Mamady Kaba, président de l’INIDH lors d’un point de presse, tenu jeudi dernier, a abordé plusieurs sujets d’actualité portant sur les droits de l’homme dans notre pays. Dans sa sortie, Mamady Kaba a déploré la pratique de la torture, la recrudescence du viol et le fait que l’Etat guinéen fasse du deux poids deux mesures dans le traitement de ses sujets.

Du respect des droits humains en Guinée

Sincèrement, je suis très gêné  de répondre à la  question, pour la simple raison que la réponse sera tout simplement un mea-culpa. Hier, nous avions pensé qu’il ya eu beaucoup de progrès, notamment qui est dans un volet qui est celui de la torture. Je faisais partie moi-même de ceux qui étaient très optimistes, de ceux qui pensaient que le phénomène avait pris du recul, mais aujourd’hui je suis au regret de constater avec les vidéos qui ont circulé, que la torture n’a pas reculé. Que la pure forme de torture continue d’être pratiquée dans notre pays. Ce qui m’a indigné, ce n’est pas dans les centres réguliers de détention qu’elle est pratiquée mais elle est délocalisée pour être pratiquée à l’abri des regards. Ça,  c’est très inquiétant parce que quelque soient les efforts que nous allons fournir, les gens ont les moyens de délocaliser le traitement des détenus et aller les traiter à l’abri de tous les regards, dans des endroits qui ne sont pas indiqués pour la détention. Je crois que les efforts seront vains. Aujourd’hui dans certains domaines oui, des avancées telles que la reforme du secteur de la sécurité ou maintenant pendant les manifestions, nous n’avons pas des militaires dans la rue et qui ne nous empêchent pas d’avoir des morts. Aujourd’hui nous sommes dans l’obligation de nuancer ces avancées là, pour la simple raison que nous avions toujours pensé que le pays à cause de son faible niveau de développement n’était capable de mener une enquête à terme parce que toutes les violations de droits de l’homme qui ont été perpétrées  pendant les manifestions pacifiques, alors ces violations là des enquêtes ont été toujours ouvertes, mais n’ont jamais abouti à quelque chose de satisfaisant. Nous avions toujours accusé du fait que ce sont les moyens de l’état qui sont faibles. Aujourd’hui nous sommes très humiliés que le meurtre du journaliste au siège de l’UFDG, les enquêtes sont allées très vite, et très rapidement les présumés auteurs ont été arrêtés et cela nous a permis de remettre en cause la perception que nous avions sur le fait. C’est le manque de possibilités, de capacités qui étaient à l’origine du non aboutissement des enquêtes. Aujourd’hui avec l’accélération des enquêtes sur le cas  Mohamed Koula Diallo, nous avons compris que nos structures ont la capacité de mener une enquête vite et bien, alors pourquoi les enquêtes sur le journaliste sont allés si vite; tandis que les personnes qui ont été tuées pendant les manifestations pacifiques,  nous n’avons jamais eu des résultats sur les enquêtes. Nous n’avons jamais eu des personnes interpelées. Que se soit au niveau des forces de l’ordre, que ce soit au niveau des citoyens pour dire voilà les présumés auteurs que nous avons arrêtés dans le cadre du meurtre d’un citoyen pendant une manifestation pacifique.

Aujourd’hui beaucoup sont des observateurs qui comme nous, sont obligés de donner raison à l’opposition qui pense que quand une enquête est en sa faveur l’enquête piétine et traine les pas, et quand l’enquête se faite contre elle, elle va très vite. Alors ça c’est très gênant, c’est très frustrant.

