Sidiki Touré responsable de la jeunesse du RPG-arc-en-ciel s’est confié à votre semainier, dans un entretien qui a porté sur la crispation régissant les rapports entre le pouvoir et l’opposition depuis un certain temps. Notre interlocuteur souhaite qu’on parvienne à une sortie de crise rapide. Entretien.

Comment vous avez accueilli l’arrestation du député Ousmane « Gaoual » Diallo?

Sidiki Touré : Le peuple a besoin de respect, le peuple a besoin de considération et surtout de  protection. Et pour protéger le peuple, on ne peut pas le faire dans la violence. Donc c’est le RPG arc-en-ciel et certains de ses responsables, c’est nous qui sommes victimes. C’est nous qui avons porté plainte,  et nous comptons aller jusqu’au bout, parce qu’il ne faudrait pas que de telles choses continuent à prospérer dans notre pays. Parce que la Guinée est par tradition un pays de paix, un pays de quiétude sociale et surtout un pays de paix et d’unité. Nous ne voulons pas encourager, nous n’accepterons jamais quelqu’un qui viendrait mettre le pied dans le plat de cette unité, mettre du grain de sable dans la paix et la quiétude sociale qui règnent dans notre pays depuis plus de 60 ans. Donc ça c’est une tradition que nous défendrons vaille que vaille.

Que dites-vous lorsqu’un cadre de la république dit qu’il est prêt a recruté 5000 jeunes pour contrer les manifestations de l’opposition?

Il n’y a aucun ministre à ma connaissance qui a dû appeler 5000 jeunes à contremanifester. Mais vous savez, nous sommes dans un pays démocratique. Nous sommes dans un pays où chacun a la possibilité si vous voulez, de s’organiser en association, en mouvement. Il y a une liberté d’organisation et d’association, ça c’est la constitution qui le prévoit. Donc quelqu’un qui l’annonce publiquement, ce n’est pas mauvais en soit, et puis je vais vous dire une chose cette mobilisation, cette manifestation pour nous, c’est illégale à partir du moment où elle appelle au départ d’un président démocratiquement élu. Ensuite elle est corroborée par des incitations à la haine, à la guerre civile, au génocide etc. C’est pour nous à partir du moment où une manifestation est précédée de ces termes de campagne, je pense qu’elle cesse d’être légale, elle cesse d’être républicaine, elle cesse d’être une manifestation dans l’intérêt du peuple. Nous pensons que c’est une manifestation qui s’inscrit directement dans la violation de la Constitution guinéenne. Il faut barrer la route à de telles manifestions.

Est-ce que vous avez fait quelque chose qui va dans le sens de l’apaisement, en tant que responsable de la jeunesse du RPG/AEC?  

Bien entendu. Nous, nous sommes un parti de paix et la jeunesse du RPG veut s’inscrire dans le modèle d’une jeunesse moderne, civilisée et surtout soucieuse de l’avenir de notre pays. C’est pourquoi nous avons inscrit cette année dans notre programme, la formation des jeunes, pour que ces jeunes puissent se prendre en charge, pour pouvoir s’épanouir. Ce qui fait que nous avons pris des dispositions, bien entendu pour aller vers tous les partis politiques. Déjà  il y a un cadre des jeunesses des partis politiques que nous avons créé, dont nous sommes l’un des fondateurs. Donc cette coordination va se faire entendre à travers des négociations certainement que nous allons entamer dans les deux camps, c’est-à-dire même élargies à la société civile. Donc la jeunesse s’inscrit comme vous le dites, elle s’inscrit dans cadre du dialogue politique inter-guinéen et même du dialogue sociale inter-guinéen. C’est ça notre crédo, et c’est dans ce sens que nous voulons avancer. Mais malheureusement il y a des mouches qui sautent dans le plat des Guinéens, qui n’ont rien compris dans le sens de la politique, qui n’ont rien compris dans le sens de la démocratie, et qui veulent passer par la violence pour se faire connaître ou pour se faire valoir. C’est cette valeur que nous combattons. Nous voulons une jeunesse moderne ; nous voulons une jeunesse avec des références vraiment propres à notre pays, et nous voulons que les jeunes qui vont nous suivre, soient aussi des modèles. Que nous soyons des références pour ces jeunes-là. Nous ne voulons pas de mauvaises orientations pour la jeunesse guinéenne.

