Conakry- La famille Camara a adressé, ce vendredi 4 septembre à Conakry, une déclaration au président de la République, Mamadi Doumbouya, au sujet d’Amara Camara, un Guinéen en détention depuis 17 ans en Mauritanie. La déclaration a été lue par Lamine Camara, frère d’Amara Camara, qui sollicite l’intervention du chef de l’État pour permettre son retour en Guinée.

Dans cette déclaration, la famille Camara rappelle que les autorités guinéennes travaillent déjà sur la question du transfèrement d’Amara Camara afin qu’il puisse purger sa peine en Guinée. Mais pour ses proches, le dossier est beaucoup plus complexe, puisque le détenu continue de clamer son innocence dans l’affaire de meurtre pour laquelle il a été condamné.
S’adressant directement au chef de l’État, la famille Camara explique les raisons de sa démarche : « Excellence, Monsieur le Président de la République, je me permets de vous écrire pour vous soumettre un cas qui touche à la fois à la justice et à la compassion, celui de mon frère Amara Camara, un compatriote qui croupit depuis 17 ans dans les geôles mauritaniennes. »
La famille évoque ensuite la récente grâce présidentielle accordée par le chef de l’État ainsi que son engagement à ne laisser aucun Guinéen abandonné à l’étranger : « monsieur le Président, vous avez récemment fait preuve de clémence en accordant une grâce présidentielle, et vous avez réaffirmé votre engagement à ce qu’aucun « Guinéen ne soit abandonné à l’étranger ». Votre gouvernement négocie d’ailleurs activement son transfèrement pour qu’il puisse purger sa peine en Guinée. »
Pour les proches d’Amara Camara, cette situation mérite toutefois une attention particulière, en raison notamment des circonstances entourant sa condamnation.
« Il clame son innocence »
La famille affirme qu’Amara Camara nie avoir commis le meurtre pour lequel il purge sa peine. Selon elle, son implication dans cette affaire serait liée au fait qu’il aurait hébergé le véritable auteur présumé du crime, lequel aurait ensuite pris la fuite : « mais voilà, la situation mon frère Amara Camara est bien plus grave et bien plus complexe. Il clame son innocence. Il purge une lourde peine pour un meurtre qu’il n’aurait pas commis. Son seul tort semble d’avoir été hébergé par le véritable auteur présumé, un compatriote qui a pris la fuite. »
La famille décrit également une situation de grande détresse pour celui qui se trouve derrière les barreaux depuis 2008, loin de ses proches : « il est dans une situation de détresse absolue. Seul, sans famille en Mauritanie, il est emprisonné depuis 2008 pour un crime dont il se dit innocent. La famille, désespérée, ne demande qu’à le revoir, en Guinée. »
Tout en affirmant ne pas vouloir remettre en cause la justice mauritanienne, la famille Camara demande au président Mamadi Doumbouya d’intervenir en s’appuyant notamment sur des considérations humanitaires : « je ne me permets pas de remettre en cause la justice mauritanienne. Mais je vous implore, au nom de la dignité humaine et de la compassion, d’user de votre autorité morale et de vos prérogatives pour lui offrir une porte de sortie. »
La famille demande d’accélérer les démarches
Dans sa déclaration, la famille Camara rappelle également que la Guinée dispose, selon elle, d’une tradition de clémence, et invite le chef de l’État à faire de ce dossier une priorité : « Excellence Monsieur le Président, notre pays a une tradition de clémence que vous avez vous-même incarnée. Vous avez gracié, vos prédécesseurs l’ont fait, pour des raisons humanitaires ou politiques. »
Pour les proches d’Amara Camara, leur demande ne constitue pas une volonté d’interférer dans les affaires judiciaires de la Mauritanie. Ils souhaitent plutôt que les démarches diplomatiques déjà engagées soient renforcées : « cette demande n’est pas une ingérence. Les démarches diplomatiques sont en cours. Il s’agit désormais de les amplifier, de les accélérer, de les mener avec toute la force de votre conviction, pour que la voix de ce Guinéen, qui crie son innocence depuis une cellule mauritanienne, soit enfin entendue. »
La famille estime par ailleurs que l’État guinéen doit accorder une attention particulière aux citoyens qui se retrouvent dans des situations aussi difficiles à l’étranger : « monsieur le Président, la République ne doit rien à celui qui a commis un crime. Mais elle doit tout à celui qui, peut-être innocent, attend depuis si longtemps la justice. Le rapatrier en Guinée serait un geste fort, un acte de foi en la justice qui s’applique à tous les hommes, même les plus oubliés. »
« Faites de ce dossier une affaire personnelle »
En conclusion, la famille Camara demande au président de la République de s’impliquer personnellement dans le dossier d’Amara Camara et de permettre à ce dernier de retrouver la Guinée après 17 années de détention : « faites de ce dossier, Excellence, une affaire personnelle. Que cette main tendue que vous avez promise à tous les fils de Guinée aille chercher Amara Camara dans l’ombre de sa prison. C’est un geste pour sa vie, mais aussi pour l’âme de notre nation. »
La famille termine sa déclaration en adressant ses remerciements à Bobo, présenté comme le représentant de la communauté guinéenne en Mauritanie, pour son implication dans cette affaire : « je ne saurai terminé sans dire merci à M. Bobo, le représentant de la communauté guinéenne en Mauritanie qui a fait beaucoup dans cette affaire.»
Une organisation de défense des droits de l’Homme s’était déjà saisie du dossier

Le dossier d’Amara Camara avait déjà suscité l’attention d’une organisation de défense des droits de l’Homme en Mauritanie. Dans une correspondance datée du 25 avril 2021, la Fondation SAHEL, basée à Nouakchott, avait saisi le consul de la République de Guinée en Mauritanie pour demander l’engagement d’une démarche visant à permettre son extraction vers la Guinée.
Dans cette lettre, la Fondation SAHEL rappelait notamment qu’Amara Camara, né en 1984, était détenu à la prison de Bir Oumgreine après avoir séjourné à Aleg. Elle indiquait également qu’il avait été condamné à mort le 10 juillet 2008 pour homicide et qu’il avait toujours clamé son innocence.
L’organisation mettait aussi en avant les difficultés rencontrées par la famille, restée en Guinée, ainsi que les sacrifices consentis par les proches pour lui venir en aide : « la Fondation Sahel, fidèle à sa mission de défense des droits humains, a l’honneur de vous demander d’initier une démarche de demande d’extraction de Monsieur CAMARA de la Mauritanie vers la Guinée. Outre le caractère humanitaire de cette démarche, nous aimerions en faire ressortir la nécessité pour soulager les souffrances de la famille CAMARA qui pourrait, de la sorte, rendre visite à son fils dans des conditions plus humaines et plus acceptables. »
Cette démarche montre que la situation d’Amara Camara avait déjà été portée, plusieurs années auparavant, à l’attention des autorités consulaires guinéennes en Mauritanie, avant le nouvel appel lancé ce vendredi 4 septembre 2026 par sa famille au président de la République.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
