« La fortune se plaît à faire de ces coups ;

Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.

Défions-nous du Sort, et prenons garde à nous

Après le gain d’une bataille ».

Ces vers tirés d’une fable de La Fontaine racontent le combat de deux coqs pour la conquête d’une poule, et qui se termine, bien entendu, par la défaite de l’un des gallinacés. Pendant que le perdant rumine sa vengeance, le vainqueur, euphorique et plein d’arrogance, va fêter sa victoire sur les toits où il se fait enlever par un rapace.

Grisé par son troisième bail à la tête de l’Etat, et croyant plus que jamais en sa bonne étoile, Alpha Condé n’a rien vu venir, avant de se retrouver entre les serres des Forces spéciales de l’armée guinéenne. Celle-là même dont il se vantait d’avoir opéré la mutation en une armée républicaine.

« Malheur aux vaincus », « l’Histoire appartient aux vainqueurs », « Les vaincus ont toujours tort », etc. On connaît ça par cœur.

Balloté d’une « prison dorée » à une autre, c’est ce que « le colis », le nom de code que lui auraient donné les auteurs du coup d’Etat, doit bien se dire aujourd’hui. Dans une pesante solitude qui ressemble fort à une déchéance.

C’est vrai qu’on en connaît qui ont vécu un sort bien pire qu’une résidence surveillée, tels le président Tolbert du Liberia et son bourreau Samuel Doe.

Lors du coup d’Etat qui l’a renversé, le premier sera assassiné à coups de poignard dans sa chambre à coucher, sous les yeux de sa femme ; tandis que son tombeur, lui, finira des années plus tard entre les mains du chef rebelle Prince Johnson, dans une scène de boucherie digne d’un film d’horreur.

Heureusement, nous sommes en Guinée et depuis, les choses ont évolué un peu partout en Afrique. On a fait sur ce plan aussi de sacrés progrès. Moins de sang, plus d’efficacité – pardon, d’efficience. On neutralise tout en évitant de faire des vagues. Sans occulter le fait que le droit de regard – et le devoir d’agir éventuellement – de la communauté internationale sont de nos jours une réalité à même de dissuader plus d’un assoiffé d’hémoglobine.

D’aucuns présentent d’ailleurs l’installation du président Condé à la résidence qu’occupait son épouse à la Cité ministérielle, comme un gage de bonne foi que la junte veut envoyer à la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest – Cedeao -.

Et ce n’est certainement pas le communiqué du CNRD, qui prétend que la décision a été prise sans aucune pression interne ou extérieure, qui va les convaincre du contraire.

Parenthèse est une chronique de l’émission « Cartes sur Table » sur Ndimba radio (100.1), à partir de 10 h du lundi au vendredi.