En nommant Boubacar Barry au poste de ministre de l’Industrie et des petites et moyennes entreprises, Alpha Condé vient de mettre sous son escarcelle la Coordination  de l’opposition extraparlementaire (COEP), composée de quelques partis politiques, dont l’Union nationale pour le renouveau (UNR). Le chef de l’Etat pourrait aussi s’attirer les faveurs de l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara, dont Bouba Barry demeure l’un des fidèles alliés.

La récente  nomination de Boubacar Barry, président de l’Union nationale pour le renouveau (UNR) et président de la Coordination  de l’opposition extraparlementaire (COEP) au poste de ministre de l’Industrie et des petites et moyennes entreprises n’a pas surpris certains  observateurs, qui pensent à tort ou à raison que cet ancien membre du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) flirtait depuis un certain temps avec le pouvoir d’Alpha Condé. Et que ce strapontin qui vient de lui être attribué ne serait  qu’une récompense du fait d’avoir  adouci son discours vis-à-vis du gouvernement. Une prise de position qui tranche carrément avec la démarche de l’aile dure de l’opposition, qui elle, ne fait pas dans la dentelle quand il faut brocarder le régime en place. Boubacar Barry s’évertuait  toujours à balayer d’un revers de la main les allégations qui faisaient cas de son rapprochement avec le palais. Et Bouba comme pour trouver des excuses à l’adoucissement de son discours pour ce qui concerne la gestion actuelle du pays, par une équipe gouvernementale, qui a du mal à produire des résultats escomptés,    trouvait à dire « qu’il ne suffit pas de dénoncer, mais plutôt faire des critiques positives. Vu que nul n’est pas parfait.»

C’est certainement dans cet esprit que les partis réunis au sein de la COEP, à savoir L’Union nationale pour le renouveau (UNR), Force des intègres pour la démocratie et la liberté (FIDEL), l’Alliance pour le développement national (ADN), le Parti pour l’unité et le développement (PUD), Parti des travailleurs de Guinée (PTG), le Rassemblement pour la renaissance et le développement (PRD) ont porté un mémorandum au chef de l’Etat en septembre 2014, lors d’une audience qu’Alpha Condé avait accordée aux leaders de ces formations politiques.

Dans ce mémorandum, la COEP avait relevé le fait que « les Accords du 03 Juillet 2013 ont suscité à cet effet un nouvel espoir pour nos populations d’où l’Organisation des Elections Législatives dans la Paix et la Sérénité. Et cet acquis devrait logiquement se consolider par le Respect des Engagements pris conformément à nos Lois et la clarté de nos démarches. »

Avant d’arriver au constat que « malheureusement, l’Intolérance et le manque de Confiance des uns envers les autres ainsi que le manque de volonté politique malgré le consensus obtenu au Palais du Peuple en juillet 2014 entre l’Opposition, la Mouvance, le Gouvernement et les facilitateurs entrainent encore des blocages nouveaux susceptibles de favoriser la violence et la fragmentation de notre unité dont vous êtes, Excellence Monsieur le Président, le Garant Constitutionnel depuis votre Serment du 21 Décembre 2010. »

Pour sauver le pays de la dérive, la COEP avait suggéré de s’attaquer  « aux problèmes de fond qui plombent depuis longtemps le devenir de notre pays. Appelant à  tourner définitivement le dos aux violations de nos textes constitutionnels, à la délation, à l’ethno-stratégie, au communautariste et à la culture négationniste. »

Au nombre de ses recommandations, il y avait   entre autres : le fait de « respecter et faire respecter la Constitution, principale assise d’un régime démocratique voire procéder a sa reformulation et son adoption par le Peuple Souverain, et renforcer l’Unité Nationale et la Démocratie par la valorisation de nos Institutions et le respect de nos Lois.»

« Promouvoir la Justice, les Libertés Collectives et Individuelles et les Droits de l’Homme;
Veiller à l’application des Accords Politiques obtenus consensuellement car restant le gage certain de la Stabilité et de la Paix. Procéder à l’organisation urgente des élections locales qui devront être la fondation de la transparence et de l’équité des prochaines Echéances Présidentielles », pour ne citer que ces points.

A noter que les conditions qui avaient prévalu au déroulement  de cette audience, avaient amené Dr Faya Millimono à prendre ses distances avec ses pairs de la COEP, qu’il soupçonnait d’avoir effectué cette démarche, pour des motifs d’ordre personnel. Chacun des leaders étant animé de l’ambition de se faire une place au soleil, avait-il insinué.

Avec le recul, et vu la nomination de Boubacar Barry au poste de ministre de l’Industrie, maints observateurs lui donnent aujourd’hui raison. Pour cette nomination du président de l’UNR, il faut aussi dire que certains vont jusqu’à lier cela à la proximité de l’homme avec le capitaine Moussa Dadis Camara. Comme pour dire que le président Condé, face à l’appel de plus en plus devenu pressant du côté de la Guinée forestière, pour un éventuel retour au pays de Dadis, entend avec la nomination de Bouba, qui demeure son « ami personnel », réchauffer un peu ses rapports avec l’ancien putschiste. Quand on sait qu’entre le locataire du palais Sékhoutouréa et le capitaine Camara, tout ne serait pas rose. A preuve sa lettre de démission des Forces armées adressée à l’exécutif n’aurait pas encore reçu de réponse.

Et Comme s’il s’agissait d’une coïncidence, Dadis après avoir démissionné de l’armée, a été porté à la tête d’un parti politique, jusque là méconnu du public. Et qui se dénomme Parti des forces patriotiques pour la démocratie et le développement (FPDD).

Aliou Sow (L’Indépendant)

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