Quel appel avez-vous à lancer à l’opposition et au camp de la mouvance pour cultiver l’apaisement?

D’abord, c’est de demander à l’opposition, moi d’ailleurs si j’ai un appel à lancer c’est à l’opposition, parce que c’est nous qui sommes victimes, nous de la mouvance de vindicte de l’opposition. Donc c’est de demander à nos frères de l’opposition de savoir à un certain moment, se ressaisir, regarder l’avenir de la Guinée. Et de dépasser cette considération partisane. A un certain moment donné même le politicien doit se défaire de sa considération partisane pour faire avancer le pays. J’ai eu la petite chance de tourner pratiquement dans toute l’Afrique. J’ai l’expérience à travers beaucoup de pays africains. Ce qui se passe en Guinée, je vous assure que ça ne se passe nulle part. Les gens pensent qu’ailleurs, c’est encore mieux que la Guinée. Ce n’est pas vrai. Ce qui se passe en Guinée, ça ne se passe nulle part, c’est pourquoi nous demandons à ce que les Guinéens s’entendent, à ce que l’opposition se contente de critiquer les actions du gouvernement, et de faire des propositions concrètes. C’est ça une opposition constructive. C’est à l’échelle de cela que le pouvoir en place va se dire oui, voici ce que j’ai pu faire. Voici ce que je n’ai pas pu faire et voici ce qui reste à faire. Quelle est la solution ? Voilà ce que me propose l’opposition. Voilà ce que me proposent les citoyens guinéens pour que nous puissions aller de l’avant. C’est ça l’opposition constructive. Mais pas celle qui se met dans la rue pour  attaquer les paisibles citoyens. Donc nous demandons à nos confrères de l’opposition de s’inscrire dans la logique de dialogue, de s’inscrire dans la logique de la construction nationale, de l’unité nationale, de la paix. On ne peut pas vivre en dehors de la Guinée en tant que Guinéen, ce n’est pas possible. On est tous condamnés à vivre en Guinée. Dans ce cas, on est tous condamnés à s’entendre, à être unis, à être frères, de vivre comme des frères ; malgré notre diversité de vision. Il faut que les Guinéens vivent comme des frères. Nous sommes condamnés à cela. C’est l’appel que je lance à l’opposition. Qu’ils disent plutôt ce qu’ils peuvent faire pour les Guinéens au lieu de descendre dans la rue.

L’opposition républicaine vous accuse de n’avoir jamais respecté les accords. Que répondez-vous?

Il n’y a jamais eu le non-respect des accords. Nous avons toujours respecté les accords. L’application des accords a fait l’objet à un certain moment donné de blocages lié à des contraintes administratives et juridiques. Et ces contraintes administratives sont liées au découpage électoral. Phénomène qui est né des découpages de région, et ça ne dépend pas de la mouvance présidentielle. Ça  dépend des gouvernements. Et le gouvernement a bien expliqué les raisons liées à cela. Les contraintes juridiques également, c’est la même chose, c’est à dire la nomination des magistrats. La désignation des magistrats, cela relève de l’administration. Donc je pense que si toutes les deux parties, à savoir l’opposition et la mouvance s’inscrivaient sur la même ligne, pour appuyer les autorités, afin que ces contraintes soient levées de concert avec la CENI, aujourd’hui on ne serait pas à ce niveau. Mais quand tu prends le gouvernement et la mouvance, vous les mettez dans le même sac, alors que nous avons les mêmes problèmes, vous ne cherchez pas à analyser en profondeur la situation, parce que tout simplement je suis opposant, il faut que j’accuse de façon permanente la mouvance, ça ne marchera pas. A un certain moment donné, les visions peuvent se recouper. A un certain moment, les ambitions peuvent se recouper. Et quand c’est le cas, donnez-vous les mains pour avancer. Mais quand je dis, même si quelqu’un va dans la même direction que moi, je refuse d’y aller parce que je suis opposant, c’est négatif. Ce n’est pas nationaliste. Donc c’est les deux contraintes qui, aujourd’hui retardent, si tu veux la mise en œuvre du processus électoral. Et bien entendu, elles vont être bientôt être levées.

Je vous remercie.

Entretien réalisé par Alpha Amadou et Sadjo Diallo               

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