Les scènes invraisemblables que l’on constate à travers tout le pays à l’occasion de l’installation des exécutifs communaux mettent à nue les carences d’une administration totalement déstructurée caractérisée par un amateurisme affligeant et une parole publique complètement laminée.

On se rappelle tous que le ministre de l’administration du territoire avait pour un début annoncé l’installation des maires pour le 5 octobre avant de prendre une autre décision les suspendant jusqu’à nouvel ordre. Sauf qu’en dépit de cette suspension, les installations continuaient dans certaines localités du pays comme si de rien n’était. La triste réalité qui en découle est que le MATD s’est ridiculisé, bafouant au passage la puissance publique, et mettant en cause le tissu social déjà largement fragilisé dans le pays, sans oublié la complicité coupable et dangereuse des responsables politiques qui continuent de démontrer leur immaturité et leur incapacité ambiante à se mettre au même niveau que ceux qu’ils estiment représenter.

Une administration défigurée caractérisée par une irresponsabilité coupable

Depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, l’autorité de l’État a été gravement défiée par des actes constitutifs qu’on peut nommer incivisme. Cet incivisme est aussi caractérisé par l’absence de l’État vis-à-vis de ses obligatoires primaires à l’égard des populations qui vont de la garantie d’un environnement sécurisé à la fourniture des services sociaux de base. Très malheureusement, les guinéens où qu’ils soient ne sentent plus la présence d’un État qui les protège et qui défend leur intégrité physique.

L’individu est bafoué, ses droits élémentaires les plus sacrés, à la vie notamment, ne sont plus sauvegardés donnant le sentiment à chacun que pour survivre, il ne doit compter que sur ses propres forces. En un mot, il doit assurer sa propre police. Cette déliquescence de l’État est observée dans les centres urbains, où l’on suppose naïvement que la présence massive des forces de sécurité constitue un gage de quiétude, c’est dans ces centres urbains que l’insécurité est de plus en plus galopante. Les zones éloignées qui normalement, doivent être à l’abri de ce phénomène, sont aujourd’hui les plus touchées, parce que l’État a démissionné de son rôle régalien qui est d’assurer la sécurité de tout guinéen où qu’il se trouve.

Les raisons à cette décrépitude de l’État sont très simples à comprendre. Quand le pouvoir est centralisé à un seul niveau de décision, la chaine de commandement se retrouve brisée. Les autorités déconcentrées qui constituent le symbole de l’État dans les collectivités, personne n’ose prendre de décision qu’il faut dans les circonstances où les citoyens ressentent le besoin de l’État. Parce que tout simplement on attend de savoir d’en haut ce que l’on doit faire. Dans ces circonstances, comment voudrons-nous que les décisions publiques soient appliquées de manière uniforme sur le territoire national, quand chaque autorité pense qu’en contrepartie de sa nomination, elle ne doit rien faire, même le minimum, sans l’aval et la bénédiction de l’autorité de tutelle ? Oui la logique administrative voudrait que la hiérarchie soit respectée au niveau de la chaine de commandement, mais pourquoi attendre des sapeurs-pompiers pendant qu’une maison brule, et que l’on peut aider à éteindre l’incendie en attendant leur arrivée ?

Personne ne sait désormais ce qu’elle doit faire, ce qui a conduit à ce que les uns fassent ce qui leur passe par la tête, et les autres attendent aveuglement qu’une injonction leur soit donné.

Les pagailles qui émaillent ces élections dans les municipalités, le ministère de l’administration assurant la tutelle des collectivités territoriales, est le seul responsable de ces situations. Quand un ministre dit et se dédit sur un même sujet, c’est la parole publique qui prend un sérieux coup. La conséquence, c’est le désordre total et la chienlit qui se substituent à la loi. Dans ce chaos généralisé la justice reste laxistement introuvable.

Une justice aux abonnés absents : Des autorités publiques de plus en plus intouchables et un incivisme intolérable

La justice est une institution qui veille au respect des lois et préserve les droits de chaque citoyen. Elle fait partie de l’État : c’est l’autorité judiciaire.

