La Deutsche Welle, radio publique allemande organise en collaboration avec une radio locale, un débat à Mamou, le 14 juillet, dans le cadre du projet ‘‘77%, nous les jeunes d’Afrique’’. Nous avons rencontré à Conakry, Dr Dirke Köpp, directrice de la rédaction francophone de la Deutsche Welle, pour en parler. Entretien à bâton rompu.

Guinee7.com : L’année dernière, vous avez organisé une conférence sur les migrations à Conakry, vous revenez en Guinée pour un autre projet. De quoi s’agit-il ?

Dirke Köpp : Maintenant, on est venu dans le cadre d’un projet qui s’appelle ‘‘77%, nous les jeunes d’Afrique’’. Le chiffre ‘‘77%’’, vient d’une étude de la Banque mondiale qui dit que, 77 % des populations en Afrique ont moins de 35 ans.

Et en Guinée, la moyenne d’âge est même de 17 ans. Le projet 77%, c’est des magazines radio que nous diffusons à la Deutsche Welle, en 6 langues. Des magazines pour les jeunes qui s’intéressent aux préoccupations des jeunes, aux soucis des jeunes, mais aussi aux intérêts des jeunes. A part cela, on a aussi un magazine qui est plutôt diffusé dans les réseaux sociaux en anglais, qui s’occupe aussi des intérêts des jeunes, des préoccupations des jeunes.

Le genre de débat qu’on fait à Mamou (ville de la région foutanienne en Guinée, NDLR), on l’a déjà fait au Mali, au Nigeria, en Gambie. C’est des débats qui donnent la parole aux jeunes ; parce que c’est eux les concernés, c’est eux les trois quarts de la population qui sont souvent négligés, qui ne sont pas représentés comme il le faut dans la société, ni dans la politique.

Donc on veut les mettre sur un panel ; des jeunes, avec des politiciens, avec des représentants d’organisations du gouvernement, etc. Pour qu’ils leur parlent de ce qui les intéresse. Des sujets sensibles, comme le manque de travail, de perspectives pour les gens.

La migration aussi ?

Oui, on reste quand même un peu dans le cadre de la migration, puisqu’on veut parler aussi des alternatives qu’il y a à la migration. Parce que souvent quand on prend la route du Sahara et de la Méditerranée, on dépense beaucoup d’argent qui finit dans les poches des passeurs. Si tout cet argent là, on l’investit en Guinée, à Mamou même, on pourrait créer de supers projets. Il faut un changement de mentalité non seulement chez les jeunes, mais aussi chez les parents, chez les familles qui sont prêts à investir dans un jeune pour qu’il parte. Pourquoi ils ne seraient pas prêts à investir le même argent pour qu’il reste, qu’il fasse un super projet qui profite après à la communauté.

Pour réussir le débat, nous avons des gens comme Fatoumata Cherif (une Bloggeuse guinéenne, NDLR), qui a beaucoup d’expériences, beaucoup d’idées, très bien réseautée, très bien connectée et qui a déjà une voix qui porte très loin. Donc que son exemple soit un peu la meilleure pratique pour ces jeunes-là. Qu’eux aussi comprennent qu’il faut que leurs voix portent loin.

Pourquoi avez-vous préféré Mamou pour faire le débat ?

Parce qu’il est important souvent de sortir un peu des capitales. Souvent, surtout les médias internationaux restent beaucoup dans les capitales, mais la Guinée n’est pas Conakry et Conakry n’est pas la Guinée.  Mamou par contre est un endroit en Guinée, où il y a beaucoup de chemins qui se croisent, ou il y a beaucoup de jeunes qui passent, pour aller au Mali, au Sénégal, pour justement migrer vers l’Europe et c’est un peu aussi la métropole de la région.

Les débats pour conscientiser sur la cause des jeunes en Afrique, sont récurrents. Quelle plus-value allez-vous apporter ?

La plus-value, c’est déjà que normalement, il n’y a pas ce genre de discussions ; où les décideurs, les responsables, rencontrent les jeunes et sont confrontés à ce que les jeunes disent. La preuve est que, souvent quand on fait ce type de débat, les ministres, les gouverneurs, à la dernière minute, se désistent. Il y a un petit problème de l’agenda, etc. Donc ils ne peuvent pas venir au débat. Nous nous voulons que ça soit un vrai débat où les jeunes peuvent s’exprimer où les autres sont obligés de les écouter. Ça c’est important et je pense que ce type de débats n’a pas très souvent lieu, ni en Guinée ni dans d’autres pays africains, d’ailleurs.

Comment le débat va concrètement se passer à Mamou ? 

On est en collaboration avec la radio Bolivar Fm, qui est installée à Mamou et on fait ces débats avec eux, dans la Maison des jeunes.  On a choisi les panelistes ensemble et on a fait l’organisation ensembles. Bolivar et ses partenaires vont diffuser l’émission en direct, et le soir l’émission va être traduite dans les langues. Je voudrais dire qu’on est très curieux de savoir comment le débat va se dérouler.

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Comment les sujets du débat ont été choisis ?

La réponse de Annabelle Steffes, journaliste à la Deutsche Welle, coordinatrice du projet ‘‘77%’’

Ce n’est pas nous, en tant que Deutsche Welle, qui avons choisi les sujets à débattre à Mamou, mais les jeunes. On a demandé à notre communauté sur Facebook, dans les six langues, quelles sont vos préoccupations ? De quoi voulez-vous parler ? C’est comme ça on a établi les sujets. Le projet ‘‘77%’’ est basé sur la participation.

On veut créer un débat sur les réseaux sociaux, chaque semaine, on poste une question sur Facebook, on demande aux jeunes de répondre. Et on intègre leurs commentaires dans nos émissions radio.

Y a-t-il pas de risque d’être mené par un groupuscule de jeunes qui sont sur Facebook, beaucoup de jeunes ne sont pas sur des réseaux sociaux parce qu’ils sont analphabètes ?

On est d’accord que ce n’est pas toute la jeunesse qui est sur Facebook, mais étant donné que c’est un sondage dans 6 langues différentes (trois langues occidentales et trois langues africaines, NDLR), on pense quand même avoir une bonne frange des jeunes. En plus en Guinée, Bolivar FM est avec nous. Eux sont sur place à Mamou et connaissent les problèmes de la jeunesse.

Interviews réalisées par Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com