« Intéressant », c’est le mot qui vient tout d’abord à l’esprit de ceux qui l’ont rencontré.
« Désopilant », se remémoreront ceux qui l’ont côtoyé, en pensant à son sens de l’humour.
« Pointilleux », s’empresseront de renchérir tous ceux qui ont partagé la même rédaction que lui, surtout les correcteurs et autres monteurs qui devaient s’assurer d’avoir vu juste avant de se risquer à changer ne serait-ce qu’une virgule dans ses articles.

Que dire, que retenir de Mamadou Dian Diallo « Pounthioun » ?
Faut-il parler de son franc-parler ? De ce sourire qui éclairait son visage dès qu’il voyait un ami ? De ses yeux pétillants de malice quand il s’apprêtait à lâcher une boutade, ou de ses coups de gueule lorsqu’il avait l’impression qu’on se payait sa tête ?

Quelqu’un comme l’auteur de ces lignes, qui fut plus qu’un ami retient tout cela, et bien plus encore. Outre des liens de famille, l’un de ses demi-frères n’étant autre qu’un cousin de ma mère, les années passées à Dakar, certes à des époques différentes (lui à la Sicap Baobab, moi à la Sicap Darabis et au Cesti), ont créé une certaine complicité qui allait bien au-delà de la simple confraternité. Après la salle de rédaction et en dehors des activités purement d’ordre professionnel, en compagnie de notre grand ami, Tibou Kamara, au domicile de celui-ci à Kipé, chez Drizo à Kaloum ou durant les week-ends à la Castille de Baba Camara, nous étions quasiment inséparables.

Les atomes crochus avec Pounthioun, c’était aussi cette passion pour la musique rock. Précisément le hard rock. On écoutait avec volupté (et on échangeait souvent à propos), les œuvres de groupes comme AC/DC, Led Zeppelin et autres Scorpions. On pouvait dévisser pendant des heures sur Freddie Mercury, le fondateur de Queen, ou le célèbre solo de guitare des Eagles dans Hôtel California. Il se faisait chambrer d’ailleurs souvent pour ses vestes et pantalons jeans serrés, « près- du-corps », qui donnaient à sa frêle silhouette des allures de Mick Jagger ou de Keith Richards des Rolling Stones. Cependant, il ne dédaignait pas d’autres formes de musique, et avait, par exemple, une grande admiration pour Ibro Diabaté, avec lequel il finira par se lier d’amitié.

Sur le plan professionnel, comment ne pas évoquer ces moments intenses de bouclage, qui se terminaient quelquefois à l’aurore, vécus à L’Indépendant, à L’Indépendant Plus, ou encore les samedis à L’Observateur en compagnie de Tibou Kamara, El Bechir Diallo et mon défunt cousin Aboubacar Yansané ? La concentration mise à rude épreuve par la musique assourdissante des Espoirs de Coronthie, qui faisaient alors leurs premières armes, entre la 5e et la 4e avenue à Kaloum, juste à côté du siège, dans un espace dénommé Parc Vincennes.

Et que dire à propos de cette autre vie de correspondants de radios internationales ? Serge Daniel (RFI), Ben Daouda Sylla (Africa N*1), Pounthioun Diallo (Voix de l’Amérique), Foday Fofana et moi (BBC), formions, en dépit de l’esprit de concurrence, un groupe soudé où l’échange d’infos était parfois nécessaire pour ne pas tomber dans le piège des faux scoops.

C’est vrai que pris dans la frénésie d’une vie que nous entendions croquer à pleines dents, on ne pensait pas tellement à la grande faucheuse. C’est comme si on faisait nôtre l’idée exprimée par Epicure dans La lettre à Ménécée : « Quand nous existons la mort n’est pas là, et lorsque la mort est là, nous n’existons plus ».

Après l’éloignement de Pounthioun qui avait décidé, pour certaines raisons dont le chômage et la précarité qui va avec, de se retirer dans une sorte d’ermitage à Kerouané, on avait quelque peu rompu les amarres.

Rongé par la maladie et Isolé, il n’était plus rien. Depuis lundi dernier, il n’est plus.
Il laisse chez bon nombre de ses amis un immense chagrin, quelque peu teinté de remords. Comme celui de n’avoir pas été à son chevet sur ce lit d’hôpital, où certainement la présence d’amis aurait été, au moment de rendre le dernier souffle, la meilleure des onctions. Mais, hélas, la plupart d’entre-eux n’étaient pas au courant de sa présence en ce lieu, là-bas à Kindia.

Après tout, Hugo l’a dit, « la vie n’est qu’une longue perte de tout ce qu’on aime ». Il n’est plus là, mais il est maintenant partout, puisque dans le cœur des amis. A jamais !

À Dieu Pounthioun !

A. Top Sylla