Kerfalla Sylla

La République de Guinée, à l’instar d’autres pays en voie de développement, souffrent d’un déficit chronique d’électricité et cela malgré les investissements massifs réalisés dans le secteur ces dernières années sous l’impulsion du Professeur Alpha CONDE. Force est de reconnaitre que la desserte s’est considérablement améliorée sous sa magistrature même si la demande croit plus vite que l’offre.   

La reprise partielle des délestages et les débuts de remous sociaux à EDG m’inspirent à me lancer dans le débat. Après tout, à l’heure de google, tout le monde n’est pas devenu spécialiste de tous les sujets en Guinée ? Un petit tour sur les réseaux sociaux et on se rend compte que la Guinée est devenue un scandale d’expertises, de consultants et de spécialistes en tous genres. Du moins théoriquement, mais nous sommes encore dans la traine au niveau pratique. Mais c’est une autre histoire !

 Aussi, la tendance actuelle d’ouvrir les postes d’EDG aux appels à candidature nous font comprendre que cette structure est dans une phase de transition vers une nouvelle plus moderne et plus professionnelle. On ne peut qu’en féliciter les Autorités. Une pratique qui devrait s’étendre à d’autres entités du pays.  

Parallèlement, bientôt la campagne 2020 de fixation des prix des vignettes. Comme d’habitude, en Guinée, leurs prix sont fixés par catégorie et gabarit des véhicules et non en tenant compte d’autres critères comme le degré de pollution, l’ancienneté, etc.

Lors d’un stage pratique auprès de l’équivalent de l’Inspection Générale du Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie (MEDDE) à l’époque dirigé par Mme Ségolène ROYAL, l’une de mes missions était d’évaluer l’efficacité des instruments de politiques publiques mis en place par ce Ministère notamment les certificats d’économie d’énergie (CEE) et les certificats de qualité de l’air (CQA). J’ai décidé de partager les résultats de ces différentes évaluations et de voir dans quelle mesure la Guinée peut s’en inspirer.  

A travers le dispositif des CEE mis en place par la Loi POPE de 2005, l’Etat français a attribué une obligation d’économies d’énergie aux vendeurs d’énergie (les « obligés ») sur une période donnée et aux personnes morales qui mettent à la consommation des carburants automobiles. C’est surtout un moyen très efficace d’inciter financièrement les fournisseurs d’énergie à promouvoir l’efficacité énergétique auprès de leurs clients.

Dans les faits, c’est un dispositif qui a plutôt bien réussi en France et son contrôle respecte parfaitement les dispositions de la Directive européenne N°2012/27/UE relative à l’efficacité énergétique.

En plus du dispositif classique ouvert à tous, l’État français avait introduit en 2016 un volet supplémentaire dans le dispositif des CEE : il s’agit de la prime énergie précarité énergétique. Ces aides bonifiées sont destinées à la rénovation de logements de ménages en situation de précarité.

Enfin, le dispositif des CEE s’est ouvert à d’autres acteurs comme l’Agence Nationale de l’Habitat appelés « éligibles », qui peuvent mener des actions d’économies d’énergie et les valoriser en certificats, qu’ils revendront le cas échéant aux obligés dans le cadre d’un marché de gré à gré

Quant au CAQ, il a été mis en place suite à une recommandation de la Cour des Comptes. C’est un autocollant rond qui correspond à une classe de véhicule définie en fonction des émissions de polluants atmosphériques. Il est apposé à l’avant du véhicule de manière à être lisible par les agents de contrôle depuis l’extérieur.

Les CQA sont émis et gérés par l’imprimerie nationale. Les demandes se font en ligne moyennant un prix fixé par Arrêté ministériel. 

Pour faire simple, le CEE est un dispositif qui permet de récompenser ceux qui économisent de l’Energie tout en sanctionnant financièrement ceux qui gaspillent. Tandis que le CQA est un dispositif d’identification qui peut être utiliser pour la taxation des véhicules les plus polluants. En Guinée, plutôt que d’interdire l’importation de véhicules âgés et polluants, le prix des vignettes devrait être proportionnel à leur degré de pollution.  

L’expérience française en la matière nous enseigne que le prix du KWH devrait être en fonction du revenu de l’abonné et le prix de la vignette en fonction de la classe de pollution du véhicule. Elle nous enseigne qu’il faut également récompenser les bons élèves et sanctionner les mauvais.

Je fais partie de ceux qui sont convaincus que le développement ne vient pas forcement de la découverte de nouvelles richesses mais avec la bonne gestion de celles déjà disponibles. Certes, la production énergétique de la Guinée est encore très faible par rapport aux besoins croissants de la population, et si nous essayons de mieux gérer le peu que nous avons ?

Pour y arriver, commençons par éteindre nos ampoules (surtout celles de dehors) en pleine journée. Et si vous passez la journée au travail, dites vous à quoi sa sert de laisser allumer la climatisation dans une maison vide ? Plutôt que de démontrer sur Facebook ou autres sites pourquoi les délestages en Guinée, ces deux petits gestes peuvent faire de chacun de nous des experts en réduction de la consommation d’Energie.    

Lien 1- Certificat d’économie d’énergie (CEE) 

Lien 2- Certificat de qualité de l’air (CQA) 

Kerfalla SYLLA