Conakry-Au quartier Kakimbo, dans la commune de Ratoma, plusieurs maisons sont désormais dans le viseur des autorités du ministère de l’Habitat. Des concessions situées entre une route et la rivière Kakimbo ont été marquées d’une croix rouge, signe, selon les habitants, d’un préavis de déguerpissement.
Selon les informations recueillies sur place, plus de 400 maisons auraient ainsi été cochées. Les personnes rencontrées disent toutefois ignorer les raisons précises de cette opération. Elles affirment que les agents venus marquer les habitations n’ont fourni aucune explication et n’ont indiqué aucun délai pour libérer les lieux.
« Ils ont l’habitude de venir cocher. Mais au début, ils disaient qu’ils venaient agrandir la route. C’est une toute petite partie seulement et tout le monde était d’accord sur ça. C’est un problème de route. Quand l’État veut vraiment faire des travaux, il faut les faciliter aussi. Donc, certains d’entre nous ont dit qu’il n’y avait pas de problème. Il y en a même qui ont dit que, s’ils prennent une partie, ils vont s’occuper du reste. Mais tout dernièrement, ils sont venus et ont dit que c’est à cause de la route. En même temps, il faut que tout le monde quitte. Sinon, personne n’est préparé pour ça. Personne n’a été averti », explique Amadou Taran Diallo, chef de famille qui vit dans la zone depuis 22 ans.

Il affirme également que plusieurs propriétaires dont les maisons ont été cochées disposent de documents fonciers. « Oui, il y a les papiers. Pas tout le monde. C’est comme dans tous les cas. Même dans le centre-ville de Kaloum, il y a des gens qui n’ont pas leurs papiers. Et il y en a d’autres qui détiennent des papiers, mais qui sont de faux papiers. Certains parmi nous ici ont des papiers délivrés par le ministère de l’Habitat et les responsables des quartiers », soutient-il.
Toutefois, Amadou Taran Diallo reconnaît la difficulté de la situation pour les familles concernées. « C’est un peu difficile parce qu’au moment où tu as les moyens, tu as toutes tes facultés physiques et mentales et que la chance est là, tu investis quelque chose pour vraiment pouvoir te reposer après un certain âge. Et quand ça arrive, tu n’es plus actif, tu es fatigué. Et on te dit que tout ce que tu as fait dans ta vie est zéro. C’est un peu difficile », témoigne-t-il.

Face à une éventuelle décision de l’État, il affirme que les habitants ne comptent pas s’opposer aux autorités. « Nous, on ne peut rien faire parce que la loi est plus forte. Ce qu’on demande à l’État, c’est vraiment de penser à nous, de penser à ceux qui sont là. Beaucoup parmi eux ont construit ici devant tous les responsables du quartier et de l’Habitat », déclare-t-il.
Il demande enfin aux autorités de ne pas laisser les personnes déguerpies sans solution. Selon lui, des projets doivent être développés afin d’accompagner les familles concernées et leur permettre de se reloger.
Bhoye Barry pour guinee7.com
