Le 28 octobre 2009, sur le Plateau de France 24, Cellou Dalein Diallo répond à une journaliste l’interrogeant sur le massacre du stade du 28 septembre dans les termes suivants :

« F24 : …..Le capitaine Dadis dit qu’il n’est pas responsable…. :

CDD : Non, non. Ça, c’est pas défendable, madame ! Le capitaine Dadis peut nous dire qu’il ne contrôle pas toute l’armée. Ça peut être acceptable. Mais il ne peut pas nous dire qu’il ne contrôle pas sa garde rapprochée et son aide de camp. Ceux-là même qui sont chargés de sa sécurité et qui sont ses hommes de confiance. Je pense qu’ils ne peuvent pas quitter le camp Alpha Yaya, venir au stade, sans son accord…

F24 : …Vous maintenant, vous maintenez comme préalable la démission de Dadis Camara ?

CDD : Madame, lorsque le Chef de l’Etat (Dadis)…, organise un tel carnage, tue d’innocentes personnes, des citoyens de ce pays, avec tous les viols qu’il y a eus, vraiment, je pense que cette personne est disqualifiée pour conduire cette transition… »

Ça, c’était Cellou Dalein Diallo, un mois, jour pour jour, après les événements du 28 septembre, il y a cinq ans.

C’est ce même Cellou Dalein Diallo qui a personnellement touché deux milliards de francs guinéens pour le remboursement de quelques vitres cassées et meubles renversés chez lui ce 28 septembre 2009 sans qu’une seule victime réelle du 28 septembre (tuée, violée ou blessée) n’en touche un centime. C’est toujours ce même Cellou qui le 28 septembre 2014 (date commémorative du massacre) déclarait : « … je salue la mémoire de tous ceux qui étaient là le 28 Septembre, prie pour le repos des morts et exprime ma compassion pour ceux qui sont encore dans la souffrance. Je me permettrais d’y ajouter ma voix personnelle puisque moi-même j’ai été victime de cette barbarie, pour dire que je n’oublierais pas …. Mais cinq ans sont passés. Cinq ans d’impunité. Cinq longues et lancinantes années dans lesquelles s’étale l’intolérable incapacité de notre administration judiciaire. Alors que les victimes attendent, impuissantes, que cette douloureuse page de notre histoire soit enfin lue ».

Il a suffit que Dadis se déclare candidat pour que Cellou Dalein Diallo se précipite chez lui pour préparer une alliance avec celui qu’il qualifiait « d’organisateur » du carnage du 28 septembre. Massacre au cours duquel des centaines de guinéens ont trouvé la mort et parmi lesquels une majorité de militants de l’UFDG.

Mais quel est donc cet homme ? Jusqu’où est-il capable d’aller pour accéder au pouvoir ?

Et il se trouvera encore de ses militants pour défendre cela. Où sont les Thierno Madjou Sow, président de l’Organisation Guinéenne de défense de l’UFDG ? Thierno Monenembo, grand écrivain-défenseur des « opprimés » ? Quelle acrobatie intellectuelle vont-ils encore inventer pour justifier la démarche de leur idole ?

Il paraît que les peuples ont les gouvernants qu’ils méritent. Est-ce un hasard si plusieurs cadres de l’UFDG commencent à remettre en question le leadership de Cellou Dalein Diallo ? Une chose est certaine, les victimes du 28 septembre méritent mieux que le mépris dont il fait preuve à l’égard de leur mémoire.

Mais dites-nous monsieur Cellou Dalein Diallo, que direz-vous au juge lorsqu’il vous demandera de témoigner à charge contre Dadis Camara ? Si ce procès venait à voir le jour avant le 11 octobre 2015 (date prévue pour les élections présidentielles), nul doute que Cellou Dalein Diallo témoignera à décharge contre Dadis Camara, ‘’le héros qui a envoyé Toumba Diakité les faire sortir vivants du stade’’. Evidemment, si le procès a lieu après les élections, Cellou Dalein Diallo se fera un plaisir d’enfoncer celui qu’il qualifiait naguère de ‘’dictateur’’. D’une manière ou d’une autre, Dadis Camara sera le dindon de cette farce qualifiée d’alliance. S’il (Dadis) persiste dans la voie de cette alliance avec Cellou Dalein Diallo, il risque de se retrouver dans la même situation que Sidya Touré lors du deuxième tour de la présidentielle de 2010. Ce dernier, l’on se rappelle, avait perdu sa base à cause de son choix de rejoindre Cellou Dalein Diallo. Déjà, des voix s’élèvent en Forêt pour dénoncer cette velléité de rapprochement entre Dadis et Cellou. « Si Dadis veut aller avec ceux qui veulent l’amener sur l’échafaud, qu’il y aille, nous, nous ne le suivront pas », témoignage d’un jeune après le meeting de la Coordination de la jeunesse forestière à Lambanyi le samedi 20 juin 2010. Sentiment partagé par la plupart des supporters de Dadis. Le même phénomène se produit d’ailleurs chez les partisans de Cellou Dalein Diallo qui, même si c’est en sourdine pour le moment, condamnent cette velléité d’alliance avec Dadis. En attendant que Bah Oury ne rue dans les brancards et demande la destitution pure et simple de Cellou Dalein.

Hier considéré par Cellou comme le Diable, Ba’al adh-Dhubāb (Belzébuth) ou encore Lucifer, Dadis est devenu subitement un ange, le messie qui permettra à l’UFDG d’avoir les voix de la Forêt au deuxième tour (s’il y en a) de la présidentielle. Quelle hypocrisie, quelle félonie ! Enfin, tout est pardonné. Même ce qui était supposé impardonnable. Mais attention : « moi-même j’ai été victime de cette barbarie, pour dire que je n’oublierais pas… ». A-t-il déjà oublié ? Telle est la question que l’on devrait poser aujourd’hui à l’honorable Elhadj Mamadou Cellou Dalein Diallo, député à l’Assemblée nationale, chef de file de l’opposition et grand défenseur aujourd’hui de Dadis devant l’Eternel.

Thierno Sadou Baldé

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