Gouverneur de Labé, Sadou Keita

Dans une interview qu’il a accordée à notre reporter  le  4 décembre dernier à Labé,  le gouverneur de cette ville, M. Sadou Keita parle entre autres, de son bilan depuis qu’il est à la tête de cette région, de l’affaire des Roundhé qui a défrayé la chronique il y a quelques mois, des préparatifs des festivités du 56ème anniversaire qui se tiendra à Labé, Mais aussi de l’insécurité…

Guinee7.com : Pouvez-vous nous dresser votre propre bilan à la tête de la région de Labé ?

M. Sadou Keïta : Je vous remercie  pour cette opportunité que vous m’offrez pour m’exprimer. J’ai été installé le 5 mai 2011, dans une région où les populations vivaient dans un traumatisme politique extraordinaire. Comme vous le savez, après les élections présidentielles, un traumatisme emportait les esprits de tout le monde ici. Donc, j’ai pris la région dans cette situation et dès le début, j’ai appelé tous les Préfets de la région pour qu’on s’accorde sur une stratégie pour ramener la paix dans cette région conformément à la mission que le Chef de l’Etat a confié à chacun de nous. Après cette réunion de travail, je me suis lancé dans les 48 sous-préfectures et les cinq communes urbaines où j’ai tenu  des rencontres sous-préfecture par sous- préfecture ou quelques fois dans des districts
plus reculés , j’ai tenu des meetings de sensibilisation sur les questions de paix et de cohésion.

Quel était le constat sur le terrain ?

J’ai constaté l’état de pauvreté dans lequel est plongée cette population et par rapport au document de stratégie de réduction de la pauvreté, j’ai dû constater que pratiquement plus de 60 pour cent des populations vivaient au dessous du seuil de pauvreté absolue et les trois quart du territoire de la région étaient enclavés. Donc, c’est tout un dossier complet qui était là. Il faut ramener la paix, la cohésion, ensuite se lancer dans un processus de désenclavement. Deux ans et 8 mois après ça, je constate que la région s’apaise au fur et à mesure, la cohésion sociale même revient et nous tendons vers la consolidation des populations qui vivent dans cette région.  Quant au désenclavement, j’ai soumis plusieurs contrats à la direction nationale des pistes rurales à travers mon  bureau régional
des pistes rurales. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de contrats qui sont exécutés, beaucoup de localités ont été désenclavées.

Des exemples ?

Dans Sanou, il y a des pistes qui ont été faites, dans Tougué aussi si vous prenez l’axe Sangoyah, vous verrez qu’il y a des pistes qui ont été ouvertes et des ouvrages de franchissement ont été réalisés. Nous avons touché des axes principaux. Mais, ça ne veut pas dire que tout est fini et que tout est rose, il y a beaucoup de choses à faire. Les pistes de Balaki, de Lébékéré et autres, restent comme un tabou. Et nous avons de très sérieux problèmes sur ces axes. Quand vous prenez Tougué, Koolé, jusqu’à la frontière,  là aussi ce n’est pas touché et ça demande de gros moyens. Néanmoins, nous avons réussi à faire quelques ouvrages grâce à l’appui de la direction nationale des pistes rurales. Il y a beaucoup de contrats en vue d’être faits, mais compte tenu des problèmes que traverse notre pays, nous sommes dans l’attente.

Justement, vous avez parlé de la consolidation de l’unité nationale, il y a l’affaire des Roundhé qui a défrayé la chronique il y a quelques mois à Labé. Quelle est votre part de vérité ?

C’est un problème qui a été inventé. Moi-même j’ai été accusé, alors que je suis l’un des défenseurs de l’unité nationale. C’est ce mandat que j’ai reçu du chef de l’Etat. Promouvoir l’unité nationale et la paix entre les populations. Je ne peux pas accepter qu’une idée de ce genre se propage dans  la région et qu’elle se consolide. Dans cette affaire, on est allé jusqu’à dire que c’est le Chef de l’Etat qui m’aurait  mandaté et  m’aurait donné  des moyens. Je n’ai pas donné de réponse à ça parce que le terrain est là pour donner cette réponse. Le Chef de l’Etat qui me dit : unis les fils, c’est le même chef de l’Etat qui va me dire : va scinder la population en deux. Je ne vois pas en quoi les gens tiennent à diffuser des idées qui ne concordent pas aux réalités de terrain. Mais ceux qui l’ont dit je suis sûr qu’ils ont vu que c’était un moyen tactique pour opposer certainement le gouverneur à la population ou bien pour opposer les populations elles-mêmes entre elles, comme cela fut malheureusement à N’Nzérékoré. Mais cela a échoué. Il y a des gens qui pensent qu’ils peuvent exercer une certaine pesanteur politique pour réussir leur besogne contrairement à ce que nous, nous avons cru : c’est dans l’unité qu’on peut réussir et c’est ce que le chef de l’Etat m’a confié. Les instructions que j’ai reçues, c’est de mobiliser tout le monde et aller de l’avant.

