En politique, les promesses ont parfois la durée de vie des circonstances qui les ont vu naître. Les engagements pris hier peuvent devenir, aujourd’hui, de simples souvenirs embarrassants. C’est à la lumière de cette réalité qu’il faut observer la candidature annoncée de plusieurs membres du Conseil National de la Transition (CNT), parmi lesquels son président, Dansa Kourouma, aux prochaines élections législatives.
Pourtant, au début de cette transition, l’engagement semblait clair : les principaux acteurs de cette période exceptionnelle ne devaient pas être candidats aux élections censées marquer le retour à l’ordre constitutionnel. Une promesse de neutralité politique qui, visiblement, n’aura pas résisté à l’appel des urnes. Mais, à vrai dire, là n’est peut-être pas l’essentiel. Les revirements politiques ne surprennent plus grand monde.
La vraie question est ailleurs : les membres du CNT, et particulièrement son président, ont-ils produit un travail suffisamment convaincant pour solliciter aujourd’hui la confiance des électeurs ?
À cette interrogation, beaucoup de Guinéens pourraient répondre par la négative.
Car si le CNT avait pour mission de poser les bases institutionnelles d’une Guinée plus stable, plus cohérente et davantage en phase avec ses réalités, le résultat laisse un goût d’inachevé. L’exemple le plus frappant reste la nouvelle Constitution. Présentée comme un texte devant ‘‘nous ressembler et nous rassembler’’, elle apparaît, pour nombre d’observateurs, comme une construction institutionnelle mal articulée, traversée par des contradictions et parfois déconnectée des réalités socio-économiques du pays.
Comment comprendre, dans un contexte où les ressources publiques sont déjà sous pression, l’introduction d’un Sénat, avec tout ce que cela implique en termes de charges, de privilèges et de fonctionnement administratif ? Pour beaucoup, cela ressemble davantage à une multiplication des postes qu’à une réelle nécessité institutionnelle.
Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres des incohérences relevées dans un texte pourtant présenté comme le socle de la Refondation.
Alors oui, Dansa Kourouma a parfaitement le droit de briguer un mandat électif, tout comme ses collègues du CNT. Mais en démocratie, le droit de se présenter ne dispense jamais de l’obligation de rendre compte.
Au fond, la question n’est pas de savoir s’il peut être candidat, rappelons -le. La vraie question est de savoir s’il a réellement réussi son examen d’aptitude à continuer de légiférer au nom des Guinéens.
Et sur ce point, le débat reste largement ouvert.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
