Le gouvernement a décidé de payer les droits de licenciement à environ 1 600 travailleurs de la Sotelgui. La facture ? 37 milliards de francs guinéens !

Le hic ? Les travailleurs de la Sotegui ne se bousculent pas devant la caisse pour récupérer cette manne. Parce qu’ils estiment que leurs droits n’ont pas été respectés. Ont-ils tort ? Rappel des faits.

La Société des télécommunications de Guinée (Sotelgui), est en faillite depuis longtemps. Pour relancer ses activités, le gouvernement guinéen décide, en 2013, de la mettre sous redressement judiciaire.

Cette procédure collective dans laquelle est placée une entreprise notamment lorsqu’elle est en cessation de paiement, fait le bilan économique et social. ‘‘Il comporte un volet économique visant à la pérennité de l’entreprise, un volet financier visant au règlement du passif de l’entreprise, et un volet social ayant pour but la réduction des charges salariales pour permettre le redressement de l’entreprise’’, nous explique un spécialiste. Pour la mise en œuvre de cette procédure, un syndic a été créé et un juge commissaire nommé.

Engagée après un protocole d’accord avec le syndicat de la Sotelgui, la procédure judiciaire rendait du coup caduc tout protocole signé avec les partenaires sociaux. D’autant plus qu’une clause de l’accord signé avec le syndicat indiquait que le plan social non exécuté avant le 30 juin 2013, était obsolète et, ouvrait selon toute logique la voie à d’autres négociations.

Qu’à cela ne tienne, le redressement judiciaire décidé après ces accords  aidait le gouvernement à rendre la patate chaude à la justice.

‘‘Le ministre des Postes et Télécoms, Oyé Guilavogui, pour des raisons inavouées a décidé d’agir en dehors de la procédure judiciaire’’, regrette un connaisseur du dossier.

Il réussit alors (au forceps ?) de faire ‘‘homologuer’’ les accords déjà caducs par le juge commissaire. Et c’est sur la base de ce protocole homologué qu’il engage le gouvernement à payer les indemnités de licenciement des travailleurs de la Sotelgui. Problème : Le licenciement qui aurait dû être prononcé dans le cadre de la procédure collective n’a pas été fait. Et donc jusqu’à preuve du contraire, les travailleurs de la Sotelgui sont encore sous contrat. Et méritent les douze mois d’arriérés de salaires sans compter les indemnités de licenciement.

En un mot ou en mille, Oyé aurait dû laisser la justice s’occuper de cette affaire en respectant le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs.

Aziz Sylla

Le syndicat ne veut pas de ce ”plan social” mais veut négocier 

A la Sotelgui, les travailleurs ne sont pas du tout en phase avec un communiqué publié (jeudi dernier) par le ministère des postes et télécommunications les invitant à se rendre au guichet pour le paiement du ‘‘plan social’’. S’irritant contre cette décision dont il conteste la légalité, le syndicat appelle les travailleurs à resserrer les rangs et à rester vigilant. Cependant, 24 contractuels dont la liste a déjà atterri sur la table du syndicat, auraient touché le jackpot.

‘’ Nous avons tenu une assemblée pour dire niet nous ne sommes pas d’accord pour le retrait de cet argent. Parce qu’on ne sait pas, c’est quel argent ‘’, explique Mohamed T. Sylla, secrétaire administratif du syndicat.

Alors qu’à ces dires, l’Etat doit 12 mois d’arriérés aux travailleurs de la société, le syndicaliste se dit confus quant il a entendu parler du plan social dans le communiqué du ministère. Car, le plan social est tout autre. ‘’Ça se négocie’’, déclare t-il avant de soupçonner un ‘‘plan’’ savamment orchestré par leurs détracteurs,  parce que : ‘’ Le plan social qu’ils initient, c’est de licencier, mettre tout le monde dehors et recruter leurs hommes ‘’.

Poursuivant dans son élan, il explique ce que sait que le plan social en situation de crise.

‘’ Quand une société est en faillite, économiquement ont réduit le nombre. Et notre cas, le ministre veut libérer tout le monde ’’, a-t-il déploré.

Il exhorte les employés de l’entreprise à s’abstenir à toucher à cet argent. Précisant ceci : ‘’ Après les arriérés de salaire, on peut venir à la table de négociation pour le plan social. Nous sommes prêts .‘’

Quant aux contractuels qui auraient pris d’argent, M. Sylla dresse plutôt leurs portraits.

‘’ Ce sont des petits contractuels temporaires, des gardiens de sites. Ils ne connaissent pas la gravité de ce qu’ils sont en train de faire. Il parait qu’on leur tend un papier de licenciement qu’ils signent’’, dit-il.

Pour régler le contentieux, M. Sylla n’écarte pour autant pas la piste d’une négociation avec les autorités.

‘’ Nous sommes en route pour la CNTG. Après le protocole du 12 mai dernier, on n’a négocié le paiement des arriérés de salaire. On ira demander où en sommes nous  ’’, dit-il.

Par ailleurs, Mohamed T. Sylla déplore l’état actuel de la société, au bord d’abîme. Malgré cette crise, il évoque la recette que la société génère pour l’Etat guinéen.

‘’ Nous avons notre fibre optique. Aujourd’hui, on ne veut pas en parler.  Il y a des particuliers qui utilisent ce produit qui génère des milliards de francs guinéens. En outre, toutes les sociétés sont sur nos pilonnes (environ 300 sites), l’argent qui y génère personne ne sait son utilité ’’, a-t-il déclaré.

Au plan social, les travailleurs tirent le diable par la queue. Complètement désemparés et désespérés, la plupart ne savent pas à quel saint se vouer. Après l’arrêt des activités de la société, Sitafa Touré, 30 ans de service raconte sa vie.

‘’ Il y a eu des foyers cassés. En 2010, ma femme m’a quitté  parce que ça n’allait pas. Quand ça ne va pas même ton enfant ne t’écoute pas. Nos enfants sont abandonnés dans la rue, la plupart n’ont pas terminé l’année scolaire, faute de financement. Certains ont été délogés. D’autres sont décédés parce qu’ils n’ont pas eu de moyens pour acheter leurs ordonnances.  C’est vraiment dommage !’’, s’exclame-t-il, amer.

                                                            Moussa Diawara

 

 

 

 

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