L’emprisonnement du doyen Mamadou Billo Sy-Savané, pour motif de diffamation à l’endroit  du président Alpha Condé,  a été accueilli avec stupeur et dégoût au sein de la population guinéenne.  S’il est vrai que les crimes contre l’humanité, les arrestations arbitraires et autres actes de violence à l’encontre des guinéens par les autorités du pays sont des caractéristiques du régime du président Condé, il n’en demeure pas moins que l’arrestation du doyen Sy-Savané est, pour le moins,  d’une bizarrerie sans précédent dans l’histoire post-révolution de la Guinée. En effet, il est reproché au doyen d’avoir affirmé au cours d’une émission de radio que le président Alpha Condé ‘‘n’aurait pas d’attaches familiales en Guinée et qu’il ne serait pas guinéen’’.

Mais, qu’y a-t-il de plus légitime qu’un citoyen guinéen remette en cause l’appartenance et l’attachement du chef de l’état à la nation, au regard de ses actes et surtout de la difficulté à localiser son terroir d’origine sur l’ensemble du territoire national ? Qu’y a-t-il d’anormal qu’un citoyen guinéen se pose des questions sur les origines du président  Alpha Condé après qu’un de ses anciens proches collaborateurs, en l’occurrence, M. Marc Telliano eut affirmé qu’il a des origines étrangères à la Guinée, sans qu’il n’eut apporté la preuve contraire ? Et alors, si M. Condé avait des origines étrangères!

Il convient d’essayer de comprendre pourquoi le président Condé est si frileux sur cette question liée à ses origines, mais avant, il ne serait pas superfétatoire de mettre le président Condé face à ses ambitions d’être le ‘Obama de la Guinée’.

Durant la période précédant les dernières élections présidentielles aux USA, M. Donald Trump, le milliardaire et républicain américain a soutenu que M. Obama n’était pas née sur le territoire américain. Cette accusation était grave pour 2 raisons : d’abord elle rendait M. Obama inéligible pour les élections présidentielles aux USA, car la naissance sur le territoire américain est une des conditions que les candidats américains doivent remplir pour être éligible ;  ensuite, elle exposait le président Obama à des poursuites judiciaires pour avoir donné de fausses informations sur son état-civil.

En guise de réponse, le président Obama fit transmettre son acte de naissance d’Hawaï à ses détracteurs. Mais, mieux que cela,  il profita du dîner de gala présidentiel pour en faire une blague et même projeter une vidéo de dessin animé qui serait celle de sa naissance. La réaction du président Obama peut se résumer en ceci : la preuve puis la blague, tandis que celle du président Alpha Condé a pris la forme : le manque de preuve puis l’emprisonnement.

Ce hiatus symbolise le double personnage du président Condé. Celui qui se plaît à associer son image aux grandes valeurs démocratiques mais qui, en réalité, ne peut se départir de sa véritable nature, celle d’un despote  confus et hors saison.

Au demeurant, faut-il reconnaître que les supposées origines voltaïques (Burkina Faso) du président Alpha Condé ne sont plus qu’un secret de polichinelle. Le père du président Condé serait venu de la Haute-Volta avec un colon français dont il était le cuisinier pour séjourner brièvement à kouroussa, avant de continuer sur Boké où naquît le président Alpha Condé,  d’une mère malienne.  En guise de reconnaissance à celui qui avait facilité le mariage des parents du président Condé, le chef de cercle de Boké, feu Alpha Ndiaye, le père du président Condé lui donna le nom de son fils Alpha Koné, devenu Condé plus tard pour  ‘faire plus guinéen’.

C’est au retour du colon français en France que M. Condé lui fut confié, alors qu’il n’avait que 16 ans.

Face à cette version des faits, le président Condé peut choisir de ne pas y répondre parce que cela n’a pas de sens, et dans ce cas, il doit permettre aux guinéens de continuer de s’interroger sur ses origines et d’en parler. A contrario, il doit sortir de sa réserve pour édifier l’opinion publique sur le mystérieux personnage qu’il entretient de lui-même et le cas échéant, engager des poursuites judiciaires contre quiconque inventerait une fausse version sur ses origines, sans en apporter la preuve. En tout état de cause, le président Condé ne peut garder le silence sur cette question et vouloir emprisonner toute personne qui se prononcerait là-dessus. Ceci constitue une atteinte à la liberté d’expression et c’est en cela que l’arrestation du doyen SY-Savané est arbitraire.

Si cette version du journal ‘guineepresse.info’ venait à être confirmée, cela voudrait dire  que le président Alpha Condé est un Sénoufo du Burkina Faso, groupe ethnique situé à la frontière entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire d’où sont originaires les Koné. En d’autres termes, M. Condé ne serait pas malinké, l’ethnie dont il se ferait passer pour être un membre! Étant donné, le communautarisme qui gangrène la vie politique en Guinée et dont M. Condé est un artisan habile, s’il est établi qu’il n’est pas malinké, cela risquerait d’être le point de départ de la fin de son aventure politique en Guinée. Cette situation serait d’autant plus étonnante pour celui dont l’ethnocentrisme a toujours été un élément central dans sa gestion de la chose publique. En tout état de cause, je trouve cela extrêmement troublant que le président Condé soit si frileux à propos de ses origines. Cache-t-il quelque chose? Est-ce le début de l’effet boumerang?

À Madame/Mademoiselle Rachel Sy-Savané, je dis ceci : je suis signataire de votre pétition pour la libération de votre père, même si je doute de l’effectivité de la démarche. Remarquer que le président Alpha Condé a été conseiller pour Messieurs Blaise Compaoré et Denis Sassou Nguesso, tous deux chefs de guerre et redoutables despotes. Or, un despote ne s’attache pas les services d’un conseiller pour qu’il l’aide à fortifier les principes démocratiques dans son pays. Au contraire, c’est pour qu’il lui trouve des voies et moyens pour asservir son peuple et pérenniser sa domination. M. Condé était si performant en cela qu’il devint le ‘chouchou’ des dictateurs du continent! Ce monsieur ne pouvait pas prétendre lutter contre la dictature en Guinée, alors qu’il aidait à fortifier le despotisme sur le continent. Son but était de capturer la Guinée pour matérialiser sa philosophie despotique de la gestion publique. Un tel individu ne peut que se moquer, éperdument, d’une pétition (…)

Salim Gassama-Diaby

Juriste, spécialisé en Économie Politique du Développement

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