La question de la langue revient souvent lorsqu’il s’agit d’évoquer les obstacles au développement de la musique guinéenne, et particulièrement du rap. Dans un pays riche d’une grande diversité culturelle et linguistique, chanter dans une langue plutôt qu’une autre peut parfois constituer un handicap pour toucher un public plus large.
Invité de l’émission Lampadaire sur Kaback TV ce samedi 16 mai, le rappeur guinéen Maxim BK, pionnier du rap 224 new generation, a partagé son analyse sur le sujet. Interrogé sur la question de savoir si la langue est un atout ou un frein, le concepteur de BBG estime que la barrière linguistique peut limiter l’audience d’un artiste : « si je rappe sur un son en poular à 100%, un soussou peut avoir du mal à m’écouter » estime-t-il.
Relancé par l’animateur, l’artiste poursuit en remettant en question l’idée souvent avancée selon laquelle la musique serait totalement universelle : « ce qui trompe les gens en Guinée, on les entend dire que la musique est universelle. Mais pourquoi un artiste guinéen aussi talentueux que Saïfond ou Azaya n’est pas au même niveau international qu’un Sidiki Diabaté ou Himra ? » s’interroge t-Il.
Pour Maxim BK, la musique guinéenne reste fortement marquée par des logiques communautaires. Selon lui, cette réalité influence aussi la composition du public. « Saïfond peut remplir une salle de 5 000 personnes à Paris, mais vous verrez que 4 900 sont Guinéens, dont environ 3 800 Peuls. Quand tu fais une chanson en soussou, tu touches majoritairement les Soussous. En Guinée, 90 % des fans de Saifon sont des Peuls, alors que 80 ou 90 % des fans d’Azaya ne le sont pas », insiste-t-il.
Cependant, la langue est-elle réellement le principal frein à l’internationalisation de la musique guinéenne ? La question reste ouverte. Djanii Alfa, qui rappe majoritairement en français, n’a pas encore atteint une reconnaissance internationale majeure. De son côté, Thiird avait tenté un virage artistique en adoptant davantage le français pour conquérir un public international, sans résultat significatif. Quant à Straiker, son recentrage sur le poular ne lui a pas non plus permis de s’imposer durablement sur la scène musicale.
Autant d’exemples qui montrent que la langue n’est peut-être qu’une partie d’une problématique plus large, liée à la structuration de l’industrie musicale, à la stratégie des artistes et à l’accès aux marchés internationaux.
Alh Cheick pour Guinée7.com
