dieu qui nous a sauvés. Je rappelle tout simplement que personnellement, je suis déjà menacé depuis longtemps, depuis le mois de septembre 2014, j’étais déjà menace de mort.

Peut-on connaître les raisons ?

Pour moi, pour le mois de septembre, c’était tout simplement lié au dossier du 28 septembre. Puisque je suis l’avocat du président Dadis Camara, qui à l’époque des faits était le président de la République de Guinée. J’avais fait plusieurs déclarations pendant ce temps-là, aussi bien au niveau de la presse privée nationale qu’au niveau de la presse internationale. J’avais fait plusieurs déclarations parce que j’avais reçu plusieurs menaces de mort. Les gens m’avaient fait comprendre qu’ils savaient où je  dormais. Ils connaissaient le nombre de personnes qui sont chez moi. Ils savaient l’itinéraire que j’empruntais en sortant de chez moi. Ils savaient les heures auxquelles je quitte de chez moi, les heures auxquelles je rentre chez moi. Ma peur m’avait poussé à rencontrer en ce moment-là, l’avocat général de l’époque Me Fernandez, qui est actuellement procureur général près de la Cour de Kankan. Il m’a demandé de prendre cela au sérieux. Il m’avait conduit auprès du directeur national de la police judiciaire, Monsieur Morgan pour un entretien. L’entretien n’avait pas eu lieu effectivement, mais l’avocat général de l’époque
avait suggéré de mettre à ma disposition des gardes du corps. Mais moi, je lui avais dit que ce n’était pas nécessaire et que je ne voudrais pas attirer l’attention sur moi. J’ai préféré rester comme cela. Maintenant, je ne sais pas, si ces faits sont liés. Ce que je sais par contre, cette attaque était préparée et j’ai été suivi. Et la façon dont ils sont venus vers moi, ce sont vraiment des professionnels et ils ne venaient pas pour le véhicule, qu’ils ont emporté, une rav4 blanche immatriculée RC 2377 Z. Ils l’ont emporté avec tout son contenu : mes téléphones, ma robe noire, les dossiers d’ECONBANK Guinée, des numéraires. Je ne peux pas énumérer là où je suis maintenant. Je sais tout simplement que c’était des professionnels.

Vous avez fait savoir que votre collègue Dr Malo vous avait demandé de placer votre véhicule en position de départ. Est-ce à dire qu’il savait déjà que vous étiez suivi ?

Non, je ne crois pas, personne ne pouvait imaginer cela et c’est quelqu’un qui tient beaucoup à moi. Donc, il a estimé que comme c’était la nuit et que je devais retourner, il voudrait vraiment rester devant sa cour et quand il me voit partir, il est content.

C’est pourquoi d’ailleurs il est resté avec moi pour tourner. Je me dis qu’à partir de ce moment là, les gens qui me suivaient sûrement ont compris que, ce monsieur n’était pas peut être prêt à me laisser. Pour eux, il fallait forcement passer à l’attaque, parce que si je prenais seulement l’allure, ils ne m’auraient pas retrouvé. Bien vrai,
qu’il n’y avait pas de courant. Mais les gens étaient là, les gens passaient, il n’y avait pas forcement une crainte aussi énorme pouvant l’amener à penser qu’on serait peut être victimes d’une telle tentative d’assassinat. J’appelle cela tentative d’assassinat, parce que des gens qui viennent, qui se préparent et bondissent sur toi et t’empêche de sortir du véhicule. Il voulait me tuer à bord du véhicule, d’ailleurs et c’était prémédité. Parce qu’ils m’ont suivi, c’était un guet-apens qu’ils avaient tout simplement monté.

En ce moment est-ce que les services de sécurité ou la population sont venus à votre secours ?

Oui, j’ai quand même contacté plusieurs commissaires la nuit et un certain nombre de chefs d’escadron. Et j’ai même contacté la BRB (Brigade de répression  du banditisme) de Kipé. L’unité qui s’occupe spécialement de ce genre de crime. Cette unité est restée quand même en contact avec moi toute la nuit. Elle a même prit ma voix pour faire
passer au niveau de leur radio de transmission. Je crois, ils doivent avoir un système pour les différents points de contrôle. Et ce matin (ndlr : jeudi 12 février), nous avions parlé. Je suis en train de préparer une plainte contre X, que je vais adresser au procureur de la République, pour tentative d’assassinat. Egalement préparé un courrier, que je vais adresser à mon bâtonnier. Qui est celui qui d’abord assure, moi ma protection en République de Guinée. Pour le moment ce sont des démarches que j’ai menées. Aujourd’hui ou demain, je vais essayer de faire les examens cliniques. Parce que, j’ai quand même mes mains sont entorsées, les pieds me font mal.

Quel est l’état de santé de ton collègue Dr Malo ?

Il va bien, c’est paradoxal et il n’a que des égratignures, quelqu’un qui reçoit des balles et il n’a que des égratignures, c’est vraiment paradoxal.

Comment expliquez-vous cela, c’est mystique ou quoi ?

Je ne peux vous le dire, il est le seul à pouvoir expliquer cela, pas moi. Pour moi, croyant que je suis, je dis que c’est un miracle de Dieu.  Parce que, je ne devrais pas vivre maintenant là, n’eut-été la seule volonté de Dieu. Parce que tout était téléguidé par ceux-là qui sont venus attenter à ma vie. Je ne vous parlerais pas aujourd’hui de tentative d’assassinat. Mais ce sont d’autres personnes qui vous parleraient d’assassinat. Moi, je serais peut-être à la morgue. J’ai tout simplement peur maintenant, là où je suis assis, parce que je sais que ma sécurité n’est pas assurée.

Est-ce que votre client le président Dadis est au courant de ce qui vous est arrivé?

C’est tout naturellement, nous avons parlé la nuit, il est inquiet comme moi. Il est vraiment inquiet comme moi.

Quelle disposition allez-vous prendre maintenant, afin d’éviter ce genre de situation?

J’ai une seule force, moi ma force c’est la loi. Vous savez je suis un individu comme vous. Moi je n’ai pas d’arme, j’utilise la loi en posant plainte et quand je dépose une plainte, ça oblige les personnes qui ont la charge de pouvoir agir dans ce sens. C’est à eux d’ouvrir au moins des enquêtes, si nécessaire d’ouvrir une information et on
verra ce qui s’en suivra. Mais moi, je n’ai pas d’arme, je ne peux que m’en tenir à la loi et au conseil qu’on va me donner. Dieu m’a déjà sauvé, ça veut dire que je vais encore vivre pendant longtemps. Ceux qui ont voulu ôter ma vie la nuit d’hier (ndlr : mercredi 11 février), ont tort. Ils ne le pourront pas, ils peuvent aller se préparer, ils ne pourront jamais. Dieu seul m’a donné la vie, Dieu seul peut ôter ma vie.

Propos recueillis par Richard TAMONE, In Le Démocrate, partenaire de guinee7.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici