Les Guinéens sont aujourd’hui divisés sur le choix d’adopter une nouvelle Constitution ou non. Des meetings sont organisés aussi bien à Conakry qu’à l’Intérieur du pays soit pour réclamer une nouvelle Constitution soit pour pourfendre celle-ci. A mon humble avis, ces divergences sur la question suffisent à elles-mêmes la convocation d’un référendum constitutionnel pour permettre au peuple souverain de Guinée de se prononcer librement.

L’espoir actuellement quant à la construction stable et démocratique de la Guinée doit donc être le résultat d’un effort et d’un engagement collectifs.

Pour ce faire, un appel doit être lancé à tous pour se pencher sur ce projet de nouvelle Constitution à travers des assises nationales.

Le succès du processus démocratique guinéen relèvera de la contribution des patriotes et démocrates qui doivent dépasser les démarcations subjectives et les attitudes revanchardes pour s’engager résolument dans la gestion de la vie politique nationale. Il sera aussi consécutif à l’attitude responsable de certaines organisations politiques qui doivent participer aux assises et travaux sur ce projet de constitution.

Enfin, l’esprit démocratique dont nous devons affirmer et codifier les acquis au cours de ces assises résultera aussi de l’apport actif des organisations de masse, des opérateurs économiques, des communautés religieuses, des organisations socioprofessionnelles et humanitaires. Il devra donc refléter et traduire de façon tangible le consensus national qui prévaut aujourd’hui en Guinée autour de questions essentielles comme le travail, la justice et la solidarité.

Tant il est vrai que les débats libres et contradictoires sont un élément fondamental du jeu démocratique. L’acceptation de l’expression libre dans la différence est au premier niveau des facteurs progressistes de la démocratie.

Le deuxième échelon des facteurs de la démocratie constructive est d’aboutir à un consensus auquel tout le monde se soumet ou, à défaut, de dégager une position majoritaire que la minorité oppositionnelle se doit d’admettre. Et si la position minoritaire s’avère juste, l’histoire dans tous les cas, ne tarderait pas à le relever…

La démocratie constructive est celle qui favorise l’action par l’expression consensuelle, qui n’arrête pas l’action sous le prétexte de l’expression contradictoire. C’est là un exemple de contrainte qui impose à la démocratie un minimum de discipline et à tous les protagonistes du jeu démocratique un minimum de sacrifices et de patriotisme.

Les uns et les autres devront dépasser la méfiance systématique et discuter objectivement en fonction des intérêts majeurs du peuple de Guinée afin que l’action engagée ne soit pas entachée d’erreurs d’appréciation.

Aussi, les sensibilités religieuses et les coordinations régionales constituant des forces sociales organisées ayant une influence sur une partie des composantes de notre peuple indépendamment du jeu politique, les exclure du débat serait anti-démocratique.

Le monde syndical guinéen, en tant que cadre organisé des travailleurs des multiples secteurs de la vie nationale, est aux différents carrefours de la production. Il est donc normal qu’il soit associé aux grandes décisions qui engagent tous les travailleurs.

Évidemment, il n’est pas question d’exclure de ces assises qui engagent toute la société guinéenne, les couches spécifiques que sont les jeunes, les femmes, les anciens et les paysans. Elles correspondent bien à des intérêts spécifiques qui doivent être directement exprimés.

Enfin, faut-il exclure de ces débats les opérateurs économiques, les organisations non gouvernementales humanitaires au nom de l’hégémonie des partis politiques ? Certainement pas !

C’est en prenant en compte toutes ces considérations que le Gouvernement guinéen doit associer, aux différentes instances nationales que sont les assises et les structures consultatives, l’ensemble des couches et sensibilités sociales ou professionnelles afin que s’en dégage un consensus réellement national autour du projet de Constitution.

Nous ne devons jamais oublier que le but final de la démocratie, c’est de favoriser le développement par la liberté, la justice sociale par le progrès. L’histoire de la Guinée depuis son accession à l’indépendance est riche des expériences politiques que sont le parti unique, le multipartisme intégral et le régime d’exception.

En engageant ces assises vers une nouvelle Constitution guinéenne nous devons non seulement nous inspirer de toutes ces leçons de notre histoire, mais surtout acquérir la conviction que sans démocratie véritable, il n’y a aucun développement.

En favorisant l’expression plurielle et en codifiant des droits et des devoirs collectivement acceptés, la démocratie sécurise les acteurs sociaux et libère toutes les initiatives favorables au progrès.

La lutte pour la démocratie, qui est aussi une lutte pour le développement, exige de chacun des Guinéens qu’il donne le meilleur de lui-même. La démocratie à laquelle nous aspirons devra créer toutes les conditions politiques, juridiques et sociales de la participation maximale de toutes les composantes du peuple au processus de développement.

Nous devons conjuguer nos efforts pour bâtir des fondements constitutionnels solides garantissant la poursuite des transformations économiques, politiques, culturelles et sociales en cours.

Au terme de ces assises, notre peuple devra se prononcer par voie de référendum sur le projet de Constitution qui doit mobiliser toutes nos énergies. La paix tant souhaitée est à ce prix. C’est une opinion et les débats peuvent s’ouvrir.

Ibrahima Donzo

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