Si après un mandat de gouvernance l’incapacité de Monsieur Alpha Condé et de son entourage à gérer convenablement le pays ne fait plus de doute, force est de constater qu’il n’y a non plus aucun espoir du côté de l’opposition parlementaire. Et pour cause : entre un pouvoir ouvertement ethno stratégique sans programme économique et social viable d’un côté et une opposition divisée en manque d’inspiration de l’autre, l’électeur guinéen devra faire face à un choix très limité lors de la prochaine élection présidentielle de octobre 2015.

En cinq années de pouvoir « démocratique », aucune avancée significative concrète ne peut vraiment être portée au bilan du régime présidentiel de Monsieur Alpha Condé. Car quoi que l’on dise, il n’y a toujours ni eau, ni électricité, ni sécurité, ni emploi mais bien beaucoup de voyages, plein de discours, d’importants enrichissements illicites, d’innombrables violations des droits de l’homme, de nombreux assassinats politiques et surtout une profonde division dans la société guinéenne.

Et pour ne rien arranger à cette situation économique et sociale déjà suffisamment compliquée, un virus d’une dangerosité extrême venu d’on ne sait où ni comment « profite » de la fragilité de notre système de santé pour frapper le pays de plein fouet. Et le pays qui (malgré ses innombrables richesses minières, agricoles et culturelles) continue à compter sur le bon vouloir des investisseurs étrangers et de l’aide internationale pour assurer son développement économique et social, n’a plus que ses yeux pour pleurer. Car aujourd’hui les potentiels investisseurs économiques et les rares touristes fuient la Guinée comme de la peste.

Aujourd’hui le pays est complètement à genoux et sur tous les plans même si le régime continue à clamer le contraire comme il a tenté de cacher la présence des premiers cas de l’épidémie favorisant ainsi l’accélération de sa vitesse de propagation dans tout le pays et chez nos voisins (avec pour conséquence plus de 9000 morts officiellement en une année à peine).

Alors quel bilan Monsieur Alpha Condé va-t-il pouvoir défendre face aux électeurs pour la présidentielle de 2015 ?  Honnêtement, c’est une question idiote que je pose et je vous l’accorde. Car le président Alpha Condé n’en a rien à faire des bilans, des résultats, du développement du pays ou de la situation des guinéens. Tout ce qui compte à ses yeux c’est le pouvoir et son enrichissement.

Et comme il n’y a pas de vrai bilan (en tout cas positif) à présenter à tous les citoyens de notre pays, voici un aperçu du bilan que Monsieur Alpha Condé va présenter :

  • Il va jouer à fonds la fibre ethnique et régionaliste pour assouvir ses besoins personnels et égoïstes. Pour le faire il dispose d’un entourage prêt à mourir pour la cause afin de profiter le plus longtemps possible du chao politique et économique du pays. C’est une stratégie fondée sur la peur qui fonctionne et qui a fait ses preuves dans de nombreux pays du continent africain. Le discours est simple et bien rodé, il expliquera à la communauté mandingue que « si vous me laissez tomber, le pouvoir politique sera récupéré par le Foutah qui vous fera voir de toutes les couleurs ». Face à une population à majorité analphabète et profondément divisée la manœuvre est d’une efficacité imparable.
  • Il utilisera les fonctionnaires de l’administration non seulement pour imposer des consignes de vote jusqu’au dernier hameau du pays mais aussi et surtout pour organiser la fraude électorale. Aux fonctionnaires incompétents nommés sans aucun mérite, pas besoin de les convaincre de se battre corps et âme pour le maintien du régime actuel. C’est une question de survie car ils savent bien que dans une administration où seules la compétence et la probité comptent, ils n’ont pas de place. Aux fonctionnaires compétents mais totalement dépendants de leurs salaires de misère pour survivre on utilisera la menace (mise en placard, éloignement ou licenciement) comme arme de dissuasion pour les « ramener à la raison ». L’ex journaliste sportif à la RadioTélévision Guinéenne (RTG) Amadou Diouldé Diallo en a fait les frais et a été purement et simplement révoqué de ses fonctions pour avoir osé dénoncer les dérapages du régime.
  • Il se servira de l’argent public pour corrompre et amadouer des notabilités et des responsables religieux et régionaux. La distribution d’argent public à des fins personnelles est devenue quelque chose de tout à fait normale dans notre pays. Mais comment faut-il expliquer à nos dirigeants que le pays dont ils ont en charge la gestion ne leur est pas propriété. On entend souvent (pour ceux qui ont encore le courage d’écouter la RTG à leur risque et péril d’attaque cardiaque) que le président de la république ou sa femme a donné ceci ou cela pour telle ou telle cause. Au lieu de se poser la question de savoir avec quelles ressources arrive-t-il à le faire, les sujets de sa majesté Alpha Condé se mettent à applaudir comme on a toujours applaudi à ceux qui nous massacrent depuis 57 ans.
  • Il usera de la promesse électorale et de la division dans les autres régions du pays afin d’assurer une main mise sur l’électorat. Les stratégies sont multiples : c’est la nomination à un haut niveau de responsabilité d’un fils et digne représentant de la région à quelques mois d’une échéance électorale. La nomination au poste de Ministre d’Etat à la présidence chargé des questions d’investissements et des partenariats publics privés de Kassory Fofanah en octobre 2014 en est le parfait exemple. C’est aussi cette histoire hallucinante de Mandin Djallon que Monsieur Alpha Condé tente personnellement de bâtir au Foutah pour diviser des citoyens guinéens.

Et l’opposition politique parlementaire dans tout ça ? Toujours fidèle à elle-même c’est-à-dire rien ; aucune vision et aucune stratégie. Les élections législatives guinéennes de 2013 et l’installation des députés avaient donné un petit espoir de changement dans les actions gouvernementales. Aujourd’hui la déception est totale, car le seul enjeu politique et économique pour lequel nos parlementaires se sont vraiment battus est l’indemnité mensuelle parlementaire et ses avantages. Pour le reste il n’y a absolument rien à se mettre sous la dent à part user abusivement de la facilité de voyager à travers le monde que leur procure le titre de représentant du peuple. Certains d’entre eux s’imaginent même que leurs rôles c’est d’insulter Alpha Condé et le pouvoir. Il faudra peut-être leur apprendre que s’opposer n’est pas insulter ; on attend de nos représentants des propositions et réflexions concrètes sur les vrais enjeux de développement démocratique, économique et social de notre pays.

Comme on le voit et n’en déplaise à ses détracteurs, Alpha Condé prendra encore une seconde fois le pouvoir et l’opposition n’aura rien vu venir comme elle n’a rien vu venir en 2010.

Face à cette situation l’on est en droit de nous interroger sur  le devenir de notre pays et le destin de son peuple longtemps martyrisé. Que faut-il encore pour que nos dirigeants entendent la voix de leur peuple et comprennent la souffrance des leurs citoyens.

Quand est-ce que le guinéen (l’intellectuel en tête) comprendra que le simple fait d’appartenir à la même ethnie ou à la même région que le président de la république encore moins de porter le même nom de famille ne lui procure aucun avantage.

Réveillez-vous et surtout levez-vous pour virer tous ceux qui sont au pouvoir pour leur propre compte et pour leur enrichissement personnel ; refusez d’être instrumentalisé et utilisé à des fins personnelles.

Abdoul Diaila BAH
Liège, Belgique
abdoul.diaila@gmail.com

 

 

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