Thierno Saidou Diakité, chroniqueur sportif, se réjoui du choix porté sur Lappé Bangoura pour le poste d’entraineur du Syli national senior. Même s’il ne le trouve pas suffisamment outillé pour assurer la formation de nos équipes techniques qui en ont grand besoin. Entretien…

Vous avez laissé entendre dans un de nos précédents numéros que l’équipe nationale guinéenne a besoin d’un entraineur de haut niveau, mais également au profil formateur. Le Comité de normalisation  finalement vient de désigner Kanfory Lappé Bangoura. A votre avis, Lappé est-il le bon choix…?

Thierno Saïdou Diakité : Le choix de Kanfory Lappé Bangoura qui est un compatriote nous réjouit à plus d’un titre. Parce que le Syli national revient à ses premières amours. Vous savez qu’on a eu quelques entraineurs guinéens, notamment maître Naby Camara, Aboubacar Titi Camara, Aboulaye Bangs, Mamady Souaré…. même Chérif Souleymane qui a conduit l’équipe à la CAN de 1980 au Nigéria. Donc à part cette parenthèse, on avait plus fait confiance aux expatriés, globalement aux Français. Aujourd’hui, le Syli national va être entrainé par un compatriote qui est Kanfory Lappé, qui certes, a tous les diplômes requis pour entrainer une équipe A. Mais le second aspect de ma préoccupation n’est pas satisfait. Moi, j’aurais souhaité d’avoir un entraineur de haut niveau, comme Lappé avec un profil de formateur. Est-ce que Lappé a les compétences pour animer les sessions de formation de nos entraineurs locaux, de nos encadreurs ? Mais selon ce que le secrétaire général Ibrahima Blasco à dit, Jean-Marc Nobio qui n’a pas été retenu, me semble  avoir lui, le profil de formateur, et qu’il va renforcer la direction technique nationale, si les discussions aboutissent. Pour justement assumer ce rôle de formateur de nos techniciens locaux, qui ont besoin d’apprendre. Globalement donc je suis satisfait du choix de Lappé et je souhaite qu’il gagne son challenge. C’est-à-dire qualifier pour la première fois la Guinée aux phases finales de la Coupe du monde.

Vous avez citez certains compatriotes qui ont managé l’équipe nationale de par le passé. Est-ce que leur passage a été reluisant ?

Peut être les plus méritants, qui ont entrainé le Syli national, il y a maître Naby Camara et feu Aboubacar Fofana Garencha, qui en 1977 ont conduit le Hafia football club au triplé en Coupe des clubs champions. Sans quoi du point de vue de l’équipe nationale type malheureusement aucun de nos compatriotes n’a pu hisser le Syli national à la consécration continentale.

Certains estiment que le choix de Lappé Bangoura a été influencé par des lobbys. Partagez-vous cette idée ?

Ha ! Ha ! Ha ! ça ce sont des rumeurs qui restent à confirmer. Effectivement on a eu vent de ces rumeurs. Mais moi je me dis que le Comité de normalisation a été suffisamment responsable, les cadres du ministère des Sports aussi ont été suffisamment responsables. Je pense qu’à ce niveau de la gestion du football, il y a une démarcation à faire entre la politique et la gestion purement sportive.

N’empêche qu’en Afrique souvent la politique influence souvent la gestion du football. J’imagine que la Guinée n’est pas à l’abri de cela, n’est pas ?

Oui on sait qu’il y a beaucoup d’accointances entre la politique et le sport en Afrique, surtout que lorsque l’équipe gagne les politiques récupèrent un peu, les succès à leur profit, c’est de bonne guerre. Mais à ce niveau de votre question, je vais observer une certaine prudence.

Pourquoi ?

Parce que c’est difficile de prouver que le Comité de normalisation a été influencé par le pouvoir politique, c’est difficile de le prouver.

Lappé a été choisi, en tant qu’observateur sportif du football guinéen. Sur quoi doit-il s’appuyer pour relever le défi qui lui est lancé?          

