Alors qu’on croyait qu’on mettrait un bon bout de temps avant de voir de nouveau l’incivisme s’exprimer de la sorte, à la suite de la réprobation quasi-générale qui avait accompagné les virées bruyantes et morbides que se sont offerts des citoyens à Boké, Lambanyi et un peu partout dans le pays ces derniers temps, voilà qu’aujourd’hui à Kamsar, comme pour ne pas être en reste, des citoyens protestent avec des actes de vandalisme pour réclamer l’électricité et de l’emploi.

Voilà qui a suffi pour que montent au créneau des censeurs de tous ordres qui s’en donneront à coeur joie sur la République, accusée de faire le lit du phénomène par la mal-gouvernance de ses dirigeants. Chacun y va de ses analyses sentencieuses avec comme d’habitude un déluge d’affirmations péremptoires desquelles on a toutes les peines du monde à cerner les buts recherchés.

C’est vrai que dans une telle situation la posture la plus commode consiste à taper dans tous les sens et sur tout ce qui bouge en se donnant le beau rôle de redresseur de torts qui a une haute idée de la Nation dont on tire la légitimité qui confère le droit de dire ce qui est et ce qui devrait être. Même en écorchant au passage les faits au point de donner plus que l’impression de porter des oeillères n’y change rien.

S’il n’y a pas de mal absolu à cela, tant il est évident qu’en la matière, nul ne doit être blâmé pour ses convictions, d’autant que rien n’interdit de se réclamer d’une conscience citoyenne dont le seul moteur est d’aider à parfaire le processus démocratique en interpellant les décideurs sur leurs devoirs, force est de reconnaître que certains se sont laissés aller à des excès tout au moins aussi critiquables que les actes de vandalisme que l’on constate ces derniers temps. Le fait est qu’avec la récurrence du phénomène, on ne trouve plus rien de bien original dans ces analyses assénées comme vérités d’Evangile, puisqu’on retombe sur les mêmes sentences comme si à court d’arguments on choisissait de faire dans la langue de bois en empruntant à la rhétorique politicienne pour se donner du contenu. Ainsi, si ce n’est pas « l’impunité généralisée » qui alimente la vindicte populaire, c’est l’insouciance, voire l’incompétence ou l’irresponsabilité des dirigeants qui poussent à la rue, ou encore la corruption érigée en système de gouvernance qui oblige les populations à manifester leur ras-le-bol par la défiance des institutions. C’est tellement commode, qu’on a vite fait le tour du problème sans même avoir à tourner sa langue plus d’une fois dans la bouche. Le hic, c’est que tout cela est en même temps si simpliste qu’on s’étonne que les grands donneurs de leçons se contentent de tels raccourcis, oubliant leurs responsabilités sociales et morales pendant qu’on attend d’eux qu’ils s’élèvent au-dessus des lieux communs pour enseigner, éduquer et aider à comprendre. Voilà qui explique l’impression qu’ils donnent de se servir des évènements comme de simples exutoires pour laisser libre cours à leurs propres fantasmes refoulés.

Ainsi, bien qu’ils s’en défendent, ils finissent par justifier l’injustifiable et à cultiver le sentiment que tant qu’à faire si c’était à refaire, on devrait agir de la même manière avec à la limite plus d’allant, parce qu’il s’agirait d’une véritable oeuvre de salubrité publique.

En se fondant sur leurs raccourcis, la République actuelle serait responsable de tout et elle ne devrait s’en prendre qu’à elle-même, en attendant qu’elle ne soit victime de ses propres turpitudes. Elle ne serait ni plus ni moins qu’une véritable cour des miracles. Voilà ce qu’on veut nous dire en réalité mais dont la monstruosité pousse à user d’euphémismes et de circonlocutions. Et cela est inacceptable !

Inacceptable parce qu’il s’agit d’un procès d’intentions, de surcroît fondé sur des analyses bancales, s’appuyant elles-mêmes sur des faits empruntés à la rumeur et à l’incontinence morale qui voient la corruption partout, l’impunité jusque dans nos lits. Inacceptable parce qu’il ne faut pas prendre des libertés avec les principes. Inacceptable parce que cette République comme celles qui l’ont précédées ou celles qui lui succèderont ne saurait se limiter aux seuls dirigeants mais concerne tout la Guinée, ses filles et ses fils avec. C’est l’évidence même et il est fort malheureux que certains analystes ferment obstinément les yeux la-dessus. A moins qu’ils ne soient réellement au sérieux auquel cas la Guinée serait à pleurer.

On serait tenté de dire que le pire des événements survenus ces derniers temps, ce n’est pas les meurtres crapuleux, ni les actes de vandalisme encore moins les coups de gueule donnés ici et là mais ces analyses « indépendantes » et puristes dont la bonne foi peut être difficilement remise en cause et qui pourtant justifient en fait ce qui est arrivé. C’est assurément la porte ouverte à toutes les spéculations et à toutes les compromissions.

Pour faire simple en détruisant des infrastructures publiques et privées, ce n’est pas Alpha Condé qu’on envoie au chômage. Pour faire simple, on ne peut pas ramener tous les succès des entrepreneurs privés guinéens ou de la plupart d’entre eux à la corruption ou à des faveurs indues. Soit dit en passant, que de talents et de succès ont été réduits à leur plus simples expressions par la jalousie, la calomnie et des petits complots de petites gens qui ne rêvent que de tout ramener à leur triste réalité : la médiocrité. Pour faire simple ce n’est pas sous la  République actuelle que les Guinéens ont commencé à vouloir s’occuper eux-mêmes de leur voleurs ou des coupables qu’ils ont désigné plutôt que de laisser les institutions s’en occuper. L’histoire regorge en effet de nombreux faits du genre dont certains ont été autrement plus dramatiques. Alors que nos donneurs de leçons fassent ainsi preuve d’une amnésie pour le moins sélective qui les pousse à tout ramener à la  République actuelle a de quoi surprendre ; surtout ceux qui ne sont pas au fait des us et coutumes de ce pays où beaucoup trop de gens avancent cagoulés et veulent se faire prendre pour qui ils ne sont pas. Mais qu’à cela ne tienne. Car il n’y a rien de plus périlleux que de prendre des libertés avec les principes en leur cherchant des exceptions à tout prix pour servir des causes inavouées. En agissant de la sorte on court le risque de conduire ces exceptions à devenir la règle et en toute bonne conséquence de transformer les principes en exceptions. Rien, absolument rien ne devrait donc permettre d’expliquer encore moins de justifier ni les actes de vandalisme ni les meurtres barbares. Surtout pas une supposée impunité ambiante. Que cela soit écrit !

Abou Maco

Journaliste

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