Le coup de force réussi par le colonel Doumbouya et le Comité national du rassemblement pour le Développement (CNRD), le 5 septembre dernier, continue de susciter un grand enthousiasme au sein des populations qui avaient l’impression, depuis maintenant des décennies, d’être les jouets d’un sort implacable et à la merci de pouvoirs jugés généralement incompétents et insensibles à leur mal-vivre.

D’un autre côté, ce 5 septembre semble avoir sonné aussi le réveil de tous les vieux démons de la délation, refait le lit des dénonciations calomnieuses et réactivé des réflexes dignes de l’inquisition qui, dans un passé lointain (et récent), ont conduit à des tragédies et à des gâchis dont la Guinée aurait bien pu se passer.

Un phénomène devenu de nos jours plus dévastateur à cause de l’influence sans cesse grandissante des réseaux sociaux, et des agissements de certains médias qui ne s’encombrent pas de scrupules, qui foulent aux pieds, sans état d’âme, les règles les plus élémentaires de l’investigation journalistique.

En bonne place parmi ces derniers, il y en a un qui s’illustre particulièrement depuis le renversement du régime défunt. De la fable à propos d’un ministre qui aurait été arrêté à la frontière avec la Sierra Leone en possession de centaines de milliers d’euros, à la baliverne qui voudrait faire avaler qu’un autre possède rien qu’à Conakry plus d’immeubles que la ville n’en compte, ce média qui prétend révéler « confidentiellement » ce qui se trame derrière les lambris des présidences en Afrique, charrie à longueur de publications des fake news plus loufoques les unes que les autres.

Des flots de fausses informations à « saouler » ceux qui n’ont pas la lecture lucide.

Une prose infecte que l’écrivain Monénembo ne semble pas pourtant dédaigner. On dirait même qu’il en raffole, au point de la relayer en se réfugiant derrière la formule : « si on se fie…. »…

Aveuglé par la haine qui le ronge, on peut être certain que s’il ne tenait qu’à lui, les premiers bûchers seraient déjà érigés aux quatre coins de Conakry. Sans audits, sans enquêtes, sans justice. Même pas besoin d’acheter quelques litres d’essence, les fonds de bouteilles d’alcool qui tapissent probablement sa chambre à coucher pourraient suffire pour les embraser.

C’est vrai que l’explication d’un tel comportement est plus à chercher dans la frustration d’un militant camouflé, que dans les ravages de l’alcoolisme. Comme lui, ils sont légion ceux qui ont choisi de juger sans connaître, accuser sans savoir.

En dépit de la sérénité qu’affichent le nouvel homme fort de Conakry et les responsables du CNRD, et leur détermination à éviter toute chasse aux sorcières, à n’user en cas de délits, crimes et autres infractions avérés, que de la balance et  du glaive de la justice, les adeptes de l’inquisition font feu de tout bois : les lettres anonymes pleuvent, les dénonciations sur fond de règlements de comptes se multiplient, les directeurs et leurs collaborateurs se regardent en chiens de faïence, dans les quartiers on guette le moindre mouvement devant ou derrière la porte cochère de son fortuné voisin, on tend une oreille attentive aux colporteurs de rumeurs, on jubile rien qu’à l’idée de voir untel dans de sales draps…

Comme avec ceux des gouvernements et régimes précédents, l’on ne peut écarter a priori l’idée que des ministres d’Alpha Condé se soient rendus coupables de prévarication, ou aient participé à des actions répréhensibles, et qu’ils devraient par conséquent être soumis à la reddition des comptes.

Mais pour le moment, on devrait se fier à ce que le CNRD vient de réaffirmer, à travers la récente conférence de presse animée par le ministre secrétaire général à la Présidence : « à ce stade nous ne sommes pas en mesure de vous dire qu’il y a eu détournement ou malversation financière. » Avant d’ajouter que si de tels cas étaient avérés, des sanctions fermes ne manqueront pas de tomber. Avec, bien sûr, comme unique boussole Dame Thémis.

Ali Yattara