L’opposition a réussi un véritable tour de force lundi dernier. Celui de paralyser la capitale Conakry, même si ses partisans n’ont pu investir la moindre commune de la ville, comme elle l’avait promis. Mais est-ce que c’était là d’ailleurs ses véritables intentions ? S’il faut être une tête brûlée du genre Bah Oury pour s’imaginer que cette agitation-là pouvait déloger l’hôte de Sékoutouréya, dans l’esprit des leaders de l’opposition dite républicaine il s’agissait, à minima, de montrer sa force, pousser le pouvoir à la faute (usage d’armes non conventionnelles, morts par balles, violations des droits humains, etc.),  et attirer le regard de la communauté internationale sur la crise guinéenne.

Grosso modo on ne peut pas dire qu’elle ait échoué : jusqu’au mercredi le trafic routier avait du mal a retrouver son niveau habituel, certaines boutiques restaient encore fermées, des médias internationaux passaient en boucle la situation à Conakry en parlant d’au moins un civil tué et de nombreux blessés par balles. L’on se demande ce qui serait advenu ce jeudi si, au lieu de céder à l’euphorie, ses principaux leaders n’avaient pas improvisé en demandant de reconduire la marche le lendemain, mardi, au lieu de s’en tenir à leur programme initial.

Cependant, même si son image a été torpillée, le pouvoir est loin d’avoir perdu la guerre que vient de lui déclarer l’opposition dans sa logique insurrectionnelle. D’abord, la réaction de ceux que les médias ont appelé les “contre-manifestants” prouve que le président Condé n’est pas aussi impopulaire que le clament ses contempteurs. Ensuite, la gestion de l’événement par le gouvernement qui n’a pas cédé à la panique, mais plutôt multiplié les appels à l’apaisement et tendu, de nouveau, la main à l’opposition pour une relance du dialogue. Mais ses atouts les plus précieux dans ce bras de fer, résident surtout dans le caractère confus, brouillon et contradictoire de la démarche de Cellou Dalein Diallo et de ses pairs.

Ici et ailleurs, les observateurs de la scène politique guinéenne ont du mal à comprendre ce désir secret (en fait un secret de polichinelle) de repousser aux calendes guinéennes (qui pas plus que les grecques n’existent pas) la présidentielle, juste pour mettre dans une position d’illégalité l’actuel chef de l’Etat, et voir éventuellement s’ouvrir une nouvelle transition à l’issue incertaine.

Si les opposants se croient assez forts pour faire plier le pouvoir et la CENI, sur leurs exigences concernant les élections locales et la reprise du dialogue, alors pourquoi ne pas utiliser cette “force” pour imposer un scrutin présidentiel transparent et régulier ?

A travers la tenue d’élections certifiées par les Nations-Unies, par exemple. A moins qu’elle ne veuille donner raison au réalisateur américain Oliver Stone, qui estime que “c’est quand il n’y a plus rien à gagner ou à perdre que vous avez une guerre”.

Top Sylla

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