Début février dernier, le célèbre musicien Manu Dibango, a coupé le pont avec le projet « Isolons Ebola » de la Fondation KPC. « Je me désolidarise du projet guinéen (Isolons Ebola) initié par l’association du même nom; je demande également le retrait total de mon image sur tous supports et réseaux sociaux de cette association ; tout comme la plupart de nos confrères artistes ; journaliste, écrivains etc., qui ont participé bénévolement à ce projet auquel nous croyions tant. C’est un véritable viol moral. Nous avons cru apporter une pierre à l’édifice, mais malheureusement, les fondations étaient souillées à notre profond regret », avait écrit le musicien dans un communiqué.

Il n’en fut pas plus pour que le vice-président de l’association,  Cheick Tidiane Traoré, rétorque : «Le doyen Manu DIBANGO : 1-Après avoir réclamé la cola traditionnelle par la voix de Robert Brazza comme l’atteste le courriel que vous lirez ci-dessous ; 2-Après l’avoir accepté parce qu’ayant finalement participé aux deux titres musicaux ‘Plus Jamais Ebola » et « One Voice » ; 3-Après avoir pris fait et cause pour des prestataires véreux sous orchestration de Robert Brazza qui ont escroqué une association humanitaire. (…) Dans l’Afrique traditionnelle, quand les jeunes sont (en) querelle, c’est le patriarche qui tranche sous l’arbre à palabre, mais hélas, Manu Dibango ne peut pas dupliquer cette sagesse africaine en France. Dommage… »

Selon la manager de Manu Dibango, Claire DIBOA « il a été injustement diffamé et traité d’escroc ». C’est pourquoi le baobab de la musique africaine à travers, Me Edmond TAHAR, Avocat au barreau de Paris, que nous avons joint « a porté plainte à la 17ème chambre de Paris en diffamation pour que la vérité éclate ».

Mais Cheick Tidjane Traoré ne semble pas ébranlé par cette procédure : « A date, Manu n’a aucun moyen de porter plainte contre Isolons Ebola. Par contre, Isolons Ebola a porté plainte contre la société Money Penny qui suit son cours normal », nous a dit le vice-président de l’association Isolons Ebola.

Les artistes réclament leurs droits

En fait Money Penny est une société française à laquelle l’association Isolons Ebola a confié la production d’un phonogramme et d’un vidéo clip de la chanson « One Voice», ainsi que sa commercialisation. Le cout ? Environ 50 mille euros (soit 425 millions GNF). L’association reproche à cette société de n’avoir pas « livré les masters audio et vidéo, au sens du contrat ». Pire, la société aurait demandé notamment à Youtube et Facebook le retrait de la vidéo, « prétendant continuer à disposer des droits sur ces enregistrements », a dénoncé Christophe PASCAL, avocat de l’association.

Selon nos enquêtes, l’attitude de Money Penny serait motivée par le « refus » de l’association à payer à la quarantaine d’artistes les droits d’auteurs et les droits liés à leurs images. « Le fait d’accepter de jouer bénévolement pour une cause humanitaire ne nous déshérite pas les droits d’auteurs et les droits d’images, selon les lois françaises. L’association a fait travailler une quarantaine de personnes sur le sol français sans les déclarer notamment à pôle emploi », dénonce un musicien qui a travaillé sur le projet.

L’Unicef coincée ?

« Isolons ébola » de la Fondation KPC, a conclu un deal avec l’Unicef pour lui reverser les fruits de la vente des œuvres musicales produites pour aider à une meilleure prise en charge des enfants orphelins d’Ebola. Seulement voilà. L’Unicef, un organisme du système des Nations Unies a vu son nom lié à une œuvre à problèmes. Les artistes mécontents de Paris l’auraient saisie pour attirer son attention sur le fait que leurs droits n’ont pas été payés par l’association Isolons Ebola. L’Unicef se voit alors coincée dans une affaire qui vire dangereusement vers le business. Quittant allègrement le cadre humanitaire. Nous avons envoyé des questions à la représentation de l’Unicef en Guinée, depuis le 5 février dernier. Nous n’avons jusque-là pas reçu de réponses malgré nos différentes relances.

En un mot ou en quatre, quelques mois après son lancement, le projet « Isolons Ebola » ne peut se targuer d’avoir activement lutté contre ébola en Guinée, malgré les moyens faramineux qu’il aurait englouti (100 mille euros, certains parlent du double). Le projet peut néanmoins se féliciter d’avoir fait parler de la Guinée pas dans l’humanitaire mais dans le milieu du showbiz parisien où intrigues, argent, crocs-en-jambe, excusez du peu, sont des maitres mots. Et avec la plainte de Manu, le débat sera au…Tribunal. Au grand dam des victimes d’ébola.

Ibrahima S. Traoré

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