Alors que le projet Simandou s’annonce comme l’un des principaux moteurs de transformation économique de la Guinée au cours des prochaines décennies, la préparation du capital humain apparaît comme un enjeu incontournable. Cette problématique a occupé une place centrale lors d’un panel organisé dans le cadre de la 5ᵉ édition du Salon des entrepreneurs de Guinée (SADEN), réunissant représentants d’institutions publiques, entreprises, partenaires au développement et experts du monde de la formation.

Les discussions ont notamment porté sur la capacité du pays à disposer d’une main-d’œuvre qualifiée capable de répondre aux besoins croissants des entreprises, en particulier dans les secteurs appelés à se développer autour du programme Simandou 2040.
Miser sur l’accompagnement des jeunes vers les métiers porteurs

Prenant la parole au nom du programme FIERE d’ENABEL, Emmanuelle Bouiti Amekoudi a présenté les initiatives mises en œuvre pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes. Elle a expliqué que l’approche adoptée intervient à plusieurs niveaux, allant du soutien aux réformes publiques jusqu’à l’accompagnement direct des bénéficiaires.
Dans son intervention, elle a notamment déclaré : « on vient renforcer les dynamiques d’employabilité, d’abord au niveau macro, en venant renforcer les réformes, les politiques et tous les travaux qui sont en train d’être menés du gouvernement, des institutions pour créer un cadre favorable à l’employabilité des jeunes. Ce sont des actions concrètes qu’on fait. Au niveau intermédiaire, on vient renforcer des dispositifs qui aident à l’emploi des jeunes. D’abord l’orientation à travers les centres d’orientation et d’identification des jeunes qui sont insérés dans les maisons des jeunes entre Conakry et la région de Mamou, avec la direction de l’emploi et de l’entrepreneuriat des jeunes. C’est un dispositif qui aujourd’hui va permettre et qui nous a déjà permis d’identifier des milliers de jeunes NIT (les jeunes qui sont sans formation, qui ne sont pas passés par un système éducatif, qui sont sans emploi et qui sont en quête d’opportunités) guinéens et de les orienter vers les métiers d’avenir parce qu’on a d’abord identifié les besoins du secteur privé des entreprises et on est en train de les former autour de ces métiers-là ».
Selon elle, les programmes développés reposent avant tout sur l’identification des besoins réels des entreprises afin de rapprocher davantage les formations des attentes du marché du travail. Cette démarche vise également à soutenir les petites entreprises ainsi que les porteurs de projets souhaitant se lancer dans l’entrepreneuriat.
Les entreprises confrontées à un manque de profils adaptés

Si les besoins en recrutement augmentent, les entreprises continuent néanmoins de rencontrer des difficultés pour trouver certains profils spécifiques. Ce constat a été largement développé par Damba Camara, Directrice générale des ressources humaines de la Compagnie du TransGuinéen (CTG).
Évoquant les défis auxquels son entreprise est confrontée, elle a indiqué : « Nous recevons beaucoup de candidatures, beaucoup de compétences. La difficulté, en fait, c’est que nous avons les compétences, les candidats. Parfois, ça ne matche pas avec nos besoins opérationnels ».
Avec le développement du vaste projet ferroviaire porté par la CTG, la demande en compétences techniques spécialisées devient de plus en plus importante. Or, certains métiers restent encore peu représentés, voire inexistants sur le marché national de l’emploi.
Dans ce contexte, la responsable des ressources humaines a souligné que « il y a de nouveaux métiers qui viennent chaque année. Et nous, aujourd’hui, tout ce qui est nouveau métier, on a du mal à recruter. Soit c’est rare, c’est très difficile à trouver sur le marché de l’emploi, ou c’est inexistant ».
Pour elle, la solution passe par une collaboration plus étroite entre les entreprises, les établissements de formation, l’État et les partenaires techniques et financiers. Elle a ainsi rappelé l’importance des échanges organisés durant le panel en déclarant : « l’opportunité aussi du panel, c’était de discuter de cela devant le Ministre de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, de discuter de cela devant les bailleurs de fonds pour voir ensemble comment est-ce qu’on peut faire une synergie pour mettre en place des nouveaux programmes de formation pour que les jeunes guinéens puissent y accéder. Les demandes ne sont pas forcément en adéquation avec nos besoins opérationnels ».
L’expérience et le mentorat comme accélérateurs de compétences

Au-delà de la formation classique, les intervenants ont également insisté sur l’importance du partage d’expérience professionnelle. Invitée à apporter le regard du Bénin sur ces questions, Raodath Aminou, fondatrice de la plateforme Entourage, a mis en avant le rôle du mentorat dans l’acquisition rapide de compétences adaptées au monde du travail.
Selon elle, « La formation est essentielle, mais elle doit être complétée par un transfert rapide de compétences à travers le mentorat et l’expérience des professionnels aguerris ».
Elle estime que la connexion entre jeunes talents et experts expérimentés constitue un levier important pour réduire l’écart entre les connaissances théoriques et les réalités du terrain. La spécialiste a également salué les efforts engagés en Guinée pour réviser certains programmes de formation et mieux identifier les métiers porteurs.
Au cours des échanges, elle a également insisté sur la nécessité de promouvoir davantage la culture entrepreneuriale auprès de la jeunesse. « Il n’y a pas encore assez d’entrepreneurs. Les jeunes doivent aussi créer leurs propres opportunités et participer activement au développement économique », a-t-elle affirmé.
Préparer dès aujourd’hui les besoins de demain
Les différents intervenants se sont finalement accordés sur un constat commun : les opportunités économiques attendues autour de Simandou 2040 ne pourront être pleinement exploitées sans un investissement massif dans le développement des compétences.
Pour les participants, la création de passerelles solides entre le système éducatif, les centres de formation et le secteur privé apparaît désormais comme une condition essentielle pour permettre à la jeunesse guinéenne de tirer profit des transformations économiques à venir.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