La région de Labé va accueillir les festivités du 56ème  anniversaire de notre indépendance l’année prochaine, comment avez-vous accueilli cette nouvelle et quelles sont les dispositions que vous envisagez pour que ces festivités se déroulent dans de bonnes
conditions ?

Vous savez, le chef de l’Etat a annoncé cette nouvelle à partir de son discours  qu’il a tenu à N’Zérékoré le 2 octobre 2013. A l’annonce de cette nouvelle, nous avons convoqué toutes les organisations de la société civile, l’ensemble des cadres administratifs, les élus locaux, les notabilités locales et les confessions religieuses. Nous avons donné l’information l’officielle et nous avons pensé que lorsque le chef de l’Etat a fait cette déclaration, nous avons pensé que c’est à nous de faire le relais. Depuis lors, nous nous sommes concertés deux fois avec le gouvernorat de Mamou. Surtout que déjà des gens voulaient saisir cette occasion pour diviser les populations de Mamou et de Labé.

D’aucuns disaient que s’il disait le Fouhah, il s’agissait du Foutah théocratique et que la capitale du Foutah théocratique c’est Timbo, d’autres disaient que s’il dit le Foutah, c’est la Moyenne Guinée, donc Labé. Nous, nous avons voulu sortir de ce débat qui n’apporte rien et nous allons dans le sens de l’idéal voulu par le Chef de l’Etat à savoir le Foutah  comme étant un peuple uni et qui a les mêmes objectifs de développement et qui a les mêmes soucis et qui se trouve être dans la même situation naturellement, dans les mêmes conditions de développement. Donc, c’est ce Foutah uni là qui nous a intéressés. Le gouverneur de Mamou et son cabinet sont venus à Labé et nous avons défini la façon de travailler à savoir mobiliser les esprits autour de ces festivités. Et on s’est donné un rendez-vous à Mamou  chez le gouverneur pour évaluer ce qu’on a parcouru et se projeter dans un futur très proche d’aller remercier le chef de l’Etat par le biais du Ministère de l’Administration du Territoire. C’est ainsi que nous avons rédigé une lettre ensemble et nous l’avons
déposée auprès de notre Ministre et nous attendons la suite pour que le Foutah se mobilise pour aller remercier le Chef de l’Etat pour cette initiative combien réconfortante.

Il y a aussi le phénomène de l’insécurité qui bat son plein dans la région administrative de Labé en particulier et en Moyenne Guinée en général, quelle lecture faites-vous de cette situation ?

L’insécurité n’a pas une ampleur telle qu’on est en train de le dire. Cependant, il faut reconnaitre que même si c’est une seule fois qu’il y a une attaque dans l’année, il faut éviter même qu’il y ait une
attaque. Parce que ce sont des vies humaines  ou des biens matériels que nous perdons et notre rôle régalien, c’est de sécuriser les personnes et leurs biens. Il y a des sorties de ces grands bandits qui cassent des boutiques et  tuent des gens. Pour une première dois, nous avons appelé tous les commerçants, tous les élus, jusqu’aux districts et aux quartiers, la Chambre de commerce, les services de sécurité et nous avons discutés avec eux. L’effectif des services de sécurité est très faible et il n’y a pas des moyens pouvant permettre une intervention très rapide. Pour cela, nous avons pensé à mobiliser les populations afin qu’elles nous aident. Nous avons dit que ces bandits ne tombent pas du ciel et lorsqu’ils viennent à Labé, ils sont dans un secteur ou un hôtel de la ville. Il  faut que les populations aient le courage de dénoncer le malfaiteur. Nous avons quand même réussi à circonscrire ce phénomène. Quand vous voyez le quartier Daaka par exemple qui était champion en la matière. Je profite de l’occasion pour féliciter les responsables du quartier qui ont mis sur place une équipe de surveillance très efficace. Ce qui fait que rares sont les bandits qui se hasardent dans les quartiers. Au niveau des commerçants, nous avons fait l’observation qui est la suivante : c’est que quand vous payez à un gardien 30mille GNF par mois et vous lui dites le trou que tu vois là à la boutique, c’est là où je garde un milliard, alors il y a de très grands risques que ce garçon soit complice d’un bandit. Si vous voulez que le gardien soit un très bon gardien, donnez -lui l’argent qu’il mérite pour garder 1 milliard ou bien mettre en place un service de gardiennage pour assurer la sécurité des biens des commerçants. La troisième disposition, c’est de prendre les numéros de téléphone des  chefs  des agents de sécurité.

