Censure

CRIEF : Soriba Soumah rejette les accusations et dénonce une “tromperie” interne au CNFSA Jean Paul II

Poursuivi devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) pour détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, faux et usage de faux en écritures publiques, enrichissement illicite et complicité, Soriba Soumah, Directeur général du Centre national de formation sociale appliquée (CNFSA) de Jean Paul II, a comparu devant la chambre de jugement ce lundi 4 mai 2026.

À la barre, celui qui a dirigé l’établissement de 2022 à 2026 a longuement répondu aux questions des juges, rejetant en bloc les accusations portées contre lui. « Monsieur le président, je ne reconnais pas les faits », a-t-il déclaré d’entrée.

Une gestion présentée comme réformatrice

Dans ses explications, le directeur a dressé un tableau critique de la situation qu’il dit avoir trouvée à son arrivée. « Le centre était dans un abandon total. J’ai réussi à monter un contrat de rénovation et d’extension », a-t-il affirmé, évoquant également la relance d’un ancien contrat d’équipement datant de 2012, d’un montant de 6 milliards de francs guinéens.

« J’ai appelé le fournisseur, il est venu, on a discuté. On a tout équipé deux blocs opératoires. J’ai réussi à climatiser toutes les salles », a-t-il poursuivi.

Il a ensuite détaillé un second projet financé par une subvention du ministère de l’Économie. « Jean Paul II avait bénéficié d’une subvention spéciale (…) pour un montant de 12 milliards 400 millions. (…) Il était mentionné dans le contrat de payer 3 milliards et quelques comme avance au fournisseur. Depuis lors, je n’ai décaissé aucun franc. Le reste de l’argent se trouve sur notre ligne budgétaire », a-t-il assuré.

Origine de la subvention et suspension contestée

Sur les conditions d’obtention de cette subvention, Soriba Soumah a expliqué : « Monsieur Diawara, qui était directeur du budget, était allé saluer un malade. Il a appelé la ministre Charlotte Daffé. C’est la ministre qui a dit : “Aidez-nous.” (…) Mais avant son arrivée, on avait entamé des démarches auprès du budget pour l’obtention d’équipements. »

Concernant sa suspension, il évoque un différend avec sa hiérarchie : « Elle m’avait appelé dans son bureau. Elle m’a demandé où sont les équipements. J’ai dit que les équipements n’étaient pas encore là. Elle m’a dit que si tu ne m’envoies pas les connaissements, je vais te suspendre. (…) Une semaine après, elle m’a suspendu pour absence de transparence. »

Accusations contre le comptable en fuite

Au cœur de sa défense, l’ancien directeur met en cause son comptable. « Le comptable Mohamed Lamine Sangaré et moi, nous sommes les deux signataires pour avoir le chèque au niveau du Trésor. (…) Il profite de mon absence pour la campagne référendaire, il imite ma signature et conçoit un cachet. »

Il détaille : « Du 11 au 15 septembre, il fait sortir de gros montants à travers 8 transactions, dont 1 milliard 213 millions et plusieurs fois 5 millions. (…) Le 19 septembre, il a bougé de Conakry. Il est en fuite. »

Face à cette situation, il affirme avoir alerté sa hiérarchie : « J’ai pris tous les relevés et j’ai déposé au niveau de Madame la ministre pour qu’elle sache ce qui se passe. »

Des équipements “en route”

Soriba Soumah assure par ailleurs que les équipements incriminés sont déjà en cours d’acheminement. « Les équipements se trouvent dans les bateaux. Tout est payé. (…) Le premier bateau sera là le 9 mai à Conakry et le deuxième sera là le 2 juin. On a fait le tracking », a-t-il indiqué.

Revenus, dépenses et patrimoine détaillés

Interrogé sur l’utilisation des fonds, il a précisé : « Il y a plus de 5 milliards 500 sur les 11 milliards qui ont servi à payer les primes et salaires. J’ai payé octobre, novembre, décembre, puisque le paiement est trimestriel. »

Quant à ses revenus personnels, il a déclaré : « À l’époque, je percevais 15 millions 500 comme prime. Mon salaire était de 3 millions 500. »

Sur son patrimoine, il a ajouté : « J’ai un terrain acquis à Kénendé, à Dubréka, à 150 millions avec ma belle-sœur. (…) J’ai une voiture Mazda achetée à 33 millions. »

“Ce n’est pas mon éducation de voler”

Face aux accusations, le prévenu s’est défendu avec émotion : « Ce n’est pas mon éducation de voler l’argent de l’État. Pourquoi je vais détourner ? »

Il a également insisté sur son rôle : « Je suis ordonnateur des dépenses. Je coordonne toutes les activités. »

Une dénonciation venue de l’interne

Le procureur spécial, Charles Wright, a toutefois rappelé que la procédure trouve son origine dans une dénonciation interne : « Ce sont les travailleurs de votre service qui ont fait la dénonciation devant notre parquet. »

Le prévenu a alors plaidé pour une mise en liberté provisoire : « Pour l’amour du bon Dieu, permettez-moi de rester en famille et de venir répondre lors des audiences. »

Réponse du parquet et poursuite des auditions

En réponse, le procureur spécial a tenu à préciser la ligne du parquet : « La politique du parquet spécial a changé. La réussite d’un parquet spécial n’est pas le nombre de personnes détenues, mais que ce qui a été pris au compte de l’État revienne. (…) Nous sommes convaincus quelque part que vous n’allez pas fuir ce pays. (…) Notre détermination ici, c’est plus que tout. »

Dans la suite de la procédure, le parquet a sollicité la comparution de plusieurs responsables du centre, notamment le chef du service administratif et financier (SAAF), la personne en charge des passations de marchés ainsi que celle du contrôle financier.

L’audience a été suspendue pour une courte pause avant la reprise des débats.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com