Je vais vous rappeler quelque chose, dans notre pays les manifestations de rue, les manifestations pacifiques, sont les seuls moyens dont disposent les partis politiques, la société civile ou d’autres groupes organisés pour exprimer leur mécontentement au pouvoir en place. Et toutes les démocraties ont un pilier de ce type pour empêcher que les acquis démocratiques ne soient remis en cause. Aux Etats-Unis par exemple, les populations ont le droit de détenir les armes. Ça c’est pour empêcher que le gouvernement ne se transforme en tyran   pour remettre en cause les acquis démocratiques… Chez nous, nous n’avons pas le droit de porter les armes, mais nous avons le droit de manifester pour exprimer notre mécontentement face au comportement de nos dirigeants. Alors, quand ces manifestations doivent se tenir, il est de l’obligation de l’Etat, de prendre toutes les mesures pour qu’il n’y ait pas de bavures. Cela suppose que les forces de sécurité travaillent avec les états-majors des partis qui organisent les manifestations, pour qu’ensemble les bavures soient évitées. Mais s’il ya les bavures, l’Etat a l’obligation de retrouver les auteurs parce que les bavures ne doivent pas arriver.

Aucun manifestant ne doit être tué; aucun manifestant ne doit être blessé, et rien ne justifie le meurtre, la tuerie d’un citoyen. Quand un citoyen est tué, quelles que soient les circonstances, l’Etat à l’obligation d’élucider la mort surtout si c’est lors d’une manifestation pacifique. Alors nous arrivons à la conclusion selon laquelle, la justice a beaucoup d’efforts à fournir.

Parce que ce n’est pas seulement le travail de la justice qui est important mais c’est le regard que le bénéficiaire de service de la justice porte sur l’institution judiciaire. A mon avis, ça c’est plus important que le travail lui-même, parce que le travail est fait pour bénéficier, pour profiter à des citoyens. Si une partie de citoyens à un regard négatif à l’endroit de l’institution, si une partie de la population pense que l’institution ne travaille pas en sa faveur, mais contre elle et qu’une autre partie pense qu’elle est bien, elle travaille. Nous avons alors une société à deux vitesses. Cela n’est pas en faveur de l’unité nationale et de l’Etat de droit. L’Etat de droit suppose que tous les citoyens aient le sentiment d’être traités de la même manière, et cet effort là est un effort obligatoire de la part non seulement de l’institution de l’Etat mais de tout le gouvernement.  C’est-à-dire le gouvernement a même l’obligation à travailler, à aider  ceux qui ne l’ont pas élu,  c’est-à-dire ceux qui ont carrément voté contre le président, doivent se sentir  traiter de la même façon que ceux qui ont voté pour le président, à plus forte raison des institutions étatiques qui sont dirigées ou qui sont gérées par les gens qui ne sont pas élus, mais qui sont nommés, mais subsistent, qui survivent au président et au gouvernement.

Le président et le gouvernement passent mais l’Etat reste. Alors les structures de l’Etat doivent faire tout l’effort possible pour que l’ensemble de la population ait un regard à peu près égal sur sa façon de travailler. Ce n’est pas normal qu’une partie pense qu’elle n’est pas concernée par le bon fonctionnement de la justice et que la justice ne fonctionne bien que quand  c’est l’autre partie qui est concernée. Ça  ce n’est pas du tout bien. Qu’une population évolue à double vitesse. Une partie qui pense que les choses se passent bien quand c’est elle qui est concernée et l’autre partie ait l’impression que les choses vont mal quand c’est elle qui est concernée.

A mon avis la réforme de la justice doit se focaliser sur l’ensemble des activités qui permettent de donner à l’ensemble de la population une perception à peu près égale de l’institution, qui doit mettre toutes les populations au même pied d’égalité. C’est la même chose pour nous, nous n’échappons pas à la règle. Nous avons l’obligation de faire tout l’effort qui est nécessaire pour que la population ait à peu près la même perception de ce que nous voulons faire ou de ce que nous faisons. Aujourd’hui je ne suis pas sûr que c’est le cas, il ya beaucoup de citoyens qui ne nous font pas confiance, qui pensent que nous sommes trop proches du pouvoir, que le président est trop proche du président de la république. ‘’Donc nous n’avons pas confiance en lui, il ne fera pas ce que nous voulons.’’ Je comprends bien leur malaise et les éléments d’appréciation que les gens utilisent. Chacun a le droit de se référer à quelque chose, quand vous avez eu l’information, ça vous permet d’avoir la perception de ce que vous avez devant vous. Personne n’a le droit de vous combattre pour ça, c’est la liberté d’expression. Et l’effort qui nous revient, c’est de prouver le contraire. Nous devons travailler petit à petit à convaincre les sceptiques que nous sommes capables malgré tout ce qu’on pense de nous, ou malgré toute l’image que nous projetons, que nous sommes capables de nous dépasser, de dépasser nos faiblesses, de dépasser nos liens personnels, pour nous comporter en institution capable de traiter les populations au même pied d’égalité, en institution capable de régler des problèmes, même si c’est à notre propre détriment ou au détriment de nos familles, ou de nos amis. C’est quand nous parviendrons nous même   à donner cette impression que nous deviendrons une institution nationale. C’est pourquoi ma détermination pour que cela arrive est totale.

