La fille du premier président de la Guinée, feu Ahmed Sékou Touré, Mme Camara Aminata Touré, veut s’essayer en politique, en se portant candidate sous des couleurs indépendantes, aux élections locales dans la commune de Kaloum. Dans cette interview, elle dévoile son programme de société,  tout en abordant d’autres sujets de la vie nationale.

Vous êtes une candidate indépendante au compte de la commune de Kaloum, quel est votre programme de société ?

En tant que candidate, j’ai des ambitions. Et, elles sont légitimes et je suis une femme de Kaloum. J’ai passé mon enfance à Kaloum, entre Boulbinet où était le siège de la présidence de la République et Manquépas.

C’est là où se trouvait la concession de mon grand-père où j’avais ma grand-mère. Je passais les weekends là-bas.

Donc, je pense que Kaloum de cette époque et Kaloum de maintenant est très très différente. Mes premières ambitions, c’est de lutter contre l’insalubrité parce que je me rappelle à l’époque les contrôleurs passaient dans les concessions pour voir, s’il y a des eaux usées.

Aujourd’hui, les gens ont du mal à traverser Kaloum à cause de la dégradation poussée de la commune, on y trouve des eaux usées un peu partout.

La santé des populations de Kaloum n’est pas protégée.

 Quelle est votre stratégie politique pour pouvoir remporter ces élections dans votre commune ?

Ma stratégie politique, c’est d’aller vers les populations à la base pour les écouter parce que la priorité de cela, c’est un vote citoyen.

Il faut se rapprocher des communautés à la base, les écouter et essayer de résoudre leurs problèmes. En ce sens que, tant le panier de la ménagère ne ressent pas un changement, on ne peut pas parler de développement.

Donc, c’est la chose la plus importante et pour cela, il faut aller à l’écoute de ces populations.

Un jour, je me rappelle avoir vu mon père  envoyer son chauffeur, un matin au marché en lui donnant de l’argent. Il lui a dit de l’acheter  10 sylis de piments, 15 Sylis de gombos et d’autres choses. Il a juste fait ça pour savoir à combien les populations pouvaient avoir accès aux denrées de premières nécessités.

A cet effet, c’est très important de connaître les difficultés dont sont confrontées les populations. Et je pense que, c’est ça la solution.

Quand vous serez élue maire de Kaloum, quelles seront vos priorités ?

La première chose qu’on va faire, c’est de créer un centre d’écoute où des gens seront là pour écouter les populations en détresse parce que les populations de Kaloum sont vraiment en détresse. Nous avons des mères de famille et des jeunes qui ne travaillent pas. Ça, c’est très regrettable de voir des gens à 10 heures du matin dans les cafés ou qui sont en train de jouer au PMU.

Je pense que la priorité d’abord, c’est de se rapprocher de ces jeunes et de savoir comment les aider, comment trouver de l’emploi pour eux.

Parmi ces jeunes, il y a beaucoup qui sont diplômés mais qui sont au chômage. Ensuite, il y a des jeunes qui sont réellement pas du tout formés et qui n’ont aucune base.

C’est pourquoi là, c’est de créer les grands centres d’ateliers bien équipés où nous formerions des maçons qualifiés, des électriciens, des plombiers pour les mettre sur les marchés de l’emploi parce que vous n’êtes pas sans savoir que toutes ces grandes sociétés ont leur base à Kaloum y compris moi-même ma société.

Donc, ces sociétés ont des projets, nous pouvons en formant ces jeunes leur dire que nous les mettons à leur disposition qu’on a formés dans différents métiers.

Et là, si on le fait avec 10, 15 jusqu’à 20 sociétés, je pense que nous pouvons trouver assez d’emplois pour les jeunes de Kaloum.

En ce qui concerne les femmes, vous savez qu’elles sont des braves et courageuses. Ce sont elles que vous voyez se lever à 4 heures du matin pour aller dans les marchés chercher de quoi manger.

Donc, ce qu’il faut pour ces femmes, il faut les organiser et essayer de les aider à évoluer. Pour ça aussi, il faut être à l’écoute des populations.

Quand vous n’êtes pas à l’écoute, vous ne saurez pas les problèmes réels de ces populations qui en souffrent énormément.

Après cela, on a les véhicules garés n’importe comment dans la ville. Donc, il faut penser construire des garages, des parkings géants où on pourrait parquer au moins 500 à 1000 véhicules.

A partir de là, il faudrait également avoir un petit réseau de transport léger pour ces jeunes de Kaloum dans le but de transporter les gens vers leurs boulots.

Ensuite, nous avons besoin des marchés, vous avez vu l’état du marché de Yenguema, ce n’est pas un marché, il est insalubre. Donc, il faut remédier à tout ça.  Il faut changer les conditions de vie des populations de Kaloum.

 Certains observateurs politiques disent que vous êtes la candidate favorite du RPG dans cette commune, qu’en dite-vous ?

Si ça, c’était faisable, je serais sur la liste du RPG. Je veux que vous sachez quelque chose, moi je suis né PDG, je mourrai PDG, je ne peux être autre chose que PDG.

