En « immersion gouvernementale » à Labé, Mamadou Ngnalen Barry, ministre de l’Agriculture, a, devant les cadres régionaux de son département et des producteurs, déclaré : « Nous voulons carrément sortir du cadre d’une agriculture de subvention ; nous pensons que ce n’est pas une agriculture. Parce que quand on annonce des subventions, des dons, tout le monde vient pour prendre, même ceux qui ne sont jamais allés dans un champ vont venir dire qu’ils sont des agriculteurs. Après on n’a pas le temps de distinguer, et ce sont ces gens-là qui ont des langues très mielleuses qui savent monter des dossiers, ils vont prendre l’argent et ne feront pas l’agriculture. Alpha Condé l’a fait pendant ses 10 années, ça n’a rien donné. Nous on veut carrément sortir de l’agriculture de subvention, on n’a pas de dons à faire c’est ça le message. »

Comme on le voit, l’ancien petit fonctionnaire de la Banque mondiale mélange allègrement des notions de subvention et don. Heureusement qu’il a été « recadré » par le premier ministre qui, à 85 km de Labé, à Tougué, a rassuré : « nous avons un grand programme agricole que nous avons commencé cette année. Mais comme vous le savez, nous venons d’arriver. Nous allons faire le maximum pour que cette campagne agricole que j’ai lancée à kankan, soit une réussite. Les engrais sont en route, ils viennent. Nous nous battons, les prix internationaux augmentent, parce qu’on ne fabrique pas d’engrais. Mais nous avons mis tous les efforts pour enlever toutes les taxes sur tout ce qui est intrant agricole. »

Faut-il rappeler à Nagnalen qu’ « enlever toutes les taxes », c’est subventionner ?

Par ailleurs, si le code des investissements guinéen fait du secteur agricole l’un des plus subventionnés de notre économie, c’est compte tenu de son rôle capital dans l’économie. Et la Guinée n’est pas le seul pays à le faire.

Notre ministre sait-il que l’agriculture américaine va recevoir en moyenne 4,8 milliards de dollars supplémentaires par an au cours des six prochaines années, si une nouvelle loi est votée en l’état ?

L’agriculture américaine a reçu l’année dernière un montant record de 20 milliards de dollars.

Que dire de la Politique agricole commune (PAC) qui est le premier poste de dépenses de l’Union européenne ? Elle a permis de distribuer 62,5 milliards d’euros aux 27 Etats membres en 2021. Et la France est de loin le pays qui en bénéficie le plus (10,21 milliards d’euros d’aides agricoles en 2021). Elle est suivie par l’Espagne et l’Allemagne qui reçoivent respectivement 7,7 et 6,8 milliards d’euros par an au titre de la PAC.

Pour tout dire, notre ministre qui apparemment, gobe les délicieux fruits de la Guinée (photo), -soit dit en passant, un fruit subventionné-, devrait comprendre qu’on ne gère pas l’agriculture selon les théories mal apprises des institutions de Bretton Woods.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com