Quelle lecture faites-vous de l’organisation de la seconde édition de la Foire artisanale de Labé qui débutera le 26 décembre prochain ?

Nous avons reçu une correspondance d’une association pour l’organisation d’une seconde édition de la foire artisanale à Labé et nous avons pris acte. L’année dernière, cette foire a mobilisé beaucoup de gens et cela a donné une image souhaitée à la ville de Labé. Nous sommes des administrateurs territoriaux dans un régime libéral, nous régulons, nous accompagnons les initiatives pas
simplement les actions de l’Etat. Mêmes les initiatives privées, il faut les accompagner, les promouvoir. Parce que tout simplement elles sont génératrices d’emplois, de richesses sociales. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, nous avons écrit à tous nos préfets pour leur demander de s’impliquer dans la mobilisation. Si nous réussissons cette deuxième édition, nous irons très loin et pourquoi ne pas aller au-delà du territoire national.
M. le gouverneur, qu’est-ce qu’il faut, selon vous, pour sortir la Guinée de l’ornière ?

Si  on aime ce pays-là, il faudrait qu’on aille dans le même sens. Mais, si on cherche seulement à promouvoir ses propres intérêts, il faut aimer le déchirement  et le dos à dos des enfants de ce pays. Nous, nous pensons que le seul moyen pour sortir ce pays de son état actuel, c’est que les enfants de ce pays se tiennent, qu’ils se mettent au-dessus de tous les détails que les politiques utilisent
pour avoir des militants : on oppose une région à une autre, dans la même région on oppose les mêmes enfants, au sein de la même famille on oppose les enfants. Je crois que finalement, on va être un pays à micro nation. Ce qui va nous amener nulle part. Le créneau que j’ai pour réussir la mission que le chef de l’Etat m’a confiée, c’est d’amener tous les enfants à comprendre qu’ils forment un et qu’ils sont dans un  seul pays qu’il partage, qui leur appartient à tous. L’appel que je fais aux leaders politiques, c’est de revoir leur démarche. Dans tous les pays limitrophes de la Guinée, la politique s’arrête dès lors que les élections sont finies, le reste, c’est pour faire survivre le parti politique. Il ne faudrait pas que des élections présidentielles se tiennent et trois ans après on se retrouve dans des débats creux. Curieusement, nous avons la chance d’avoir la sève dans la politique guinéenne. Nous avons des anciens premiers ministres qui savent bien dans quel état se trouve le pays et dans quel état  les populations vivent. Si cette sève traine les populations dans la boue, c’est ce qui est surtout écœurant. Je ne sais pas pourquoi aujourd’hui le Mali, pays sahélien très sec peut apporter à la Guinée des engrais et qui est appelé pays à scandale géologique, un pays château d’eau d’Afrique où tout manque. Moi, je ne vois pas les questions de développement par rapport à un Président, mais je vois les questions du retard du développement de la Guinée par rapport au manque d’engagement des fils du pays, au manque d’engagement des cadres de ce pays. Celui qui vient ministre, demain quand il quitte, il devient opposant et il tire le pays vers l’arrière pour ne pas qu’il avance tant que lui il n’est pas président de la République. C’est extrêmement dangereux. Je voudrai appeler la classe politique à faire un sursaut moral pour aider le pays à sortir de son état actuel.

Interview réalisée  à Labé par El Hadj Mohamed Diallo

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