Censure

Hamdallaye 1 : la mairie de Gbessia dément les accusations autour des 400 000 GNF

Déguerpissement à Hamdallaye 1 : Aboubacar Nimaga affirme que les accusations visant le chef de carré et la mairie doivent être vérifiées.

Conakry- Alors que des ménages de Hamdallaye 1 concernés par les opérations de déguerpissement dénoncent le retrait de 400 000 francs guinéens par leur chef de carré, la mairie de Gbessia rejette les accusations visant ses responsables. Présent sur le terrain ce vendredi, le troisième vice-maire, Aboubacar Nimaga, affirme que ces allégations doivent encore être vérifiées.

Alors que les opérations de déguerpissement liées au site de Dar-es-Salam s’étendent à certaines zones proches de la décharge, plusieurs ménages affirment avoir été concernés par ces mesures alors qu’ils ne se savaient pas exposés.

Dans ce contexte, une polémique est née autour d’une somme de 400 000 francs guinéens qui aurait été retirée à plusieurs ménages par leur chef de carré, identifié sous le nom de Koumi. Une accusation que la mairie de Gbessia entend clarifier.

Rencontré sur le terrain ce vendredi, le troisième vice-maire de la commune de Gbessia, Aboubacar Nimaga, a d’abord expliqué la présence des autorités locales auprès des populations concernées : « l’objectif de notre présence ici, sur le site au niveau du quartier Hamdallaye 1, c’est pour venir recenser nos citoyens qui sont déjà concernés face à ce déguerpissement qui devrait avoir lieu dès aujourd’hui. La mairie de Gbèssia a déjà mis en place un comité de gestion de crise dont, à sa tête, nous avons Moussa Moïse, le deuxième vice-maire, c’est lui le président. Et aussi tous les services déconcentrés de la commune sont aussi membres de ce comité de gestion de crise. »

Une zone située à proximité de la décharge

Selon le troisième vice-maire, la zone concernée par les opérations ne correspond pas à une délimitation uniforme de 250 mètres autour de la décharge. Il explique que des études auraient été réalisées en amont par les services compétents : « ce déguerpissement, c’est pas à 250 mètres de la décharge, et même vous, vous constatez que vraiment c’est à proximité de la décharge. C’est pas toutes les familles qui sont concernées. La DATU (Direction Nationale de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme), DACLO et l’Habitat, ceux qui ont déjà examiné, ils ont fait des études préalables par rapport à ça, donc ils ont déjà donné la délimitation. Vu que vraiment cette délimitation n’a pas touché les autres aussi, c’est la raison pour laquelle il y a eu des frustrations en tenant des propos, dire que vraiment, ah, il y a eu des gens qui ont soutiré de l’argent à travers les différents ménages à raison de 400 000 francs guinéens de la part du chef de carré du nom de Koumi, tu vois. »

La mairie rejette toute implication dans l’affaire des 400 000 GNF

Aboubacar Nimaga revient ensuite sur les accusations portées contre le chef de carré Koumi et, indirectement, contre la mairie. Selon lui, 46 ménages seraient concernés par les accusations : « donc on a accusé Koumi soi-disant qu’il a soutiré de l’argent à travers les différents ménages composés de 46 ménages. C’est la raison pour laquelle ils ont même aussi accusé la mairie, soi-disant que lorsque la mairie a pris l’argent là, il s’est référé à la commune pour dire que vraiment « Attendez, je vais essayer de joindre Monsieur le Maire », sachant que vraiment le maire déjà a ses représentants, le vice-maire et les conseillers sont tous actifs depuis le 23 août avant que le drame se déclenche la nuit du 23 au 24. Nous sommes toujours présents sur le terrain. Et avant, quand un chef de carré doit se rendre à la mairie, il doit se référer d’abord au vice-maire et aux conseillers qui sont sur le terrain, je pense. Mais tel n’a pas été le cas. »

Le responsable communal affirme par ailleurs que la mairie a été informée de la situation et qu’elle cherche à établir les faits : « mais heureusement, nous avons appris cette information. D’où nous qui sommes déjà sur le terrain, nous sommes en contact permanent avec Monsieur le Maire. Donc quand il y a des informations, on lui ventile ces informations. Du coup, lui-même il se déplace, il vient sur le terrain. C’est pas intelligent de voir que lorsqu’on est à la recherche de sauver la vie de cette population pour minimiser le drame qui a eu lieu du côté de Dar-es-Salam 2, c’est la raison pour laquelle ils ont fait face aussi au niveau de Hamdallaye 1. »

« On dément par A + B »