Une bonne question, la priorité pour Lappé, je pense il faut qu’il ressoude le groupe, qui a été quelque peu perturber par l’arrivée de Luis Fernandez. Je l’ai dit, je pense lors d’une de mes interviews dans vos colonnes. Au sortir de la CAN 2015, Michel Dussuyer avait laissé un bon groupe qui était complétif. La Guinée produisait du jeu plaisant et efficace, il fallait un peu quelque retouches pour qu’on puisse monter en puissance. A mon avis, aujourd’hui, Lappé avec l’aide du Comité de normalisation doit pouvoir contacter individuellement les joueurs qui évoluent à l’étranger. Pour qu’il ramène la sérénité, la confiance, l’engament, la disponibilité en faveur du Syli national. On a des binationaux, il faut les convaincre. On a des internationaux qui jouent dans des clubs professionnels, il faut les rassurer. Donc il doit aplanir ces difficultés, ces antagonismes qui existent entre certains joueurs. Et des clans qui sont constitués. Il ne faut pas se voiler la face, il y a des clans au sein du Syli national. Il faut donc qu’il ramène la sérénité dans les vestiaires et qu’il puisse convaincre chacun des joueurs de s’engager à jouer pour l’équipe nationale. Parce que l’objectif du Mondial 2018, c’est une campagne qui va être très dure. Nous avons des adversaires coriaces : la Tunisie, la République Démocratique du Congo et mais aussi la Lybie qu’il ne faut pas négliger. Donc chaque match  va valoir son pesant d’or. Il faut donc un engagement total, une mentalité de gagneur sur le terrain. Je pense que c’est ce qui doit être la priorité de Lappé.

Justement pour la mentalité de gagneur, pour beaucoup la plupart des joueurs guinéens en manqueraient, quand il s’agit de mouiller le maillot sous les couleurs nationales. Ils estiment que le nouvel entraineur du Syli national n’aura pas la tâche facile, si les joueurs eux-mêmes ne s’engagent pas?

Ça dépendra de la pédagogie et la démarche qu’il va entreprendre. Il faut qu’il soit très pédagogue, qu’il écoute beaucoup et qu’il puisse convaincre par des arguments pertinents. C’est un honneur pour un joueur d’arborer le maillot national. Il y a l’hymne national qui retentit, le tricolore national qui flotte dans le ciel. Je pense que ça n’a pas de prix. Et il faut que Lappé trouve les mots, les arguments pour que les joueurs acceptent de mouiller le maillot pour le pays.

Beaucoup de joueurs guinéens, dit-on, évolueraient à travers le monde. Mais que les managers qui se succèdent au sein de l’équipe nationale ne se seraient pas investis pour les copter. Dans ce sens qu’est-ce que vous pouvez suggérer à Lappé?

C’est un avis personnel que je donne, je pense que pour donner la chance à tous les joueurs qui ont fait leurs preuves dans leurs championnats respectifs, c’est de faire comme ce que l’ancien entraineur de l’équipe, Aimé Jacket avait entrepris. Ce dernier lorsqu’il préparait le Mondial 1998, chez lui en France, il avait créé deux équipes : l’équipe A et A’. Deux équipes nationales avec des joueurs interchangeables à tous les postes. Je pense que là, il n’y aura pas de frustrations, et ça va créer une espèce de concurrence qui permettra à Lappé de choisir le moment voulu, les joueurs les plus aptes à se mouvoir dans son schéma tactique et dans son plan de jeu.

Pour finir, M. Diakité, qu’est-ce que le Comité de normalisation est-il en train de faire, afin de permettre au nouvel entraineur du Syli national de Guinée de réussir ?

Le Comité de normalisation pour permettre à Lappé d’atteindre l’objectif qu’on lui a fixé, c’est de considérer Lappé comme si c’était un expatrié qui était à la tête du Syli national. Qu’il n’y ait pas de différence, pas de prérequis, ni de préjugés. C’est l’entraineur national, qu’on lui crée toutes les conditions : financières, matérielles pour qu’il puisse négocier les matches, qu’il puisse voir les joueurs qu’il veut; qu’il puisse faire les entrainements dans les conditions qu’il veut. On lui a imposé les termes de références à savoir la qualification pour la Coupe du monde 2018. Alors si le Comité de normalisation voudrait  que cet objectif se réalise, il faut qu’on lui crée toutes les conditions : matérielles, financières et morales. Je pense que c’est ce qui pourrait permettre à Kanfory Lappé Bangoura de réussir.

le démocrate

Entretien réalisé par Richard TAMONE            

 

 

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