Censure

Procès du meurtre d’Elhadj Hassimiou Diallo : accusations croisées et révélations explosives à la barre

Le procès des présumés assassins d’Elhadj Hassimiou Diallo s’est poursuivi, jeudi 30 avril 2026, au tribunal de première instance de Dixinn. Seize (16) personnes comparaissent dans le box des accusés. Elles sont poursuivies pour des faits présumés d’assassinat en bande organisée, détention illégale d’armes de guerre, participation illégale à une association de malfaiteurs, vol à main armée et recel.

À l’audience de ce jeudi, Mohamed Soumah, alias Passi, a été le premier à comparaître devant le tribunal. Il a fait une déposition à charge contre l’un de ses coaccusés, en l’occurrence Dako.

« Un jour, j’ai été appelé par un certain Dako pour me demander si je pouvais conduire une personne qu’il avait l’habitude de transporter. Je lui ai demandé pourquoi lui ne pouvait pas le faire. Il m’a répondu qu’il était souffrant et que la distance n’était pas longue. J’ai accepté. Il a donné mon numéro à cette personne, qui m’a ensuite appelé. Nous nous sommes retrouvés à Dabompa. Il m’a remis la moto et m’a demandé de suivre un véhicule. Nous sommes allés jusqu’à la T10. Le véhicule nous a dépassés et il m’a demandé de continuer à le suivre. La voiture est entrée dans un quartier, puis dans une cour. La personne que je conduisais les a rejoints ; ils étaient tous cagoulés. J’ai eu peur, je ne pouvais ni faire marche arrière ni utiliser mon téléphone. Un moment après, l’homme est ressorti et m’a appelé ; nous sommes repartis. Je ne savais pas qu’il s’agissait d’une opération de vol. Ils m’ont remis un sac ; j’ai constaté qu’il contenait de l’argent. Je suis revenu les attendre au carrefour de la T8. À chaque fois, il m’appelait avant d’arriver. Lorsqu’il est revenu, je lui ai remis le sac dans la voiture. Il m’a demandé de le suivre jusqu’à Kissosso, où il m’a remis 1 800 000 francs pour la course. J’ai ensuite appelé Dako pour lui dire que son client m’avait envoyé dans un mauvais endroit. J’ai déposé 300 000 francs chez lui et je lui ai dit de ne plus m’envoyer pour ce genre de course », a-t-il raconté au tribunal.

Passi face aux questions du juge

Le juge lui a indiqué qu’une vidéo le montrant dans une vitrerie existerait et lui a demandé s’il en avait connaissance. « Quand j’ai été arrêté, on m’a montré ma photo », a-t-il répondu. Le juge a ensuite affirmé qu’un enregistrement du braquage de la vitrerie existait.

« Vous a-t-on contraint à participer à cette opération ? », a demandé le juge. L’accusé a répondu par la négative. Il a reconnu avoir aperçu des agents des forces de l’ordre à la T8, à la suite d’une question du magistrat. « C’est Dako qui est impliqué dans le braquage de la vitrerie », a-t-il précisé, avant d’ajouter que ce dernier lui avait acheté une moto avec laquelle il effectuait des courses pour lui et sa famille.

Passi face au procureur

À la barre, Passi affirme que c’est Dako qui l’a dénoncé et contribué à son arrestation. « Les personnes présentes étaient toutes cagoulées, je ne pouvais reconnaître personne, à part celui qui m’a appelé », a-t-il déclaré, interrogé sur la présence de Dako lors de l’opération.

Le procureur a ensuite donné lecture d’un extrait de l’audition de Dako lors de l’instruction : « À la deuxième attaque, j’ai opéré à la vitrerie avec Mohamed Passi, Paolo, Soufiane et d’autres que je ne connais pas. Je ne connais pas le montant dérobé, mais j’ai reçu deux millions. (…) Je portais le PMAK de Gnangoumadoi, Soufiane avait son PMAK », avait déclaré Dako à la police. Passi n’a pas commenté ces propos, malgré l’insistance du procureur.

Selon Passi, certaines de ses déclarations ont été faites sous la contrainte, évoquant des actes de torture à la DPJ.

Passi face aux avocats de la défense

Répondant aux questions des avocats, Mohamed Passi affirme avoir été appelé vers 17 heures et précise qu’il n’a pas l’habitude d’effectuer ce type de courses pour Dako. « S’il m’avait expliqué la nature de la course, je n’aurais pas accepté. J’aurais même éteint mon téléphone sans me déplacer », a-t-il déclaré.

« Il n’était pas sur le terrain, malgré le fait que c’est lui qui m’a dénoncé », a-t-il ajouté en réponse à une question sur la présence de Dako lors des faits. Il précise également qu’aucune réunion préparatoire n’a eu lieu pour l’opération de la vitrerie.

Daouda Kourouma alias Dako rejette les accusations

À son tour, Daouda Kourouma, alias Dako, a été appelé à la barre. Il a rejeté en bloc les faits portés contre lui. Il explique avoir été arrêté à la suite d’un appel téléphonique avec un certain Loua.

Il reconnaît toutefois avoir sollicité Mohamed pour effectuer des courses, mais pas dans un cadre criminel. « Lors de mon arrestation, on m’a montré la photo de Mohamed Soumah et on m’a demandé si je le connaissais. J’ai répondu que oui, que c’était un taxi-motard. Ils m’ont demandé de l’appeler ; je l’ai fait venir, et nous avons été arrêtés ensemble », a-t-il expliqué.

Dako affirme également avoir acheté une moto pour Mohamed afin qu’il travaille et lui reverse les recettes. Il précise avoir récupéré ensuite la moto pour la confier à une autre personne, qui a disparu avec. « Mohamed est taxi-motard. Quand je viens au carrefour et qu’il est là, je lui demande de faire certaines courses. Il n’est pas le seul, ils sont nombreux à travailler à cet endroit », a-t-il indiqué.

Il reconnaît avoir reçu 300 000 francs de la part de Passi, sans contrepartie. Interrogé sur ce geste, il affirme que Passi lui aurait dit de se renseigner auprès de la personne qu’il lui avait demandé de transporter.

Concernant l’attaque de la vitrerie, Dako déclare : « Je n’y ai pas participé ». Il ajoute que, lors de son audition, il a été question d’une vidéo, mais que celle-ci ne lui a jamais été présentée. Enfin, il nie toute implication dans les différentes attaques évoquées par le tribunal, notamment celle ayant conduit à l’assassinat d’Elhadj Hassimiou Diallo.

Bhoye Barry pour guinee7.com