C’est vrai  aujourd’hui, il n’y a que le discours que nous avons, mais peut être quand nous aurons les moyens de poser les actes, j’ai l’intention pour que cette perception, ce scepticisme qui existent au niveau de certaines  populations, c’est parfois justifié hein,  c’est parfois lié à des comportements que j’ai eus ou que le discours que nous avons tenu,  que les gens ont interprété, peut être c’est parce que nous avons voulu dire ou ce n’est pas ce que nous avons voulu exprimer mais si c’est comme ça que les populations ont compris notre travail, notre rôle n’est pas de nous opposer à ceux qui ont cette perception, notre devoir est de produire  d’autres discours susceptibles de changer  cette perception là, et de faire en sorte que toutes populations aient le même regard à notre endroit, et c’est à cela que je veux aboutir.

De la suppression du ministère des droits de l’homme

Bien ! Je pense que nous devons ensemble avoir une compréhension commune de la chose. Ma bataille c’est que l’institution fonctionne conformément à la mission qui lui est dévolue. Alors en tant que  président de l’institution, je réfléchis en tant qu’être humain pour identifier ce que j’estime être des obstacles pour que l’institution fonctionne normalement. Ce que nous avons accusé jusqu’à présent  c’est le manque de moyens. Beaucoup d’entre nous estimait que l’Etat est en train d’éparpiller des efforts, c’est important qu’il y ait beaucoup de structures dans le pays pour s’occuper de droit de l’homme. C’est un domaine assez vaste, qui a besoin de plusieurs acteurs et plusieurs intervenants. Nous en sommes véritablement conscients mais si une institution constitutionnelle est paralysée uniquement par manque de moyens, et quelle estime que l’Etat éparpille les moyens, nous avons estimé que l’Etat a l’obligation de ne plus éparpiller les moyens, de les mettre au service de la volonté constitutionnelle. La politique est exprimée par la constitution. Une institution indépendante qui travaille à protéger et à promouvoir l’ensemble des droits et des libertés sur le territoire national, alors cette institution ne doit pas être handicapée par le manque de moyens. Car la loi oblige le gouvernement à travers l’assemblée nationale à  nous octroyer des crédits nécessaires à notre fonctionnement.

Des crédits octroyés à l’INIDH

Bon ! Ce n’est pas très effectif, l’année dernière nous avons été inscrits  dans le  budget rectificatif qui a été voté. Pour nous  accorder du crédit, mais que nous n’avons pas obtenu. Cette année du crédit nous a été apporté par l’assemblée nationale Du crédit qui est apporté pour les nouvelles institutions nous a été accordé. Avec une première tranche représentant près de ¼  à peu près a été mis à notre disposition, et nous attendons des moyens plus conséquents, c’est un début mais ce qui a été octroyé, si nous avons pu obtenir tout ça cette année, c’est un bon début. Mais ce qui est important c’est que le crédit qui est alloué, le crédit qui nous est alloué représente peut être moins de 1/10 ou pas moins de 1/20, de ce dont nous avons besoin pour démarrer véritablement nos activités, et c’est pourquoi nous lançons un appel pressant à l’endroit de la communauté internationale pour qu’elle vienne en aide, pour aider l’institution à avoir les moyens dont elle a besoin quel que soit le nombre de structures qui est créé, l’institution nationale indépendante des droits humains demeure le phare en matière des droits humains. Et cela à cause de la volonté exprimée par le peuple de Guinée dans la constitution guinéenne. Et donc puisque c’est la constitution qui a exprimé ce besoin là, cette nécessité, nous ne pouvons pas changer la nécessité. Toutes les autres institutions qui se mettront en place quelques soient les départements, quelques soient les structures qui se mettront en place, toutes ces institutions viendront appuyer l’institution des droits de l’homme pour prendre en charge la protection et la promotion de l’ensemble des droits humains en république de Guinée.

