Censure

Guinée : cinq ans après le 5 septembre 2021, Ibrahima Aminata Diallo dresse un bilan contrasté du CNRD

Cinq ans après le coup d’État du 5 septembre 2021, le bilan de la gouvernance du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) reste partagé.

Pour Ibrahima Aminata Diallo, coordinateur de la Coalition Nationale des Associations pour la Paix et le Développement (CONAPAID), le pouvoir a enregistré des avancées dans certains secteurs, mais demeure confronté à de nombreuses critiques sur le plan politique, démocratique et social.
« Le bilan de la gouvernance est particulièrement contrasté », estime Ibrahima Aminata Diallo.

Des avancées dans les mines et les infrastructures

Parmi les points positifs, le coordinateur de la CONAPAID met en avant la volonté affichée par les autorités de mieux défendre les intérêts de l’État guinéen dans l’exploitation des ressources minières.

Il cite notamment les contrats stratégiques, la bauxite et surtout le projet Simandou, accompagné d’infrastructures connexes.
« Le pouvoir s’est illustré par une volonté affichée de mieux défendre les intérêts de l’État guinéen dans l’exploitation des ressources », souligne-t-il.

Les infrastructures constituent également, selon lui, l’un des principaux acquis de ces cinq années. Des travaux routiers, des infrastructures publiques, le chemin de fer lié à Simandou ainsi que des opérations d’assainissement et de désengorgement urbain ont été engagés.

« Il faut quand même saluer certaines avancées », reconnaît Ibrahima Aminata Diallo, évoquant notamment « les infrastructures routières » et les opérations d’assainissement à Conakry.

La lutte contre la corruption, un autre acquis

Autre élément mis à l’actif du CNRD : la lutte contre la corruption. L’intervenant souligne l’ouverture de plusieurs dossiers économiques ainsi que la création de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).

Selon lui, cette démarche répondait à une demande de redevabilité dans la gestion des ressources publiques, même si la méthode employée par les autorités a suscité des critiques.
« C’était pour répondre à une demande de redevabilité des anciens gestionnaires des deniers publics », explique-t-il.

Libertés publiques : le principal point noir

Mais pour Ibrahima Aminata Diallo, ces acquis ne doivent pas occulter les difficultés rencontrées durant la période de transition. Il pointe particulièrement le rétrécissement de l’espace civique et les restrictions imposées aux libertés publiques.

L’interdiction des manifestations, les restrictions visant certains médias indépendants et les poursuites ou interpellations de voix dissidentes sont notamment citées comme des signes de durcissement du régime.
« Nous avons le resserrement de l’espace civil et des libertés publiques », déplore-t-il.

Le paysage politique constitue également une source d’inquiétude. La dissolution de plusieurs formations politiques et l’exclusion de certaines figures majeures de la scène politique auraient, selon lui, affaibli le pluralisme et accentué la polarisation du pays.

« Le paysage politique verrouillé […] a accentué la polarisation du pays et affaibli le pluralisme démocratique », estime le coordinateur de la CONAPAID.

La justice, une promesse mise à l’épreuve

Autre sujet sensible : l’indépendance de la justice. Alors que les autorités de la transition avaient fait de la justice leur principale boussole, Ibrahima Aminata Diallo estime que cette promesse a été mise à rude épreuve.
« La promesse initiale érigée par le pouvoir était que la justice soit la boussole », rappelle-t-il.

Il évoque notamment des interventions de l’exécutif dans certains dossiers judiciaires et la mise à l’écart de magistrats, qui auraient contribué à écorn­er cette promesse.

Cherté de la vie et chômage des jeunes

Sur le terrain socio-économique, le bilan reste également mitigé. Malgré les potentialités économiques de la Guinée, la cherté de la vie, le chômage des jeunes et la faiblesse du pouvoir d’achat continuent de peser sur les populations.

« La cherté de la vie, le chômage persistant des jeunes et la faiblesse du pouvoir d’achat continuent d’alimenter le mécontentement populaire », affirme-t-il.

Pour le coordinateur de la CONAPAID, ces difficultés contribuent également à renforcer le désir d’émigration d’une partie de la jeunesse guinéenne.

« Les attentes initiales ne sont pas pleinement atteintes »

Au-delà des réalisations matérielles, c’est surtout la promesse politique de la transition qui, selon lui, n’a pas été pleinement respectée.

Ibrahima Aminata Diallo estime que l’espoir d’un retour rapide à un pouvoir civil, qui figurait parmi les attentes majeures suscitées par le coup d’État de 2021, a été déçu.
« Globalement, les attentes initiales majeures ne sont pas pleinement atteintes », tranche-t-il.

Il considère que l’évolution institutionnelle a plutôt abouti au maintien d’une forte influence militaire dans la conduite des affaires publiques, sous une nouvelle configuration institutionnelle.

Une réconciliation nationale encore inachevée

La question de la réconciliation et de l’apaisement politique demeure, elle aussi, au cœur des préoccupations. Selon Ibrahima Aminata Diallo, la transition n’a pas suffisamment réussi à créer un consensus entre les différentes composantes de la société guinéenne.
« Plutôt que de pacifier durablement l’arène politique par un consensus inclusif, la période a été marquée par une crispation de l’État face à toute forme de contestation », analyse-t-il.

Ibrahima Sory Diallo pour Guinee7.com