Le président français François Hollande a profité de son séjour en Guinée vendredi dernier pour inviter la classe politique à jouer dans la transparence, en vue de favoriser la participation de tous les acteurs au processus de transition jusqu’à son parachèvement. Reste à savoir si le pouvoir tiendra compte de cette recommandation, quand on sait que le gouvernement et la CENI n’en font qu’à leur tête dans les préparatifs des prochaines échéances électorales, l’opposition n’étant que le dindon de cette farce qui a fini par avoir un mauvais goût.

Au cours de la conférence de presse animée conjointement par Alpha Condé et François Hollande vendredi au palais « Mohammed VI »  dans la commune de Kaloum, le président français a appelé à la participation de tous les acteurs politiques au processus électoral. Ceci pour un meilleur parachèvement de la transition. Cela ne peut se faire en réalité que dans la transparence. François Hollande a tenu à rappeler qu’il a toujours eu ce type de message à l’endroit du président Alpha Condé. Tout en précisant que ce qui est valable pour la Guinée était également valable pour les autres pays du continent.

Cet appel de Hollande vient au moment opportun, quand on sait que le climat politique s’est fortement détérioré en Guinée ces derniers temps. Avec un exécutif de plus en plus allergique à tout son de cloche contraire au sien. La conférence de presse du président de la République tenue à 48 heures de la visite de François Hollande illustre ce durcissement de ton à l’endroit de l’opposition et de la presse, notamment. Alpha Condé a dit à cette occasion qu’il  ‘’n’acceptera plus  aucune manifestation. Ni de la mouvance  ni de l’opposition. Il n’est pas question que les gens fassent la pagaille au moment de la crise sanitaire liée à Ebola’’, a-t-il lancé. Il prétend recourir  à la « loi anti-casseur » pour confondre les auteurs d’éventuels troubles à l’ordre public. Plus grave, le chef de l’Etat dit avoir instruit le procureur de poursuivre quiconque va se rendre coupable d’injures  à l’endroit de la personne du président. Cette sortie qui continue d’alimenter la chronique dans la cité, trahi les intentions du pouvoir quant à sa volonté d’instaurer une véritable culture démocratique en Guinée.

Certains observateurs se demandent si le président Condé prendra en compte cette recommandation de son ami Hollande. Ce qui suppose une prise en compte de l’aspiration des autres partis politiques dans les préparatifs des élections à venir, que sont les communales et communautaires et la présidentielle.

Il conviendrait d’ailleurs de rappeler que l’opposition a adressé une Lettre ouverte   à  François Hollande, lors de sa visite. Pour attirer son  attention sur l’atmosphère qui règne en Guinée, l’opposition a tenu à préciser que sa démarche consiste à informer ‘’objectivement  Hollande des dérives de la gouvernance politique, économique et sociale exercées en Guinée ces dernières années, au-delà des apparences de la démocratie de façade’’ que semble offrir aux yeux du monde les autorités du pays.

L’opposition indique que ‘’sur le plan politique, à la suite d’une longue période de contestation généralisée et de crises politiques profondes, les partis de l’opposition et le parti présidentiel et ses alliés se sont accordés à désigner l’Organisation des Nations-Unies pour assurer la médiation du dialogue politique inter-guinéen qui aboutit à la conclusion d’un protocole d’Accord politique signé de toutes parties, le 3 juillet 2013. Cet accord permit, après un retard de plus de deux ans, l’organisation des élections législatives du 28 Septembre 2013 qui enregistrèrent des fraudes massives et révélèrent des dysfonctionnements et des lacunes graves de l’actuelle CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). Un rapport circonstancié de la Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne en fait foi.’’ Et que ‘’depuis quatre ans, les mandats des responsables des collectivités territoriales ont expiré sans que des élections locales, à savoir les  communales, régulièrement reportées à dessein par les autorités actuelles, ne permettent leur renouvellement. Ainsi tous les administrateurs locaux, notamment les maires, les conseillers communaux, les Présidents de districts, les conseils de quartiers qui d’après notre Constitution sont élus par les populations exercent des mandats illégaux et illégitimes depuis plus de trois ans pour la plupart, parce que nommés en toute illégalité par l’exécutif.’’
Elle regrette ainsi que ce soit dans ce contexte que les autorités actuelles envisagent l’organisation de l’élection présidentielle de 2015, avec ‘’une CENI qui a perdu toute légalité, la parité dans sa composition ayant été rompue au lendemain des dernières élections législatives, avec des administrateurs territoriaux sans mandats électifs et une cour suprême qui a reconnu publiquement son incompétence à régler les différends relatifs aux contentieux électoraux.’’

De quoi mettre la puce à l’oreille du président français, qui on le sait est sorti des sentiers battus pour ce qui est du soutien ‘’aveugle’’ que certains dirigeants apportaient à des présidents africains, pour assouvir leurs ambitions à se cramponner au pouvoir, ce contre la volonté de leurs peuples. Hollande a tenu à dire et répéter à la veille et lors du Sommet de la Francophonie que ce qui s’est passé au Burkina Faso avec la chute de Blaise Compaoré doit “servir de leçon à beaucoup de chefs d’Etat, et pas seulement en Afrique”. Pour lui “on ne change pas l’ordre constitutionnel par intérêt personnel”.
Il faut noter également que lors de la conférence qu’il a animée en compagnie d’Alpha Condé, Hollande  ‘’qu’il  fera tout au cours du sommet de la francophonie pour encourager d’autres pays francophones comme le Canada et la Suisse à appuyer davantage la Guinée dans la lutte contre Ebola’’.

Pour sa part,  Alpha Condé a dit que « la venue du Président François Hollande en Guinée est un symbole. Car, c’est une manière de dire qu’on peut bien venir en Guinée sans être attaqué par le virus Ebola ».
Mamady Kéita in Le Démocrate, partenaire de guinee7.com

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