Sekou Kourouma, haut commissaire à la réforme de l’Administration

A son arrivée au pouvoir, le Président Alpha Condé a fait de la réforme de la fonction publique une de ses priorités absolue pour enfin permettre à la Guinée d’avoir une administration moderne et efficace.  Cependant, il semblait ignorer le niveau de dégradation de ce corps de l’État.  Il a cru que la création d’un Haut-commissariat à la réforme administrative et à la modernisation de l’État aurait suffi pour faire renaitre la fonction publique de ses cendres afin de la mettre au service du développement. Après trois années d’atermoiement et d’efforts centrés essentiellement sur le projet d’école Nationale d’Administration, la fonction publique guinéenne reste l’ombre d’elle-même et traine encore ses tares au grand jour.

En effet, l’administration publique est la cheville ouvrière de tout régime politique moderne. Toutes les politiques de développement sont conçues et exécutées par les hommes et femmes y travaillant.  Leur compétence, leur professionnalisme, leur intégrité et leur engagement cautionnent donc tout changement qualitatif et quantitatif nécessaire au bienêtre collectif.

En Guinée, la fonction publique a toujours été un frein au développement. Elle a été mal conçue à la base.  De nos jours, elle est pléthorique, inopérante dans beaucoup de ses compartiment, corrompue, léthargique, etc.  Les différents pseudos réformes dont elle fait l’objet depuis 1985 n’ont pas réussi à lui insuffler un nouveau dynamisme.

L’origine de ce mal endémique de la fonction publique guinéenne est inhérente à sa genèse.  La fonction publique a été brutalement bâtie au lendemain de l’indépendance politique par les hommes et femmes dont la plupart n’avaient qu’une expertise.  Ils ignoraient les missions essentielles d’une administration publique au service de l’intérêt général.  Ils ont donc mis à la charge de l’Etat non seulement les prérogatives régaliennes mais aussi celles normalement dévolues au secteur privé.

Ainsi, la fonction publique n’a pas été pensée comme un instrument de développement mais comme une structure de remplacement des colons et un instrument politique au service du gouvernement. Au lieu de se cantonner dans la fourniture des services publics essentiels, dans  la régulation et la règlementation des activités économiques, etc. elle s’est substituée aux structures de production des biens et services marchands.  Ce fut donc le début de sa longue marche au service de l’Etat providence.

Sous la première république, la fonction publique a été considérée comme le réceptacle des diplômés de tous bords.  Ce qui a posé le problème de maitrise de l’effectif et qui a empêché l’utilisation rationnelle des compétences.

Avec la deuxième république, la compression imposée par les programmes d’ajustement structurel n’ont pas eu les effets escomptés. Les salaires n’ont pas été suffisamment revalorisés et, les ‘‘déflatés’’ mal préparés l’entreprenariat, n’ont pas réussi à se faire un chemin dans le secteur privé. Conséquence :  plus de la moitié des personnes extraites du fichier de la fonction publique ont réussi à se faire réinsérer frauduleusement.

Aujourd’hui, malgré les actions annoncées par le Haut-Commissariat à la réforme administrative et à la modernisation de l’Etat, la fonction publique tarde à faire sa mue.  Il n’y a pas encore de critères clairs d’accès aux emplois publics et de périodicité des recrutements.  Il y a plus de personnes que de travail disponible, les salaires sont faibles, la fraude sur les actes d’état civile et sur les diplômes est courante ; la concussion fait son chemin, le service publique gratuit est monnayé, la corruption est usuelle, les avancements et promotions sont fantaisiste ; les conflits d’intérêt et de compétences sont inhérents, les lobbies et clans sont incrustés, les mérites ne sont pas récompensées, les manquements ne sont pas sanctionnés, etc.

Cependant, face à ce constat, des solutions simples peuvent être envisagées pour améliorer la situation à défaut la corriger systématique à court ou moyen terme.

Premièrement, il faut définir des critères objectifs de recrutement. Le recrutement à la fonction publique ne doit pas se faire par simple volonté politique de donner de l’emploi à quelques personnes pour marquer un coup. Il doit résulter d’une nécessité absolue de service.  A cet effet, les responsables doivent préalablement définir le nombre de places à pourvoir, les diplômes requis, l’âge limite pour la candidature, les procédures de recrutement, les garanties de transparence et d’équité, etc.  Dans un Etat où la législation fixe l’âge de retraite à 65, les candidats âgés de plus de 35 ans ne devraient être admis dans la fonction publique qu’à titre de contractuel.

Deuxièmement, il faut dégraisser de façon  intelligente la fonction publique et augmenter les salaires sans augmenter la masse salariale, Comment ?  Il  faut rendre les départs  à la retraite effectifs sans possibilité de prolongation ou de recyclage par le truchement des arrangements incongrus et de la fraude ; adopter une politique de  remplacement des retraités à la française sur une longue période : un entrant pour deux partants ;  libérer et accompagner tous les fonctionnaires qui sont à deux (2)  ans de la retraite ;  rendre systématique et obligatoire le recensement biométrique pour déceler les doublons, les fictifs, les abandons de postes, les absents de longue date, etc. A la fin de ces opérations, il suffirait de redéployer les économies ainsi réalisées sur les salaires des personnes effectivement en poste.  Par cette méthode, on doublerait les salaires sans effets sur la part du salaire dans le budget de l’Etat.  Ceci aura pour avantage d’améliorer les conditions de vie et de travail des fonctionnaires, de les occuper effectivement, de réduire leurs comportements de rente, de bannir l’oisiveté, le laxisme, l’absentéisme, etc. par la crainte de perte du poste occupé.

Troisièmement, il faut créer une direction des diplômes et de la lutte contre la fraude.  Cette direction doit être en mesures de vérifier systématique et rapidement tous les diplômes, certificats attestations, etc., les certifier et leur donner une équivalence. Elle doit  se munir des moyens de détection de fraudes sous toutes ses formes : diplômes, actes administratifs, états civiles, etc. et avoir le pouvoir de radiation et de poursuite contre les faussaires et leurs complices.  Elle doit commencer par l’analyse de la situation existante afin de faire annuler toutes les décisions et avantage encours obtenus par le biais de la fraude.

Quatrièmement, il faut donner la possibilité aux administrations d’exprimer leur besoin en personnel et en compétence au lieu de leur parachuter des cadres.

Cinquièmement, il faut définir les critères claires d’avancement et de mobilité géographique pour que l’Etat, à travers les services publics, soient présents partout sur le territoire national.

Cinquièmement, il faut reformer et adapter les formations. Le projet d’école Nationale d’Administration répondrait bien à ce souci, mais il y a lieu de développer aussi les formations continues pour éviter que les cadres ne  tombent dans une caducité intellectuelle aggravée.

La mise en œuvre de ces points susmentionnés pourra aider la fonction publique guinéenne à redorer son image, à retrouver l’efficacité  afin de se remettre au service du développement.

Woulada DEN in Le Diplomate