Face aux accusations relayées dans les médias, Aboubacar Nimaga assure que la mairie veut apporter des clarifications. Il appelle notamment à la présentation de preuves permettant d’étayer les accusations portées contre la commune : « mais vu que la communication a été intoxiquée, c’est la raison pour laquelle nous sommes là pour défendre et clarifier pour dire qu’on dément par A + B. Celui qui a dit, il n’a qu’à envoyer les preuves tangibles aussi qui prouvent que la mairie a été contractée. Mais du coup, j’aurais même appris lorsque cette situation a été déclenchée sur les médias, le maire même a dit « Ah, les mêmes éléments se sont réunis, composés de 6 personnes, pour aller témoigner que Monsieur Koumi, le chef de carré, a déjà soutiré 400 000 ». Et tandis que le maire même est inquiet, il sait pas de quoi les gens là sont en train de dire. Il dit que « Mais attendez, je ne vous rejette pas, mais je vais être sur le terrain pour s’enquérir des réalités, mener des investigations pour avoir ici la vraie information avant de faire face à la communication ». »

D’après le troisième vice-maire, le maire de Gbessia aurait également sollicité les services de sécurité afin de retrouver le chef de carré et de comprendre les circonstances de cette affaire : « le maire a même cherché à joindre le central, le commissariat de Dixinn. Ils étaient là sous la pluie la nuit pour mener des investigations à la recherche de Monsieur le chef de carré qui, après tout et tout, après la visite du site… Nous étions avec le président du comité de gestion de crise, Monsieur Moïse Soumah, on est venu sur le site hier pour lancer un préavis d’information à nos citoyens pour apaiser leur moral, parce que ce qu’ils reçoivent comme information, tel n’a pas été le cas. Nous leur avons dit que vraiment notre opération sur le terrain, c’est de venir vous sensibiliser et vous recenser en ménages et en nombre de personnes de chaque ménage. »

« Ces allégations sont à vérifier »

Aboubacar Nimaga estime que les accusations liées aux 400 000 GNF ne sont, à ce stade, pas établies. Il affirme que Koumi était présent sur le terrain ce vendredi pour participer au recensement des ménages : « ces allégations sont à vérifier, c’est-à-dire ne sont pas fondées. Et pour preuve, même ce matin, nous sommes avec Koumi sur le terrain, on était en train de faire le recensement. Et on n’a pas vu la réaction des différents ménages ici présents, tout le monde a démenti. Les imams aussi, le premier imam était là, le deuxième imam aussi était là pour accompagner les choses, ils ont démenti. Aujourd’hui, le monsieur qui déclare, là où il est comme ça, il est inquiet, il veut même appréhender les médias pour qu’il puisse renoncer à ce qu’il a dit, soi-disant que vraiment il a accusé, il a eu tort. »

Pour éviter que la polémique ne s’amplifie, la mairie aurait convoqué plusieurs responsables locaux afin d’entendre les différentes parties et d’établir les faits : « mais la mairie même a pris le devant pour convoquer le président du conseil de quartier de Hamdallaye et son chef de carré pour se présenter à partir de 11h à la mairie pour avoir ici la vraie information, pour éviter l’intoxication d’information, pour éviter toute allégation liée à ce problème. Parce qu’aujourd’hui, ce qui nous préoccupe ici, c’est comment sensibiliser et apaiser les tensions des gens vis-à-vis de ce que l’État a demandé pour le déguerpissement. »

La mairie appelle les ménages concernés au calme

Alors que plusieurs familles restent préoccupées par leur avenir face aux opérations de déguerpissement, le troisième vice-maire de Gbessia assure que les autorités locales et l’État prennent des dispositions pour leur accompagnement : « l’appel que nous allons lancer auprès de ces citoyens qui sont déjà concernés par ce déguerpissement, nous leur disons que vraiment ils n’ont qu’à rester tranquilles. La mairie a pris le devant, l’État aussi a pris le devant. On va les recenser et on va prendre toutes les mesures qu’il faut pour prendre soin d’eux. Donc l’inquiétude ici, on va les rassurer que l’État n’est pas absent sur le terrain. Si vous voyez que vraiment ils ont pris des dispositions, l’ANGUCH est en train de prendre ici les gens pour les recaser ailleurs au niveau de Dixinn, c’est la raison pour laquelle cela même a réconforté les citoyens. Ils ont compris que vraiment l’État a pris toutes les dispositions nécessaires ici pour veiller sur eux et prendre leur charge en ce moment douloureux. »

L’affaire des 400 000 GNF reste ainsi au cœur des préoccupations à Hamdallaye 1. Si la mairie de Gbessia rejette toute implication et parle d’allégations à vérifier, les témoignages des ménages concernés devront permettre de faire la lumière sur les circonstances exactes de cette collecte présumée.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com