Vous savez les crédits peuvent venir des bailleurs de fonds mais puisque c’est une institution d’Etat, parfois les bailleurs hésitent d’intervenir, si l’Etat ne vient pas en premier lieu. Si c’est une ONG les bailleurs interviennent directement, parfois sans problème, mais quand il s’agit d’une institution d’Etat surtout une institution constitutionnelle, les bailleurs sont un peu prudents parce qu’ils ne veulent pas aller plus vite que l’Etat qui a crée l’institution.

Du processus de  réconciliation nationale 

Vous savez cette question de réconciliation nationale, nous avions travaillé avant même la transition. Nous avions dit que la réconciliation nationale devait être une priorité parce que nous avions estimé que la Guinée avait une particularité.  Personnellement, j’ai dit qu’il y avait deux façons horizontales, deux catégories des problèmes, les grands problèmes, les évènements de camp Boiro, les grands problèmes qui ont blessé les populations. On a ces grands groupes de problèmes à régler, et il ya des problèmes qui existent à travers le pays qui causent des morts, pratiquement chaque année. Et la haine existe entre les peuples qui cohabitent et ces problèmes qui ne sont pas aussi connus aussi médiatisés que ce que nous appelons grands problèmes. Alors ces problèmes empêchent de vivre ensemble et pour des petits problèmes, les gens profitent pour extérioriser la haine qu’ils portent entre eux et les gens s’entretuent. Alors, nous avons dit que l’Etat a l’obligation de régler aussi ces problèmes, de réconcilier les populations qui vivent ensemble depuis des siècles mais dont un problème a pu créer une division qui continue de provoquer des morts et des blessés chaque année. Nous avons dit que l’Etat doit aussi régler ces problèmes. Donc des problèmes qui sont toujours connus et des problèmes qui ne sont connus. Donc pour cela l’Etat devait faire la réconciliation en deux phases. La première phase consistant à identifier à travers le pays, tous les problèmes qui existent et qui poussent les populations à s’entretuer régulièrement. C’est souvent les problèmes de terres, c’est souvent les problèmes de pouvoir, des problèmes sociaux, culturels etc… Et donc l’Etat doit identifier l’ensemble des problèmes qui empêchaient les Guinéens de vivre ensemble, et d’avoir l’opinion de ces mêmes populations sur les réponses qu’elles attendent, qu’elles attendent de l’Etat. Quand l’Etat aurait répertorié l’ensemble des problèmes qui existent dans le pays, et l’ensemble des solutions préconisées par les populations elles mêmes, alors, il appartiendrait à l’Etat d’organiser une réflexion. Pour que l’élite nationale réfléchisse sur les problèmes qui ont été identifiés et les solutions qui ont été préconisées, afin d’aboutir à une structuration des problèmes.

Et la commission ou la structure qui doit être créée pour amener les gens à appliquer les recommandations qui ont été retenues pour chaque problème. Et donc une première structure. Nous, nous avions préconisé au départ pendant la transition, que la première structure devait être une structure purement scientifique. Que des scientifiques, des sociologues, des juristes et des défenseurs des droits de l’homme soient coptés pour faire  le tour du pays, pour identifier les problèmes et identifier les désidérata des populations et faire ensuite un rapport dans lequel les problèmes sont compilés et les solutions préconisées. Et que, en fonction de ces rapports, qu’il y ait une structure spéciale créée, peut être une commission ou d’autre chose  qui soit crée pour appliquer des recommandations faites par des groupes d’experts qui ont identifié les problèmes.

