La « non-exécution » de certaines décisions prises par le président de la Transition, le général Sékouba Konaté continue de faire des mécontents dans la cité.  C’est le cas notamment pour le payement des primes promises aux membres du Conseil national de la transition. Si les membres du gouvernement de la transition ont pu bénéficier de leurs primes d’accompagnement, les membres du CNT eux continuent de frapper encore à la porte de l’Etat, en vain. L’un des portevoix des conseillers, Dr Morlaye Camara accuse nommément le chef de l’Etat d’avoir piétiné le dossier au grand dam des pauvres membres du défunt CNT, qui était présidée par Rabiatou Sérah Diallo. Entretien…

Il y a quelque mois vous étiez devant la presse pour faire certaines réclamations par rapport au conseil national de la transition. Où vous en êtes par rapport à ce dossier ?

Dr Morlaye Camara : Jusque-là l’exécutif en la personne du chef de l’Etat fait la sourde oreille, parce que tout ce que nous demandons, il croit que cela ne relève pas du mérite. Alors que ce sont des textes de lois et cela est la première tentative de violation de textes de lois que ce régime a eu à faire. Le fait de piétiner les premières ordonnances de Sékouba Konaté. Parce que ce sont des ordonnances qui étaient à l’exécution. La constitution a besoin des textes réglementaires pour être exécutée.  Il devrait commencer par ça et c’est travers ça qu’il aurait fait un remerciement honorifique des membres du Conseil national de la transition, qui l’ont accompagné depuis qu’il a été installé. Mais il ne l’a pas fait. Mais il faut dire que ce sont quelque part certains de nos collègues avides du pouvoir qui ont monnayé notre droit. Au lieu de défendre la cause des 100 et quelques membres du CNT, ils ont préféré piétiner ça afin qu’ils bénéficient des postes.

Dr Morlaye Camara,  pour nos lecteurs, est-ce que vous pouvez être très précis?

Oui, il y a notre présidente du Conseil national de la transition, Madame Hadja Rabiatou Searh Diallo qui est aujourd’hui présidente du Conseil économique et social (CES). Elle a été la première personnalité à monnayer cette affaire-là des membres du CNT. Il y a d’autres collègues dont je me réserve d’abord de dire les noms. Nous, nous continuerons à faire les démarches. Certains de nos collègues par exemple suivent le dossier au niveau du Budget. Mais à chaque fois qu’on évoque le problème au niveau du ministre du Budget face à face, il nous dit que c’est quelque chose à payer sans ambages. Mais que le dossier est au niveau de son directeur national du budget. Ce dernier, nous a dit ne pas savoir  où il doit prendre cet argent. Il n’est qu’un simple encadreur des techniciens du budget. Son rôle c’est de traiter le dossier. C’est le ministre qui doit envoyer là où ça doit être. Mais on s’est rendu compte que c’est notre ancienne présidente qui est en train de faire croire que lorsqu’Alpha va exécuter cette affaire, c’est que ça situation est finie. Alors que si nous réussissons à récupérer, ils ont tous leurs noms sur la liste. Imaginer vous mon frère, au CNT, il n’y avait pas que des Guinéens résidents au pays qui étaient-là. Il y a des Guinéens qui étaient venus de l’étranger, ils ont laissé leurs activités, leurs familles pour rendre service à l’Etat. Au moins le minimum qu’ils devaient avoir, c’était de leur permettre  d’avoir le billet retour afin de rejoindre leurs familles.

Pouvez-vous nous rappeler ce que vous réclamez à l’Etat?

C’est 300 millions de francs guinéens par individu. Il y en a qui sont décédés avant la fin, d’aucuns après. Donc tout ceci ce sont des calculs à faire. Si au moins nos collègues pouvaient avoir leurs billets retour pour rejoindre leurs familles, c’est le minimum. Aujourd’hui, certains passent la nuit dans les salons de leurs amis, ils n’ont pas pu rejoindre leurs familles faute de moyens. Aujourd’hui, certains chantent partout réconciliation nationale, avec ça, ça ne peut pas aller. C’est un notre trou qu’on creuse, on ne peut aller nulle part quand l’Etat fait la sourde oreille à certaines choses que les citoyens endurent.

Le CNT n’était pas la seule institution à gérer la transition, le gouvernement de la transition était aussi là. Avez-vous des informations sur ce que les ordonnances avaient prévu pour les membres du gouvernement ?

Les membres du gouvernement tel que c’est prévu dans les ordonnances 03, 014, chaque membre du gouvernement sortant de la transition a reçu le montant qui était prévu, plus les accompagnements qu’il fallait. C’est chez nous qu’on a dit d’attendre, puisqu’on devait être là jusqu’à ce que l’Assemblée nationale soit mise en place. C’est pourquoi nous on a tenu jusqu’en 2013, c’est en janvier 2013 qu’on a cédé la place. C’est en ce moment que l’Etat devait immédiatement procéder au payement.

Vous avez cité le nom du directeur national du budget. Pensez-vous qu’un simple directeur national peut bloquer une affaire de ce genre?

Toutes les démarches que nous effectuons auprès des responsables du ministère du Budget, ils nous disent que notre dossier est hautement politique. Qu’ils ne peuvent pas transmettre notre dossier s’il n’y a pas une haute intervention.

A vous entendre, l’on finit par deviner que ces derniers sont intimidés par le palais Sekhoutouréya dans  cette affaire. Elle n’est pas seulement une affaire ministérielle?

C’est une affaire d’Etat. Si le ministre du Budget prenait ça, il expose au conseil des ministres, et la décision allait être prise là-bas. Ce n’est pas dans son cabinet là-bas qu’ils peuvent prendre la décision.

Il est vrai que votre cas est purement institutionnel. Mais en Guinée une bonne frange de la population réclame quelque chose à l’Etat. On peut  citer les victimes de la BADAM par exemple, les militaires retraités de 2010, il y a aussi les victimes des manifestations politiques. Quelle est votre regard sur ces cas, Dr Camara?

Vous savez ces manifestations-là, si vous voyez que ça a atteint  un certain niveau, c’est qu’on les a pas traités à temps, et comme il faut. Sinon, il est dit dans la Constitution que la manifestation est autorisée en Guinée, quand c’est encadré et ordonné. Je crois que personne ne peut sortir manifester pour casser, c’est pour réclamer un droit, donc ce droit-là, il faut que les gens comprennent que l’Etat n’a aucun intérêt d’empêcher les gens de manifester.

Entretien réalisé par Richard TAMONE