En 2017, la presse guinéenne, dans son ensemble, quoique maintenant le cap du professionnalisme, n’a pas manqué de flirter à certains moments avec des dérives qui ont fortement mis à mal sa crédibilité. En effet, des journalistes, voulant s’illustrer comme de grandes plumes avant la lettre ou apparaître comme de preux chevaliers ou encore à la recherche du scoop qui façonne une carrière, n’ont pas fait dans la dentelle, prenant des libertés avec les valeurs républicaines.

Il est évident que nul ne doute de nos jours de la maturité de la presse guinéenne. Il y a cependant des pratiques qui nous rappellent chaque jour que cette maturité reste encore une quête permanente. Vue comme le quatrième pouvoir, la presse guinéenne a souvent donné l’impression d’abuser de celui-ci. S’il reste une réalité d’ailleurs que les médias guinéens n’ont plus leur lustre d’antan en terme de crédibilité, il est aussi vrai et écœurant que des journalistes ont tendance à entonner l’hallali de ce qui lui reste comme pouvoir réel du fait des attitudes qui prêtent à caution. On pourrait dire de l’année 2017 qu’elle a encore vu la presse s’illustrer dans le colportage sans nuance d’un ramassis de ragots de gargotes, de WC, de salades, de mesquineries, de mièvreries, de pitreries, et d’informations infondées, etc. Il y en a qui, se servant de la liberté de presse qui devrait être pour servir la société, s’en sont plutôt servis en se mettant au service de desseins inavoués. C’est un truisme de dire que dans une telle occurrence la vérité ou plutôt sa quête en a pris un sérieux coup.

L’engouement, la précipitation ou l’envie folle de ‘’fouetter’’ a souvent amené des confrères à fournir des informations infondées et bien souvent absolument tendancieuses. Et c’est peu dire ! Des journalistes ont mis au second plan leur devoir premier de défendre le juste et promouvoir le droit. Dans la recherche effrénée des ‘’scoops’’, l’on foule au pied le substrat de la justice sociale. Comme c’est bien connu dans le métier, quand un journaliste prétendument d’investigation commence son travail d’enquête par des ‘’à priori’’, et se fonde sur la rumeur, il ne peut qu’aboutir à la délation. C’est ce qui a été malheureusement constaté cette année, dans bien de cas qui ont égratigné l’honneur et la dignité de citoyens contre lesquels les faits rapportés étaient loin d’être établis. Ainsi, à travers ces ‘’affaires’’, des confrères à divers degrés, usant de leurs plumes – qu’on sait souvent particulièrement nocives – ou de leurs micros, ont de par leurs seules convictions accusé, condamné et diffamé au grand dam de la présomption d’innocence et du respect de la vie privée des mis en cause. Le hic est que pris eux-mêmes à ce jeu, ils n’hésitent pas à crier à la cabale exigeant des autres le respect de droits qu’ils refusent ostensiblement à leurs victimes. Soit dit en passant, nul ne conteste à la presse le “droit” à l’erreur, nul n’étant infaillible sur cette planète, mais encore faudrait-il que la bonne foi soit au rendez-vous pour atténuer quelque peu le tort fait aux autres. Le traitement de certains sujets, même du domaine de la liberté d’opinion, a fini par convaincre que la presse guinéenne doit se ressaisir et travailler à ce que le professionnalisme triomphe à tout prix. On constate que des journalistes dévoient à volonté le principe de la précaution.
Partant du respect de la vie privée, à la déférence de principe que l’on doit à l’autorité, en passant par le droit à l’image, des confrères donnent l’impression de n’en avoir cure, s’ils ne se sont pas livrés à des banalisations des valeurs cardinales même de la nation.

Quand il est arrivé en fonction, le Président Alpha Condé, croyait bien faire en souhaitant aux journalistes qu’il a rencontrés dans le cadre de ses concertations avec les différentes couches socioprofessionnelles du pays, d’être les grands défenseurs de la République. Rien, plus que cela et pourtant des confrères ont hurlé au bâillonnement éventuel de la presse. En réalité, il n’y a rien d’étonnant à cela dans la mesure où de ceux des confrères qui ont eu à redire de cet appel, nombre sont militants d’organisations ou d’officines plus ou moins officieuses qui se dressent par principe contre le pouvoir. Ces bonnes gens oublient tout simplement qu’elles sont dans une société organisée et démocratique et que ce faisant, elles se doivent de respecter un minimum de règles, celles-là mêmes qui permettent leur existence.

In fine, 2017 a davantage montré que la crédibilité de la presse guinéenne était menacée. Et ce, par le fait de certains confrères qui prennent trop de liberté avec la déontologie du métier et qui ne veulent guère de remises en cause. Nombre de journalistes font comme s’ils disposaient d’une compétence sacrée et universelle leur permettant de dire, le sage et le vrai, en tout et sur tout. Alors qu’auparavant, le journaliste bénéficiait du même crédit de confiance qu’un imam ou un prêtre. Les réalités sont toutes autres aujourd’hui. Est-ce pour autant la fin d’une belle époque ? Attention, à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Car, en effet, dans son ensemble, la presse a tenu son rôle dans l’édification d’une démocratie réelle dans ce pays. Que cela soit écrit et revisité plusieurs fois.

Abou Maco
Journaliste