Voilà l’esprit dans lequel, nous nous étions exprimés. Bon ! J’ai cru comprendre que des consultations nationales sont actuellement en cours et que la commission provisoire va rendre son rapport au président. Si le rapport contient l’ensemble des problèmes qui existent à travers le pays et pour lesquels les gens s’entretuent, et que les solutions sont préconisées, alors la commission mise en place devra tout simplement mettre en application pour chaque problème, identifier les recommandations qui ont été retenues. Mais les problèmes et leurs solutions ne peuvent provenir que des populations. L’accord d’identification avec les populations, la mise en œuvre avec la population elle-même parce que c’est la population qui se réconcilie avec elle-même. Donc on ne peut pas décider à la place de la population pour travailler à la place de population. La commission qui va être mise sur pied sera juste un guide pour amener les populations à se réconcilier entre elles.

Si vous avez demandé que bon moi je suis prêt à pardonner  parce que mon voisin lors d’une bataille, mon fils a été tué mais pour pardonner j’ai besoin d’une bouteille d’eau fraiche, alors est-ce que vous venez directement me voir pour me donner de l’eau fraiche, ce n’est pas avec vous que je dois me réconcilier. Vous amener la bouteille d’eau et celui qui a tué mon fils, vient et prend la bouteille d’eau et me la remet. Donc vous vous n’êtes qu’un guide,  c’est la population elle-même qui travaille à leur propre réconciliation.

C’est ce que nous avons pensé et nous espérons.

De l’ampleur du viol dans la cité

Oui ! ça  relève de nos compétences, le viol dans notre pays, j’ai pas envie de dire que c’est un phénomène culturel mais c’est un  phénomène soutenu par les éléments de notre culture. La pudeur qui est chez la femme, l’empêche d’exposer son corps, tout ce qui touche au corps de la femme en Guinée est tabou. Si vous remarquez quand une fille s’habille d’une certaine manière, le regard de la société est négatif. Ça  veut dire que le corps de la femme est sacré et la femme travaille à maintenir cette sacralité là. C’est ce qui fait que quand vous avez réussi à violer une femme ou une fille, elle n’en parle plus. Si vous l’avez violée, elle n’en parle pas parce que c’est le silence qui la protège. En venant au quartier dire que  ya tel qui m’a violée, on ne vous voit plus comme une victime, on vous voit comme une viande souillée. Parmi toutes les familles qui ont su que vous avez été violée, aucun fils ne vous prendra en mariage. Et quand vous voulez une fille en mariage, votre propre famille vous dit  ‘’c’est une pute’’. Quand vous demandez, on vous dit non ! Non ! Même l’homme qui était en haut là-bas, l’entretenait, et elle est venue dire qu’elle a été violée.

Donc le fait pour la femme d’exprimer sa souffrance de viol, la culpabilise et la fragilise dans la société. Alors ça pousse la femme à entretenir le silence. Par compte c’est quand la tentative de viol a échoué que la femme peut s’exprimer pour dire il ya tel qui a tenté de me violer. Parce que là ça prouve qu’elle est brave, elle est courageuse. Elle est une femme digne, elle se bat, elle maintient sa dignité. Tout le monde va dire ah oui,  ça c’est une femme qui ne veut pas se laisser faire. Et celle qui a été violée n’est pas vue comme une victime mais comme un coupable. C’est une trainée, c’est une femme souillée, et donc aujourd’hui le combat contre le viol est un combat très compliqué. Il faut que la société guinéenne change la façon de percevoir une femme violée, en la considérant simplement comme une victime, mais pas comme une coupable. Et tant que les femmes violées continueront d’apparaître aux yeux du monde comme des coupables, nous n’aurons pas de solutions contre les viols parce que le violeur n’a aucun effort pour se protéger, la femme elle-même fait tout l’effort pour le protéger par son silence, puisqu’elle ne s’exprime pas. Vous qui êtes le violeur, quel est l’effort que vous avez à fournir, normalement c’est vous qui devez acheter son silence. Mais c’est elle cette fois-ci qui a peur que vous en parliez. Pour ne pas qu’elle apparaisse comme une femme souillée. Alors l’effort de la protection du violeur est fourni par la victime elle-même. Parce qu’elle est perçue par sa propre communauté comme une coupable et non comme une victime. Et donc ce qui est important, c’est que nous préconisions  qu’il y est une réflexion nationale sur le viol. Que des voies et moyens soient définis pour que les femmes violées ne gardent pas leurs souffrances dans le cœur jusqu’à la mort,  qu’elles aient une opportunité de l’exprimer, tout en conservant leur  dignité et que le coupable soit retrouvé, jugé et puni sans que la dignité de la femme ne soit remise en question.

