Ces dernières semaines l’actualité politique s’accélère sur le continent africain, surtout dans sa partie Nord, donnant le sentiment d’un temps qui bouge et bougeant très vite.
Marc Bonnant un avocat Suisse écrivait à propos des printemps arabe : « Quelques idéalistes, ceux qui n’ont pas le sens tragique de l’Histoire et qui croient modifier la réalité en la niant, s’étaient réjouis des révolutions arabes. Ils saluaient la promesse de l’aube et l’émergence du printemps. Mais déjà les évènements leur donnent tort : les islamistes ont pris le pouvoir en Tunisie, la charia est désormais la loi libyenne, les Frères musulmans attendent embusqués, en Égypte. L’aube est une nuit, le printemps une ère glaciaire. »

En effet, la promesse d’un lendemain qui chante s’est vite transformée en un lendemain qui déchante. Après l’assassinat du guide libyen, au nom d’une pseudo révolution, le chaos s’est installé dans tout le pays embrassant au passage toute l’Afrique du Nord et occidentale, avec pour épilogue le désastre Malien et le terrorisme au bord de nos frontières.

Comme un vent du déjà vu, les évènements algérien et soudanais sont déjà qualifiés par les spécialistes des plateaux télé comme le début d’un nouveau printemps arabe.

En Algérie, après quelques semaines de manifestations, le président Bouteflika au pouvoir depuis 20 ans a fini par lâcher prise le 2 avril, ouvrant la voie à de nouvelles élections sans lui bien sûr.

La rue aura donc eu raison d’un pouvoir aux multiples ramifications avec la bénédiction de l’armée, l’un des piliers du régime déçu. Peut-on qualifier pour autant d’un printemps arabe, ces contestations populaires, sachant que les autres pays du Maghreb sont gouvernés par des pouvoirs issus d’élections « libres » ? Ou est-ce le début d’un printemps anti-dictature à la sauce africaine ?

On peut être tenté de répondre à l’affirmatif à la deuxième question, car voilà quelques jours après le départ du président Algérien, un autre pouvoir autocratique vient de tomber, ou du moins son chef.

Le point commun entre ces deux pays est que le pouvoir était caractérisé par une durée de vie très longue. Et surtout des peuples restés longtemps passifs, ayant soudain pris la mesure de la situation, ont exigé le départ pur et simple du système. Comme pour donner raison à Karl Marx, quand l’idée s’empare de la masse, elle devient une force agissante.

Cependant, la dictature de l’émotion collective ne doit pas nous pousser à faire des parallèles situationnels pour des courbes qui sont pourtant horizontales, ou pour dire simple, qui ne se croisent pas.

Le cas soudanais, dernier en date de ce qu’on peut désormais considérer comme un printemps contre les pouvoirs éternels en Afrique, mérite qu’on s’y attarde un tout petit peu, et surtout illustre qu’on ne doit pas l’applaudir, car il s’agit en réalité d’un coup d’état à la légitimité de la rue. D’ailleurs dans la première déclaration des militaires, ils annoncent une transition militaire de deux ans. Ceux-là qui pensent qu’un vent de révolution civile souffle sur le continent, doivent vites redescendre de leur piédestal. À mon avis, le cas soudanais replonge l’Afrique malencontreusement dans ses périodes sombrent de coups d’État militaire.

Autant dire que la révolution annoncée aura accouchée d’une souris ou plutôt des militaires.

Ceux-là qui se disent aujourd’hui légalistes, ne doivent pas applaudir la destitution d’Oumar El Béchir. C’est une destitution par les militaires et non une démission sous la précision de la rue pour une histoire de pains.

Si en Algérie, la contestation n’a pas remis en cause la constitution, avec notamment la convocation de nouvelles élections sous 90 jours comme le stipule la constitution algérienne. Au Soudan il s’agit bien d’un coup d’État militaire, la peste remplacée par le choléra en somme.

La lutte de la population vient d’être récupérée de manière opportuniste et cynique par une armée qui a longtemps été son bourreau.

Ne nous faisons aucune illusion, et aucune extrapolation pour quelques raisons que ce soit, comme pour dire que les démocrates du printemps sont les fossoyeurs de l’été.

Par Alexandre Naïny BERETE, étudiant en master à la faculté de Nantes.

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