Assumant l’intérim du ministre de la Culture et du Patrimoine historique depuis la longue maladie de son titulaire, Ahmed Tidiane Cissé, qui vient de mourir en France, Baïlo Télivel Diallo, actuel ministre d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique semble être mis de côté quand on évoque la succession de son défunt collègue. De grandes batailles sont menées en coulisse et même  ouvertement entre des individus qui se croient plus légitimes les uns que les autres à ce poste vacant. C’est même pendant que la dépouille d’Ahmed Tidiane était encore toute fumante qu’ils ont engagé les manœuvres  pour bénéficier du fameux décret d’Alpha Condé.

Et pourtant, qui mieux que Télivel Diallo connait ce département de la Culture ? Grand homme de culture doublé d’un génial gestionnaire (il est économiste de formation) et visionnaire, il est le meilleur cadre qui puisse remplacer feu A. T. Cissé à ce poste. Pendant une dizaine d’années, il fut directeur de la Culture et à ce titre, on disait de lui qu’il était le véritable ministre de la Culture. Il a initié ou accompagné de nombreux projets culturels et artistiques dont entre autres le festival de percussions et celui de jazz. Il était de l’aventure des films de Laurent Chevalier (L’Enfant noir) et de Cheick Doukouré (Le Ballon d’Or). Sous sa direction, le théâtre guinéen a connu une renaissance avec des succès à des festivals comme Bouaké et Alger. Télivel a participé à la relance des arts plastiques avec la création de l’Institut supérieur des arts de Guinée (ISAG) de Dubréka et l’organisation des expositions d’arts (peinture, sculpture et autres arts visuels) à Conakry, dans les années 1990. Toute une génération d’artistes plasticiens guinéens se reconnaissent en lui, notamment ceux qui aujourd’hui comptent en Guinée (l’Ecole des Yrina Condé et Cossa Bounama). Le centre acrobatique Keita Fodéba est encore une de ses créations ainsi que le Circus Baobab qui fait régulièrement le tour du monde. La relance des orchestres nationaux et du festival national ne pourrait se retrouver en de meilleures mains qu’avec lui. Car n’oublions pas que c’est encore grâce à lui que feu Momo Wandel a connu dans ses vieux jours un succès mondial avec notamment l’album ‘’Matchowé’’. Si les Ballets africains et Djoliba ont survécu, c’est aussi grâce à l’action de Télivel qui a su les protéger et les promouvoir auprès des producteurs étrangers.

Télivel a pour lui l’avantage d’être un adepte de l’approche ‘’projet’’ et en tant que ministre de la Culture, il saura intéresser le secteur privé à la culture et aux arts. Il est aussi capable d’accompagner les compagnies privées et les galeries d’art qui ne sont pas légions en Guinée. Avec lui, les partenaires internationaux peuvent se sentir en confiance et financer des projets culturels et ainsi participer au développement des industries culturelles en Guinée. Le secteur du livre est aussi un domaine qui a besoin d’un grand coup de main et Baïlo Télivel avait en son temps intéressé l’Etat guinéen à ce secteur, avec la création de la direction du livre et de la lecture publique.

Le président Alpha Condé gagnerait beaucoup à confier la culture à Baïlo Télivel Diallo qui est doté d’une grande capacité de travail et qui peut traduire sa vision en actes concrets. Les artistes, hommes de culture et intellectuels guinéens seraient bien heureux  qu’il en soit ainsi. Quitte à créer un grand département Enseignement supérieur-Culture ou ériger simplement le ministère de la Culture en ministère d’Etat.

Bily Camara