Dès que les femmes auront la preuve qu’elles peuvent extérioriser leurs souffrances et être protégées contre ce regard négatif de la société, elles vont lutter contre leurs violeurs,  parce que les viols font partie des plus graves humiliations que les femmes subissent et quand vous arrivez dans un pays ou la guerre est intervenue, quand vous discutez avec les victimes de viol, qui s’expriment vous avez les larmes aux yeux,  parce que vous sentez dans leurs paroles des blessures assez profondes, des blessures que vous mêmes vous ne pourrez jamais guérir quelque soient les moyens que vous avez. Donc à mon avis, il est important qu’il y ait une réflexion nationale sur les moyens de pousser les victimes de viols de s’exprimer, tout en gardant la protection sur le regard négatif de la société.

Des rapports de l’INIDH avec les institutions de droits de l’homme sous régionales

Nous sommes affiliés pratiquement à tous les réseaux nationaux des droits de l’homme : le Réseau Ouest Africain, le Réseau Mondial des Institutions des droits de l’Homme. Et je vous ai rappelé que nous sommes une création d’une résolution des Nations Unies.  L’Assemblée générale des Nations Unies a voté une résolution pour la création des institutions des droits de l’homme. Donc tous les pays obéissent à cette résolution là, en mettant en place des institutions dans leurs propres pays et donc toute la scène des Nations Unies, toutes les agences des Nations Unies sont à notre  service et à notre écoute parce que  nous sommes une création d’une résolution des Nations Unies. Et donc toutes les possibilités dont disposent les Nations Unies sont à notre portée. Normalement quand l’institution fait des rapports, si nous saisissons le président de la république par exemple, pour  lui demander de ne pas promulguer une loi qui viole  des dispositions, qui viole des droits humains.  C’est bien. Si le président ne peut pas nous satisfaire, nous tentons d’influencer l’assemblée nationale pour obtenir un vote en faveur de notre préoccupation. Si nous ne l’obtenons pas, nous saisissons la Cour Constitutionnelle pour ne pas reconnaître par exemple la conformité d’une telle loi que la constitution, pour la simple raison que la loi dans telle disposition viole les droits humains. Que la Cour Constitutionnelle ne nous écoute pas, alors nous mentionnons dans un rapport que nous rendons d’abord public pour informer le peuple de Guinée. Pour dire voilà ce qui se passe,  voilà notre constat. Et ce rapport nous le renvoyons à toutes les institutions des droits de l’homme. Nous l’envoyons à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples qui statue dessus, qui peut voter une résolution conformément à ce que nous avons dénoncé dans le rapport. Et les Nations Unies reçoivent notre  rapport de la même manière que le conseil reçoit le rapport des Etats. Nos rapports ont pratiquement plus de forces que les rapports des Etats aux Nations Unies parce que nous sommes une création des Nations Unies.