La première fonction de la justice est de faire en sorte que tout le monde respecte le droit. Ainsi, la justice protège les citoyens d’un éventuel trouble et empêche qu’on porte atteinte à leurs droits. Ce qui revient à rappeler que les personnes publiques détentrices de la puissance publique, dans l’exercice de celle-ci ne doivent pas se soustraire à l’autorité de la loi. Tout abus dans l’exercice de cette puissance publique doit être sanctionné par la justice. Depuis longtemps dans notre pays, on sait que les forces de l’ordre commettent des exactions, des bavures policières dans l’encadrement des manifestations, mais la justice refuse de sévir. L’absence d’une réaction ferme de la justice, renforce le sentiment d’impunité et de toute puissance des forces de défense et de sécurité. Celles-ci se croient au-dessus de la loi et se sentent protégées par la hiérarchie policière.

Le pouvoir étant un contrat social, si les autorités exigent des citoyens la soumission et l’obéissance à la puissance publique, en retour, ces mêmes autorités doivent fonder leur action sur le respect de la loi. Dès qu’elles s’éloignent du cadre légal, la responsabilité de l’État ainsi que les leur doivent être engagées, c’est ça l’État de droit.

En même temps, il faut avoir le courage de le souligner, notre société est aujourd’hui caractérisée par un incivisme sans précédent.

L’incivisme gagne de plus en plus de terrain dans la mesure où les parents et l’État ont démissionné de leurs rôles d’éducateurs.  D’autre part, il y a une culture de l’excuse aujourd’hui dans notre pays empêchant de sanctionner les agissements de certains citoyens. Dès qu’un citoyen se met hors la loi et que l’autorité de l’État se manifeste pour sanctionner ce comportement, c’est soit on banalise le comportement (ce n’est pas grave ou tout le monde le fait), soit sa communauté ou son camp politique se lève pour prendre sa défense (je pense aux propos de l’imam de Kindia, je pense aussi aux comités de soutien qui prennent d’assaut les tribunaux dès qu’un citoyen est interpelé, pour disent-ils, le soutenir). Soutenir quelqu’un n’est certes pas un délit, mais entraver l’exercice normal de la justice est un comportement inacceptable. Il faut à un moment donné que dans notre pays, qu’on fasse un choix : soit on fait le choix de la justice, et on lui laisse le temps qu’il faudra pour sanctionner les comportements fautifs, soit l’on reste dans la chienlit. On ne peut vouloir de la justice, et tout faire pour ne pas que cette justice soit rendue.

Cette situation de délitement de notre société aujourd’hui est grande partie imputable aux responsables politiques qui sont de plus en plus belliqueux, pyromanes et antipatriotes.

Des responsables politiques aux consciences à sang et aux larmes

Ces dernières années, les responsables politiques guinéens se démarquent par leur vacuité intellectuelle et leur immaturité politique. Incapable de s’imposer et de gagner l’électorat par le débat d’idées, ils baignent dans les considérations fallacieuses et subjectives basées sur l’instrumentalisation d’une conscience largement analphabète.

Leur fonds de commerce aujourd’hui c’est l’ethnie, la religion, la médiocrité et la victimisation. La conséquence de cette posture abjecte, ce sont des citoyens manipulés pour des causes perdues, pour des raisons inavoués et des agendas cachés. Mais combien de biens publics et privés ont été saccagés par leur irresponsabilité ? Combien de vies innocentes ont été abrégées par leur insatiabilité cannibale ? Combien de rêves ont été brisés dans ce pays ?

Une classe politique corrompue caractérisée aujourd’hui par la perte des valeurs morales telles que la dignité, l’honneur, l’honnêteté et l’intégrité. Leur mépris de l’éthique républicaine conduit à toutes les formes de dysfonctionnement et de mauvaise gouvernance que nous récusons tous à savoir les détournements de deniers publics, la corruption et la fraude mais qui se révèlent être leurs seuls moyens pour arriver à leur fins.

Je me demande comment ces politiques peuvent aujourd’hui, après un tel constat, se regarder dans un miroir, et surtout sans se remettre en cause, continuer les mêmes entreprises maléfiques qui ne profitent qu’à eux et leurs clans. Comment peut-on avoir la conscience tranquille après un regard sur un bilan aussi lamentable ? Il faut être un caïd pour ne pas avoir le cœur pincé après un tel résultat.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on est parti pour suivre le même chemin. Hélas !

Par Alexandre Naïny BERETE, étudiant à la faculté de Nantes

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