Censure

« On déplace le problème » : à la veille de l’interdiction du plastique, un producteur d’eau tire la sonnette d’alarme

C’est demain, 20 septembre 2026, que l’interdiction des objets et emballages en plastique à usage unique entre en vigueur en Guinée, selon une décision gouvernementale. Les producteurs d’eau en sachets disent qu’ils s’y plieront. Un producteur, qui a requis l’anonymat, demande toutefois 24 à 36 mois et un accompagnement de l’État : selon lui, « on déplace le problème ».

L’interdiction des plastiques à usage unique, annoncée par les autorités, marque un tournant pour le secteur de l’eau minérale. Si la mesure est saluée sur le principe par certains producteurs pour ses objectifs environnementaux, son remplacement par les bouteilles en PET suscite des inquiétudes. Interrogé, un producteur d’eau minérale qui requiert l’anonymat appelle à une transition de 24 à 36 mois et à un accompagnement financier de l’État.

Pour ce producteur d’eau minérale, l’interdiction des sachets d’eau peut se justifier par les conséquences environnementales de leur mauvaise gestion.

« C’est une bonne décision dans la mesure où les sachets d’eau obstruent beaucoup les routes et les caniveaux », estime-t-il.

Mais le producteur considère que l’interdiction ne suffira pas à résoudre la question des déchets plastiques. Il pointe notamment l’absence, selon lui, d’une véritable filière de recyclage des bouteilles PET en Guinée.

« En Guinée, il existe des sociétés de tri et de recyclage des emballages des sachets d’eau, mais il n’y a pas de société de recyclage des bouteilles PET. Donc, on déplace le problème, mais de façon plus grave encore. »

Pour lui, la sensibilisation de la population et la mise en place d’un système efficace de collecte et de recyclage doivent accompagner les décisions publiques.

Des investissements hors de portée pour certains producteurs

Le passage aux bouteilles représente également un important défi industriel. Notre interlocuteur estime qu’il lui faudrait jusqu’à deux ans pour adapter son unité de production.

« Pour pouvoir adapter ma production et produire les bouteilles d’eau, il me faudrait deux ans », explique-t-il, évoquant les besoins supplémentaires en espace ainsi que le coût des équipements.

Il affirme qu’une machine capable de produire environ 2 000 bouteilles par heure est actuellement proposée en Guinée à près de 850 millions de francs guinéens. Une autre proposition de financement qu’il dit avoir reçue atteindrait environ 199 000 dollars, soit près de 2 milliards de francs guinéens.

Des montants que, selon lui, de nombreux producteurs auront du mal à mobiliser.

Le producteur appelle donc l’État à accompagner le secteur à travers des mécanismes de garantie permettant aux entreprises d’obtenir des prêts et d’investir progressivement dans les équipements nécessaires.

Le prix de l’eau au cœur des inquiétudes

Au-delà des producteurs, c’est le portefeuille des consommateurs qui préoccupe également ce producteur.

Ce producteur compare le prix d’un sachet d’eau, vendu selon lui entre 5 000 et 6 000 francs guinéens le paquet d’environ 25 unités, à celui d’un pack de 12 bouteilles de 50 cl, qu’il estime à environ 25 000 francs.

Dans le commerce de détail, cette différence pourrait se traduire par une forte augmentation du prix à l’unité.

« De 500 francs, on est monté à 3 000. »

Selon lui, cette hausse pourrait avoir des répercussions sur d’autres produits vendus dans les boutiques, les commerçants devant notamment supporter leurs charges d’électricité, de conservation et d’exploitation.

Une transition de 24 à 36 mois réclamée

Malgré ses inquiétudes, cet entrepreneur affirme que les producteurs entendent respecter la décision des autorités. Il annonce que les producteurs d’eau en sachets ont prévu d’arrêter leur production à partir du 20 septembre.

Il demande cependant au gouvernement de leur accorder un délai de 24 à 36 mois pour effectuer la transition.

« Quand on nous accorde un délai suffisant de 24 à 36 mois, certains producteurs pourront prendre des prêts pour aller commander eux-mêmes leurs machines. »

Il plaide également pour une politique plus ambitieuse de collecte, de tri et de recyclage des déchets plastiques. Selon lui, ces déchets peuvent constituer une ressource économique et contribuer à la création d’emplois.

Ce qu’en pensent les citoyens

Amadou Bah, Cosa :

« Je pense que c’est une bonne chose. Mais la manière dont la mesure a été adoptée est très rapide. Parce qu’aujourd’hui, on ne peut pas interdire l’utilisation des plastiques tout de suite. Pourquoi ? Parce que les Guinéens n’ont pas encore pris l’habitude d’utiliser autre chose. »

Thierno Bah, Hafia :

« Je pense que, si les mesures sont respectées, c’est une bonne chose. Mais vous savez, en Guinée, il est très facile d’adopter des mesures ; la question est de savoir si elles seront appliquées. Sinon, dans tous les secteurs, l’utilisation des plastiques n’est pas une bonne chose. Il faut laisser le temps aux producteurs d’écouler d’abord les stocks qu’ils ont achetés, pour ne pas subir de pertes. Il faut aussi sensibiliser les gens, aller dans les écoles, alerter les vendeurs, les associer… Il ne faut pas prendre de décisions précipitées. »

Hafiziou, Kaporo-Rails :

« Avant toute décision, il faut évaluer les conséquences, les pertes et envisager des mesures d’accompagnement. Quand même, les plastiques polluent l’environnement. Il y a des sachets qui ont une durée de vie de 150 ans. Mais qu’est-ce qu’on peut proposer pour remplacer ces sachets ? Il faut penser à tout cela. »

Ibrahima Sory Diallo pour Guinee7.com