Censure

Rattrapage du Bac : quand l’improvisation devient méthode de gouvernement

Rattrapage du Bac en Guinée : calendrier démenti, listes de candidats contradictoires, ministère aux abonnés absents. Analyse d'un désordre annoncé.

Vingt mille sept cent soixante-quatre candidats. Près de la moitié des admis. C’est le nombre d’élèves suspendus, depuis des jours, à une date que personne- pas même le ministère censé la fixer- ne semble capable de leur donner.

Sur le papier, tout était pourtant simple. Vingt-et-un jours après la proclamation des résultats du 23 juillet, place au rattrapage. Un calcul d’écolier nous mène à ce jeudi 13 août. Demain donc. Mais voilà : un calendrier annonçant des épreuves du 17 au 20 août a été démenti par le ministère -sans qu’aucune date de remplacement ne soit avancée. La presse, elle, parle pudiquement d’un petit décalage, le temps que la nouvelle ministre, Bintou Keita, ‘‘prenne ses marques’’.

Prenne ses marques pour quoi, exactement ? Ce n’est pas la ministre qui organise les examens, que l’on sache, mais la Direction Générale des Examens, du Contrôle Scolaire, des Concours et Passerelles. Faut-il croire qu’un changement de portefeuille suffise à dérégler une administration entière, comme si le calendrier scolaire guinéen dépendait de l’humeur du moment plutôt que de textes officiels ?

Le flou ne s’arrête pas à la date. Il commence bien avant. Une première liste de candidats a été purement et simplement contredite par une seconde – avec, entre les deux, des candidats évaporés, ni admis ni recalés, juste absents des deux listes à la fois. D’autres découvrent qu’ils doivent composer dans une matière selon une liste, deux selon l’autre. Et inversement. Un jeu de chaises musicales, sauf qu’ici, ce sont des années de scolarité qui sont en jeu.

Pendant ce temps, l’horloge tourne. Tout doit être bouclé avant octobre, orientation des bacheliers oblige. Élèves et parents, eux, n’ont ni date, ni liste fiable, ni réponse. Juste l’angoisse – et la certitude, désormais bien ancrée, qu’en Guinée, même un simple rattrapage scolaire peut virer au grand n’importe quoi.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com