Donc ça, ça doit être clair pour tout le monde. Les communales, je suis allée comme candidate indépendante, parce qu’encore une fois, je veux être à l’écoute des populations.

Pour être à l’écoute des populations, il faut fédérer les gens. Et, j’ai envie de fédérer tout le monde. Sans exception, homme, femme, sans religion, sans question de parti.

Je veux fédérer toutes les populations de Kaloum. Que d’abord les populations de Kaloum se regardent, qu’ils s’asseyent et qu’ils se parlent et c’est comme ça qu’on va résoudre le problème.

Quels sont vos défis à relever ?

C’est un chalenge pour être à la maire de Kaloum parce que changer Kaloum, c’est vraiment un gros challenge et c’est ce challenge que je me suis posée.

Je travaille et j’ai des occupations professionnelles, mais je me dis que j’ai un devoir vis-à-vis de Kaloum et le devoir, je l’exprime par beaucoup de choses.

Mon père est de Faranah c’est vrai, mais il est fait et fabriqué par Kaloum. Il a été reçu, fabriqué et soutenu par Kaloum.

Donc ça, c’est une reconnaissance que nous avons vis-à-vis des populations de Kaloum. Le moindre qu’on peut faire, c’est de rembourser un centime de ce que Kaloum nous a donné.

Ensuite, j’ai ma mère qui est insulaire et mon grand-père était à Manquépas. Toute ma famille est là. Donc, je pense que je dois doublement à Kaloum et de mon père et de ma mère.

Tout ce qui a été fait, la base du PDG, se trouvait à Kaloum. C’est à Kondébougnie que les premières réunions se sont tenues. Moi, je pense que j’ai un devoir sacré vis-à-vis de Kaloum. Et aujourd’hui, c’est avec beaucoup d’engagement que je me lance dans ce combat.

Le 59ème anniversaire de l’indépendance de la Guinée devrait normalement de se fêter les 02 octobres 2017 à Kankan mais, a été finalement célébrée le 13 janvier 2018. Qu’en dites-vous ?

C’est tout à fait normal de fêter l’indépendance d’un pays. Mais ça serait encore mieux de fêter les indépendances aux dates symboliques, c’est-à-dire le 28 septembre et le 02 octobre.

Ces deux dates sont très symboliques pour notre pays parce que nous avons été le premier pays à avoir notre indépendance. C’est grâce à la Guinée que le jour colonial a été complètement démembré. Donc ça, c’est des dates fortes que nous devrons respecter. Alors, fêter à Kankan, la plaque tournante, c’est une très bonne chose parce que ça permet d’aller vers les régions et de les développer à tour de rôle. Donc ça, c’est une idée géniale et salutaire.

   Dans une interview à un médium de la place, votre frère Mohamed Touré disait qu’il va saisir les tribunaux  compétents pour que les cases de Bellevue vous revienne .Partagez-vous le même avis que lui ?

Oui, Je pense que confisquer la case Bellevue, je ne sais pas comment l’interpréter parce que le président Ahmed Sékou Touré n’a jamais touché aux deniers publics.

Nous avons été élevés dans un sens où il nous disait toujours que le cercueil n’a pas de poche. Le jour que je mourrai, on me mettrait dans la percale et je ne laisserai rien. Il m’a toujours dit, vous allez avoir mal, vous allez souffrir parce que je ne laisse rien.

Vous serez obligés de vous battre pour trouver votre propre vie. Donc, vous souffrirez mais vous ne baisserez jamais la tête, parce qu’on ne vous dira jamais que le président Ahmed Sékou Touré a touché à un franc de l’Etat Guinéen.

Une manière de vous dore que la case de Bellevue est un bien du président Ahmed Sékou Touré qu’il a acquise des années avant l’indépendance. Même la concession de Coleyah, mon père l’a construite avant l’indépendance.

Et, il n’a jamais voulu que l’Etat intervienne, il prenait des sociétés privées pour construire et pour investir quand il devrait investir dans ces locaux.

Il a dit dans son intervention, quand il rentrait avec le journaliste d’antenne 2 à la case de Bellevue, il lui a dit maintenant nous rentrons dans ma demeure privée.

Si vous prenez la résidence de l’ambassadeur au Maroc, c’est un don offert par le président Ahmed Sékou Touré. C’est là où habite l’ambassadeur de la Guinée. Donc, tout ce qui appartenait à l’Etat, il ne touchait pas. Même ce qui l’appartenait, il mettait ça à la disposition de l’Etat.

Mais, il a dit en 1982 avant de décéder en 1984, maintenant nous arrivons dans ma résidence privée. Ce qui veut dire que la Case de Bellevue, c’est sa résidence.

Maintenant, c’est au peuple de Guinée de juger, parce qu’on voit des personnes qui ont amassé des milliards en un an, deux ans et nous voyons un homme qui s’est sacrifié, qui n’a rien laissé à sa famille, qui a eu des biens avant l’indépendance et les biens obtenus avant l’indépendance sont saisis. Donc, nous laissons le jugement au peuple de Guinée.

Interview réalisée par Léon Kolié (Le Démocrate)  

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