Censure

Assainissement à Conakry : le ministre balaie, la méthode manque toujours

Une fois de plus, un samedi de nettoyage très médiatisé. Mais tant que l'insalubrité sera traitée comme un événement de calendrier et non comme une politique publique, Conakry restera sale le dimanche.

À l’approche de la fête de l’Indépendance, le ministre de l’Assainissement, Aboubacar Camara, a mené samedi 26 septembre une opération de nettoyage à Conakry, sous l’œil des objectifs. L’intention est louable. La méthode, elle, reste introuvable. Nous l’avons dit, redit et re-redit : l’assainissement n’est pas une affaire de sorties filmées, c’est une affaire de professionnels.

Le rituel du samedi propre

On connaît la scène par cœur. Un ministre en tenue de terrain, des équipes mobilisées, des citoyens armés de pelles, quelques caméras bien placées et un discours sur « la conscience collective ». Quelques points noirs d’ordures après les orages, ont été dégagés. Tant mieux pour les riverains. Mais posons la seule question qui vaille : dans combien de temps les immondices seront-elles de retour ?

Car le problème de Conakry n’a jamais été l’absence d’un grand samedi de nettoyage. Le problème, ce sont les 364 autres jours de l’année. Les ordures qui jonchent les rues ne sont pas tombées du ciel avec la pluie. Elles se sont accumulées faute de collecte régulière, faute de caniveaux entretenus, faute de circuit clair entre le ménage, le point de regroupement et la décharge.

L’aveu caché dans le discours du ministre

Le plus instructif, dans cette sortie, se trouve dans les propos mêmes du ministre. Il annonce dans la presse qu’« avec l’appui de monsieur le Premier ministre », son département s’organise pour « identifier et contractualiser avec des opérateurs privés » afin de régler « définitivement » la question.

Traduisons : en septembre 2026, le système de collecte structuré n’existe toujours pas. On en est encore à identifier les opérateurs. Autrement dit, la politique n’est pas en place, mais la communication, elle, tourne déjà à plein régime. On balaie d’abord, on réfléchit ensuite.

« Apprendre à ne plus salir » : le citoyen, coupable commode

Le ministre affirme que « le plus difficile n’est pas le ramassage ou la transformation des déchets, c’est d’apprendre à ne plus salir ». La formule est habile. Elle a surtout l’avantage de déplacer la responsabilité vers la population.

Or, que fait le citoyen de Conakry de ses ordures quand aucun camion ne passe dans son quartier, quand il n’y a ni bac ni point de collecte identifié, quand le caniveau devant sa porte n’a pas été curé depuis des mois ? La civilité se construit, certes. Mais elle se construit sur un service public qui fonctionne. On ne peut pas exiger du citoyen qu’il ne jette plus, sans lui dire où jeter.

La bataille « en train d’être gagnée » ? Vraiment ?

Voir des habitants sortir un samedi pour nettoyer ne prouve pas que la bataille contre l’insalubrité est gagnée. Cela prouve seulement que les Guinéens sont disponibles et de bonne volonté. C’est précisément ce capital-là qu’on gaspille en le réduisant à une journée symbolique rattachée à l’agenda des festivités.

Et invoquer le programme Simandou 2040 ne change rien à l’affaire. Une priorité présidentielle se mesure en budgets, en contrats, en indicateurs, en tonnes collectées et en quartiers desservis. Pas en images de ministre au pied d’une montagne d’ordures.

Ce qu’une vraie politique d’assainissement exigerait

Il n’y a pas de mystère. Les villes qui ont vaincu l’insalubrité ont suivi le même chemin, sans caméras :

– une cartographie des quartiers et des volumes de déchets produits ;

– des opérateurs sélectionnés par appel d’offres transparent, payés à la performance et contrôlés ;

– un calendrier de collecte connu de chaque ménage ;

– un curage des caniveaux avant la saison des pluies, pas après les inondations ;

– une décharge et des filières de traitement dignes de ce nom;

– des communes dotées de moyens réels, puisque la loi leur confie cette compétence ;

– des résultats publiés et vérifiables, quartier par quartier.

Rien de tout cela ne se filme bien. C’est justement pour cela que c’est du vrai travail.

Moins de spectacle, plus de méthode

L’assainissement de Conakry ne sera pas gagné par un ministre qui balaie, mais par une administration qui planifie. Le jour où le ministère communiquera sur des tonnages collectés plutôt que sur des samedis de mobilisation, sur des contrats exécutés plutôt que sur des intentions, alors nous applaudirons. D’ici là, ces sorties sur le terrain ne font qu’amuser la galerie. Et la galerie, elle, continue de patauger dans les ordures dès la pluie suivante.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com