Censure

Adieu Maco : la plume s’éteint, l’héritage demeure (Par Ibrahima S. Traoré)

Journaliste engagé et homme de convictions, Abou Maco laisse derrière lui l’héritage d’une plume rigoureuse et d’un combat constant pour la vérité.

C’est avec le cœur lourd, habités par une profonde tristesse, que nous avons rendu, ce dimanche 22 mars, un dernier hommage à un homme d’exception, Abdoulaye Sankara, que beaucoup d’entre nous connaissaient sous le nom d’Abou Maco.

Né en 1971 en Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso, Abou Maco a très tôt embrassé les chemins du savoir, de la transmission et de l’engagement. Enseignant de français dans son pays natal, il portait déjà en lui cette passion pour les mots, cette rigueur intellectuelle et ce sens du devoir qui allaient marquer toute sa vie. Très vite, le journalisme et le militantisme sont venus compléter son parcours, comme une évidence, comme une vocation.

En 1996, le destin le conduit en Guinée, cette terre qu’il fera sienne, cette terre qu’il aimera profondément. Il y est recruté par le groupe de presse L’Indépendant, marquant le début d’un parcours professionnel remarquable. De La Nouvelle Tribune à Le Diplomate, de L’Observateur à La Vérité, en passant par Le Soleil, partout où il est passé, il a laissé une empreinte indélébile, celle de l’excellence, de la rigueur et de l’intégrité.

Son travail et son dévouement l’ont conduit jusqu’au bureau de presse de la Présidence de la République en 2010, reconnaissance ultime d’un parcours bâti sur l’effort et le mérite.

Mais au-delà de l’homme de plume, au-delà du professionnel accompli, Abou Maco était un homme de caractère. Tous ses  collaborateurs le décrivent comme un bourreau de travail. Et jusqu’à ses derniers instants, il est resté fidèle à lui-même : engagé, concentré, passionné. Travaillant encore, ordinateur et téléphone à portée de main, quelques minutes avant sa crise, comme si le repos n’avait jamais eu de place dans son agenda.

Ces derniers temps, il s’était fait une voix singulière sur les réseaux sociaux, répétant avec conviction qu’il faut ‘‘savoir avant de comprendre’’. Une phrase simple, mais profonde, à son image.

Abou Maco, c’était aussi une présence. Une prestance. Une rigueur qui frappait dès le premier regard. ‘‘Sérieux’’, disaient ceux qui le rencontraient. Mais derrière cette apparente austérité se cachait un homme difficile à enfermer dans une seule définition : exigeant mais juste, discret mais ferme, humble mais déterminé.

Il savait travailler en équipe, respecter chacun, donner sans compter. Il savait aussi s’indigner, hausser le ton quand il le fallait, défendre ses convictions avec une farouche détermination. Il était de ceux qui ne trichent pas avec leurs principes.

Sur sa page Facebook, il analysait l’actualité avec finesse, décryptant ce que d’autres ne voyaient pas, ouvrant des perspectives nouvelles, traçant des chemins que peu osaient emprunter. Il pensait, il questionnait, il éclairait.

Aujourd’hui, Abou Maco nous quitte. Il est inhumé à Lambanyi, pas loin de son Lambanyi Warya, mais très loin de la terre de ses ancêtres, loin de ses parents Nouhoun Sankara et Nabaloum Fatoumata. Mais il repose dans ce pays qu’il avait choisi, ce pays de son cœur, où il a construit sa vie, fondé sa famille, et laissé son empreinte.

Retenez qu’en nous quittant, il ne part pas seul. Il rejoint, dans l’éternité, ses compagnons de plume, ces grands noms avec lesquels il a tant partagé, tant construit, tant combattu par les mots : Aboubacar Condé, Thiernodjo Bebel et Siaka Kouyaté, entre autres. Là-bas, sans doute, la conversation reprend déjà, les idées s’entrechoquent encore, et la passion de l’écriture ne s’éteint jamais.

Il laisse derrière lui une épouse aimante, Dioumatenin Traoré, sa Tata, et des enfants : Fanta, sa Princesse, Aminata, sa Mina, et Cheick Ahmed Canal, son Canal. Sans oublier sa grande sœur, Aminata, qui est toujours venue le voir et qui est encore là pour accompagner son amour de frère à sa dernière demeure. À sa famille, nous adressons toute notre compassion, tout notre soutien, et toute notre affection en ces moments douloureux.

Nous rendons aussi un hommage à la communauté Burkinabè en Guinée au sein de laquelle, il jouait un grand rôle et celle-ci le lui reconnait.

Abou Maco n’est plus parmi nous, mais son œuvre, ses valeurs, et les souvenirs qu’il nous laisse continueront de vivre en chacun de nous.

Adieu, cher frère,
Adieu, cher parrain,
Adieu, homme de conviction.

Dors en paix, guerrier.