Conakry- Menacés de déguerpissement, plus d’une trentaine de ménages affirment avoir versé 400 000 GNF à leurs responsables locaux en échange d’une promesse de les épargner. Le chef de carré mis en cause rejette toutes les accusations.

La colère monte à Hamdallaye. Alors que les opérations de déguerpissement engagées autour de la décharge de Dar-Es-Salam se poursuivent, plusieurs ménages se disant éloignés du site de l’éboulement affirment être désormais menacés de quitter leurs habitations.

Mercredi, les habitants concernés disent avoir été prévenus. Ce jeudi, des croix ont été apposées sur certaines maisons, signe, selon eux, de l’imminence des opérations. Plusieurs familles ont déjà sorti leurs bagages, sans savoir où aller.
Mais au-delà de la menace de déguerpissement, une autre affaire alimente la colère : plus d’une trentaine de ménages affirment avoir versé chacun 400 000 francs guinéens à leurs responsables locaux pour être épargnés par les opérations.
Les habitants dénoncent ce qu’ils présentent comme une manœuvre et réclament des explications sur la destination de cet argent.
« Ils ont dit que les 46 maisons devaient cotiser 400 000 FG »

Pour Kabinet Kaba, citoyen directement menacé, les habitants avaient été amenés à croire qu’un arrangement était possible. Il affirme que les 46 concessions identifiées avaient été invitées à contribuer financièrement : « ils nous ont annoncé 46 concessions concernées par le déguerpissement. Ils nous ont fait espérer à travers le paiement d’une somme d’argent. »»
Selon lui, chaque foyer aurait ainsi versé 400 000 francs guinéens : « nos responsables locaux aussi nous ont racketté de l’argent dans les 46 concessions, 400 000 FG par foyer. Aujourd’hui, nos maisons sont cochées, pas les leurs. »
Kabinet Kaba met directement en cause le chef de carré Koumi, qui, selon son témoignage, aurait collecté l’argent : « le chef de carré concerné s’appelle Koumi. Il a pris notre argent, mais depuis ce jour, quand on l’intercepte, il nous demande d’attendre, qu’il va voir le maire. Mais depuis lors, nous n’avons plus de ses nouvelles. Il n’a pas rendu l’argent non plus. »

L’habitant affirme que les familles concernées avaient été rassurées sur leurs chances d’échapper au déguerpissement : « ils ont dit que les 46 maisons devaient cotiser 400 000 FG et qu’ils avaient quelqu’un à la DATU, qui pourrait gérer la situation. »»
Aujourd’hui, alors que les croix apparaissent sur les maisons, l’incompréhension laisse place à la colère : « nous ne pouvons aller à l’encontre de la loi, nous ne sommes pas contre le président non plus, mais la magouille autour de nous est insupportable. Nous sommes contre ces actes. »
Des habitants contestent le périmètre du déguerpissement

Pepé Jean Doualamou estime, lui aussi, que les habitations concernées sont suffisamment éloignées de la zone de la décharge pour ne pas être visées par les opérations : « ils sont venus et ont coché nos maisons par affinité. […] Nous ne sommes même pas concernés, on n’est même pas proches. Mais pourquoi ils veulent nous faire quitter ici ? Pourquoi ils veulent détruire nos maisons en cochant nos maisons, en nous demandant de quitter en 24 heures ? Où on va aller ? »

Il confirme également l’existence d’une collecte d’argent auprès des habitants : « le chef de quartier, le chef de carré, ils se sont réunis. Ils ont dit qu’on doit faire une cotisation afin d’aller supplier pour qu’on puisse épargner ce quartier. »»
Mais aujourd’hui, les habitants disent ne pas savoir ce qui aurait été fait de l’argent collecté : « les concessions là, on a payé l’argent. On ne sait pas ils ont fait quoi avec cet argent. Maintenant aujourd’hui, ils sont venus pour faire ça. »
Pour Pepé Jean Doualamou, les autorités devraient plutôt s’attaquer directement à la source du danger qu’est la décharge : « le mieux, c’est d’aller vers l’ordure et de laisser les gens en paix au lieu de chasser les gens de leurs concessions et de laisser l’ordure ici. Mais ça n’a pas de sens. »
Il appelle ainsi l’État à intervenir afin d’éviter que les habitants ne soient davantage affectés : « nous supplions l’État à ce qu’ils viennent enlever cette montagne d’ordures ici, donner la paix à la population, que de chasser la population et laisser l’ordure là ici. »»
Des habitants assurent disposer de documents

Jean Cécé Doualamou, présenté comme l’un des doyens du quartier, affirme pour sa part que les occupants ne se seraient pas installés illégalement sur ces terrains.
Revenant sur une précédente opération de marquage, il explique : « en 2017, ils sont venus mettre des croix ici. Quand on a vérifié notre l’Habitat, ils ont dit que ici, l’installation est légale. Donc ici, ce n’est pas parce qu’on est venu tomber là-dessus. Ça a été loti et attribué aux citoyens. Le château là a son titre foncier. »
S’il reconnaît que l’État peut décider d’une évacuation, il demande toutefois que la situation particulière de ces familles soit prise en compte : « nous sommes là. Si on doit quitter, on n’est pas contre. L’État… Nul n’est plus fort que l’État. Mais qu’ils tiennent compte qu’on n’est pas venu tomber là-dessus. »
Il affirme également que les habitants entendent faire valoir leurs documents auprès des autorités : « ici là, on n’a pas volé, on n’a pas détourné. On a des documents que nous allons présenter à l’État, si possible. »
Le chef de carré Koumi nie les accusations

Contacté par téléphone par Guinee7, le chef de carré mis en cause, Koumi, a nié en bloc les accusations portées contre lui, estimant que rien de tout ce qui lui était reproché n’était vrai.
Avant de mettre fin à l’appel, il a indiqué qu’il reviendrait vers notre rédaction après avoir échangé avec le chef de quartier. Il a également précisé être loin de la zone.
Notre rédaction lui a demandé les coordonnées du chef de quartier afin de recueillir sa réaction sur les accusations des habitants. Il n’a toutefois pas donné suite favorablement à cette demande.

Pour l’heure, les ménages concernés disent attendre une intervention des autorités avant toute démolition de leurs habitations. Ils réclament notamment que la situation des 46 concessions soit vérifiée et que toute la lumière soit faite sur les 400 000 francs guinéens versés par foyer et sur les promesses qui auraient accompagné cette collecte.
En attendant, les bagages sont déjà dehors et les croix apposées sur plusieurs habitations font craindre aux familles un déguerpissement imminent.

Abdoul Lory Sylla pour Guinee7.com
