‘‘Caedite eos. Novit enim Dominus qui sunt eius.’’ – ‘‘Tuez-les tous. Le Seigneur reconnaîtra les siens.’’ Cette phrase, attribuée à Arnaud Amaury lors de la croisade contre les Albigeois, est devenue, au fil des siècles, le symbole d’une justice expéditive où l’on frappe indistinctement les coupables et les innocents.
Le décret qui a simultanément limogé le directeur général de l’OGP, Aladji Cellou, et son directeur général adjoint, Jean Marie Coumbassa, suscite une impression comparable. Une décision qui donne le sentiment d’avoir voulu solder un conflit en renvoyant les deux protagonistes dos à dos.
Pourtant, les éléments connus interrogent. Une vidéo largement relayée montre le DGA interrompant une réunion que le DG tenait avec le syndicat dans son propre bureau, au motif qu’aucune réunion ne devait se tenir sans lui. Une position que plusieurs juristes contestent, rappelant qu’en l’absence de dispositions particulières, le directeur général demeure seul compétent pour organiser les réunions relevant de la gestion de l’entreprise.
Plus surprenant encore, selon plusieurs témoignages, le DGA aurait brillé par son absence lors des travaux techniques consacrés à l’élaboration du rapport d’activité de l’entreprise, alors que le DG y aurait pris une part active avec les cadres de l’OGP. D’autres témoignages vont dans le même sens : en dix-huit mois, rares seraient ceux qui l’auraient vu s’investir réellement dans le fonctionnement quotidien de l’entreprise.
Dans le même temps, il est difficile d’ignorer le bilan présenté par Aladji Cellou. À son arrivée, l’OGP était au bord de l’asphyxie : une trésorerie réduite à 146 000 GNF, près de huit milliards de francs guinéens d’arriérés de salaires, plus de 80 milliards de passif et une gouvernance profondément fragilisée. Dix-huit mois plus tard, les salaires auraient été régularisés, les créanciers apurés et l’équilibre financier progressivement restauré.
Naturellement, nul n’est irremplaçable et toute responsabilité doit être assumée lorsqu’une faute est établie. Mais l’opinion publique est aussi en droit de comprendre les raisons d’une décision lorsque celle-ci semble placer sur un même plan des responsabilités qui, à première vue, paraissent différentes.
L’équilibrisme est parfois une solution commode pour éteindre une crise. Mais à force de vouloir satisfaire tout le monde, on finit parfois par donner le sentiment de ne rendre justice à personne. Et, en politique comme dans la gouvernance publique, certains équilibres peuvent coûter plus cher que les déséquilibres qu’ils prétendent corriger.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