C’est pourquoi les Nations Unies se battent pour que ces institutions soient efficaces et indépendantes. C’est pourquoi le comité d’accréditation des Nations Unies donne le statut A à toutes les institutions qui remplissent un standard minimum  d’efficacité. Si vous avez le statut A, votre rapport est pris en compte automatiquement par les Nations Unies et des résolutions peuvent être prises en fonction de votre rapport. Et les Nations Unies et tous les Etats partis contribuent à lutter contre le phénomène que vous avez noté. C’est pourquoi, il est important que toutes les institutions travaillent à leurs propres indépendances et à leurs efficacités. Ce n’est pas pour quelqu’un que ces institutions le font, mais c’est par rapport à leurs propres environnements. Quand vous arrivez n’importe où, vous n’avez pas le même traitement que d’autres institutions qui ont le statut A.

Par exemple nous en Afrique de l’Ouest, le pays moteur c’était le Sénégal qui portait nos préoccupations aux conseils des droits de l’homme ainsi de suite, parce que c’était le plus grand pays en matière de droits de l’homme de la sous région. Mais le fait que le Sénégal ait été rétrogradé au statut B, ne lui donne pas le même poids qu’à d’autres pays anglophones qui ont le statut A.

Et ça fait donc que les pays anglophones ayant le statut A, étant plus nombreux que les pays anglophones ayant le statut A, vous comprenez aisément que les pays anglophones soient plus influents en matière des droits humains que les pays francophones. Et donc le fait pour un pays de travailler à améliorer son institution, ce n’est pas un luxe, c’est l’image du pays. Quand un pays a son institution parmi l’ensemble des institutions du monde et que le pays a un statut B, le pays n’a pas le même poids que les pays qui ont le statut A. Donc la respectabilité de ces pays là n’est pas la même chose donc. Chaque pays en voulant être influent sur le plan international travaille à améliorer son institution au point que son institution ait le statut A.

De la perception du Premier ministre de l’INIDH

Quand le Premier ministre avait rendu visite à toutes les institutions, sauf à la notre, après sa nomination, cela avait crée un très grand malaise à mon niveau. Mais la dernière fois que j’ai eu le Premier ministre à l’assemblée, je lui ai fait le reproche, et il a expliqué. Il a dit que non ! Que c’était juste un problème d’agenda et de calendrier, et qu’il va travailler pour réparer ça dès que possible. C’est ce qu’il a dit.

De la démission du commissaire Aliou Barry

La démission d’Aliou Barry n’est pas du tout nouvelle.  Dès que l’OGDH a démissionné, Aliou Barry m’a personnellement exprimé sa volonté de démissionner parce qu’il m’avait dit qu’il souhaitait aller à la Cour Constitutionnelle, et que s’il ne partait pas à la Cour Constitutionnelle, il allait démissionner. Il m’a même écrit pour me dire cela. Ça il ya plusieurs mois déjà. J’étais en Banjul pour la commission des droits de l’homme, j’ai contacté par le réseau africain pour inscrire notre institution au rang, au registre des institutions africaines des droits de l’homme. Quand j’ai formulé la demande j’ai discuté avec les dirigeants, quelques jours après j’ai vu la réaction écrite d’Aliou Barry. Et dans ce courrier Aliou Barry m’a dit qu’il a démissionné de l’institution des droits de l’homme, que parce que et parce que……Il a dit que c’est parce ce n’était pas conforme aux principes de Paris, et puis beaucoup de choses. Qu’il n’était pas content de la manière dont ceux qui sont partis à la Cour Constitutionnelle ont été désignés, et que je ne l’avais pas suffisamment soutenu. C’est ce qu’il a écrit dans le courrier et moi je lui ai répondu que ce n’est pas de cette manière que tu dois m’annoncer ta démission. Je ne suis pas au courant de la démission. Maintenant par rapport aux règlements intérieurs je dis que le règlement intérieur devait corriger l’institution pour l’adapter au principe de Paris. Mais le règlement intérieur Aliou Barry tu faisais partie du comité restreint qui a travaillé à la rédaction du règlement intérieur. Nous l’avions adopté en plénière. Tu étais là, et donc dire que le règlement contient des dispositions, je ne comprends pas…           

Alpha Amadou Diallo                               

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