Censure

Session de rattrapage au Bac : la Guinée fait enfin le choix de la seconde chance

Moins de vingt-quatre heures après notre éditorial sur les insuffisances du système éducatif, l'annonce d'une session de rattrapage au baccalauréat marque une évolution majeure qui mérite d'être saluée, tout en rappelant que la réforme de l'école guinéenne reste un chantier de fond.

Lundi matin, dans nos colonnes, nous défendions une idée simple : le système éducatif guinéen semblait davantage organisé pour fabriquer des recalés que pour accompagner les élèves vers la réussite. Nous dénoncions – dans cet édito – une culture de l’élimination où quelques dixièmes de point suffisaient à briser une année d’efforts, parfois même un projet de vie.

Moins de vingt-quatre heures plus tard, le gouvernement annonce l’instauration, dès cette session 2026, d’une session de rattrapage au baccalauréat unique pour les candidats ayant obtenu une moyenne comprise entre 8,50/20 et 9,99/20.

Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que cette décision est une réponse à notre éditorial. Une telle réforme se prépare bien en amont. En revanche, il est permis d’y voir le signe que les autorités ont pleinement conscience d’un problème que beaucoup d’enseignants, de parents et d’élèves dénoncent depuis des années.

Cette réforme mérite donc d’être saluée.

Car un système éducatif moderne n’a pas pour vocation de multiplier les exclus. Il doit certes préserver l’exigence, mais aussi reconnaître qu’un élève qui échoue à quelques points de la moyenne n’est pas nécessairement un élève incapable. Il peut s’agir d’un candidat victime du stress, d’une mauvaise journée ou d’une faiblesse ponctuelle dans une ou deux disciplines.

En offrant une seconde chance aux élèves dont la moyenne se situe entre 8,50 et 9,99 sur 20, la Guinée rejoint une pratique déjà répandue dans de nombreux pays. Ce n’est ni un cadeau ni un abaissement du niveau. C’est un mécanisme d’équité qui permet de distinguer l’échec définitif d’une contre-performance passagère.

L’autre aspect intéressant de la réforme est que le rattrapage ne concernera que deux disciplines au maximum, avec priorité aux matières de spécialité. Les meilleures notes remplaceront celles obtenues lors de la session ordinaire. Le mérite demeure donc au cœur du dispositif : personne ne sera déclaré admis sans atteindre la moyenne réglementaire de 10/20.

Bien entendu, cette avancée ne résoudra pas à elle seule les difficultés profondes de l’école guinéenne. La qualité des enseignements, la formation des enseignants, les infrastructures, les programmes, les conditions d’apprentissage et l’évaluation elle-même restent autant de défis majeurs.

Mais il faut savoir reconnaître les bonnes décisions lorsqu’elles sont prises.

Gouverner, c’est aussi savoir écouter les critiques constructives et faire évoluer les politiques publiques lorsque l’intérêt général l’exige. Si cette réforme est appliquée avec rigueur et transparence, elle pourrait éviter chaque année que des milliers de jeunes voient leur avenir compromis pour quelques dixièmes de point.

Espérons maintenant que cette logique de la seconde chance ne s’arrête pas au seul baccalauréat. Pourquoi ne pas l’étendre, à terme, au BEPC, voire réfléchir à une réforme plus globale de notre système d’évaluation ?

Une école qui exige est une bonne école. Une école qui donne aussi une seconde chance est souvent une école plus juste. Et une école plus juste est une école qui prépare mieux l’avenir d’une nation.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com